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Culture - Design

« Reboo(s)ter » la capitale avec les Beirut Makers

Avec ses créations d’objets imprimés en 3D à partir de matériaux locaux et de recyclage, ce collectif d’architectes et de designers veut enclencher un mouvement de « redémarrage » des quartiers meurtris de Beyrouth.

« Reboo(s)ter » la capitale avec les Beirut Makers

Reboot a été présentée le temps d’un week-end dans les locaux, dévastés par l’explosion du port, de la designer Maria Halios.

C’est un groupement d’architectes, de designers et de graphistes engagés dans une pratique écologique et de développement durable qui forme le collectif des Beirut Makers. Des créatifs qui, depuis quelques années déjà, tentent de privilégier la fabrication 3D pour d’évidentes raisons économiques et de démocratisation du design. Impliqués dans la vie de la cité, ces « faiseurs d’objets » ne pouvaient rester inertes dans ce contexte de multicrises que traverse le pays du Cèdre depuis un an, couronnées par la double explosion du port de Beyrouth le 4 août dernier.

Et c’est dans un esprit de mise en commun d’idées et de techniques pouvant servir la reconstruction qu’ils ont décidé de présenter sur leurs plateformes digitales* – mais aussi dans une brève et symbolique exposition qui s’est tenue le week-end dernier dans les locaux dévastés de la designer Maria Halios à Mar Mikhaël, à 600 mètres du port – un échantillonnage de leurs créations développées localement en réponse aux défis socio-économico-environnementaux actuels.

Des bancs en faux béton mais véritables verre et plastique... Photos DR

Du cintre de vêtement à la maison géode

Intitulée Reboot (« Redémarrer », en français), cette présentation de produits aussi divers et variés que des cintres à vêtements, des moulins à café, des luminaires, des bancs d’extérieur (ou d’espaces publics) ou encore de véritables… maisons en kit a pour objectif d’exposer le potentiel de la production d’objets par imprimante 3D à partir de matériaux locaux et/ou recyclés.

Un concept jusque-là sous-exploité au Liban. Et qui offre, pourtant, à en juger par les pièces exposées, une alternative globalement convaincante aux désormais excessivement onéreux meubles et ustensiles importés.

L’habitation Géode – une petite maison en forme d’igloo montée en assemblage d’éléments recyclés : bois pour la structure, aluminium pour les parois et isolants en matière naturelles. Photo DR

Plastic +verre = similibéton

D’autant que les développements de la fabrication assistée par ordinateur fournissent aujourd’hui aux fabricants des outils de plus en plus puissants pour réaliser leurs conceptions. Ainsi, c’est au moyen d’une imprimante « 5D » nouvelle génération que Guillaume Crédoz, le chef de file des makers libanais, a par exemple conçu une belle ligne de luminaires aux formes, motifs et coloris variés à partir d’un… plastique polycarbonate issu des bouteilles et des bidons de fontaines à eau usagés rehaussé d’une goutte de colorant.

Idem pour le bois, souvent récupéré des chantiers et poncé, l’aluminium et le verre essentiellement recyclés – disponibles à foison depuis le 4 août dernier – utilisés dans l’élaboration de certaines des créations de mobilier exposées. Ou encore des combinaisons inédites et surprenantes de matériaux, à l’instar de ce mélange de plastique et de verre expérimenté par Charbel Tannous. Et qui donne un effet visuel de similibéton ciré aux bancs urbains présentés dans cette sélection.

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Bref, des petits outils en plastique dur jusqu’à l’habitation Géode – une petite maison en forme d’igloo montée en assemblage d’éléments recyclés : bois pour la structure, aluminium pour les parois et isolants en matière naturelles –, dont le premier exemplaire est actuellement en construction à Qanat Bakiche. Reboot propose différents produits fabriqués totalement ou partiellement par imprimante 3D. Et entièrement réalisés au Liban, ce qui rend leur coût abordable. À l’instar du vélo conçu par Karim Chaya et Kamal Aoun (Spockdesign), dans l’idée d’un design eco-friendly. Intégralement élaboré à partir d’une seule tige d’aluminium, de manière à réduire au maximum les soudures et donc les pertes de matière (mais aussi, dans un autre registre, les risques d’incendie !), il affiche, outre la légèreté de sa manipulation, un look minimaliste délié d’un esthétisme certain.

Créer à partir des ressources disponibles de nouvelles possibilités pour l’avenir ; inciter au recyclage et à l’usage de la fabrication numérique pour réinventer un quotidien durement éprouvé, voilà les objectifs déclarés des Beirut Makers. Le collectif assure d’ailleurs dans sa note d’intention « souhaiter développer rapidement des réponses plus appropriées aux besoins et défis spécifiques auxquels sont confrontés les entreprises et les habitants des quartiers détruits ». Reboot ? Un design assurément « reboosteur »…

*À découvrir sur Instagram et Facebook.

Les faiseurs d’objets Reboot

Reboot présente sur le site Instagram et la page Facebook des Beirut Makers des objets de Spockdesign (Kamal Aoun & Karim Chaaya), Guillaume Crédoz (Bits to Atoms), Nathalie Hadechian, Farid Harb, Philippine Harb, Alexandre Ibrahim, Yehia Jammoul, Charbel Tannous, Nour Tabet, Mazen Zahalan et Nada Zeineh.

C’est un groupement d’architectes, de designers et de graphistes engagés dans une pratique écologique et de développement durable qui forme le collectif des Beirut Makers. Des créatifs qui, depuis quelques années déjà, tentent de privilégier la fabrication 3D pour d’évidentes raisons économiques et de démocratisation du design. Impliqués dans la vie de la cité, ces...
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