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Panorama

La contestation, catalyseur de relâchement ou de resserrement des bases des partis traditionnels ?

Les formations politiques traditionnelles ont fait profil bas depuis un an, mais elles peuvent toujours compter sur une base populaire « convaincue », se fondant notamment sur un « culte de la personnalité des leaders communautaires qui reste non négligeable », affirme Karim Bitar.

La contestation, catalyseur de relâchement ou de resserrement des bases des partis traditionnels ?

« Pas de confiance » et « Tous sans exception », peut-on lire sur ces pancartes tenues par des manifestants. Photo João Sousa

Kellon, yaané kellon (Tous sans exception). Ce slogan, scandé à tue-tête, peint sur les murs ou accolé d’un hashtag sur les réseaux sociaux, a supplanté au Liban le célèbre « Le peuple veut la chute du régime » du printemps arabe. Avec ces trois mots, le soulèvement libanais ambitionne de débarrasser le pays de ses dirigeants, accusés de corruption, despotisme et répression.

Si cette invective ainsi que le mouvement de contestation en général ont « ouvert les yeux de beaucoup de gens » sur leurs affiliations politiques, comme l’affirme Youssef Yammine, ancien partisan du Courant patriotique libre (CPL), elle ne fait pas pour autant l’unanimité. Elle s’est en effet attiré les foudres des chefs de file politiques, qui refusent d’être tous mis dans le même panier, et de leur base populaire. Il n’était d’ailleurs pas rare, dans les premières semaines du soulèvement, que des manifestants descendus crier leur colère et leur frustration s’offusquent contre cet appel à un nettoyage par le vide du pouvoir et que le « kellon » provoque des tensions.

Un an après le 17 octobre 2019, quel est donc l’impact de ce slogan ? Peut-on considérer que le soulèvement a « rongé » les bases partisanes des partis, ou ceux-ci peuvent-ils se targuer d’avoir resserré leurs rangs ?

« Le mur de la peur est tombé »
Le soulèvement a eu « un impact, surtout psychologique, sur les bases partisanes des partis traditionnels, affirme le politologue Karim Bitar. Le mur de la peur est tombé, les leaders communautaires ne sont plus considérés comme intouchables ».

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Avec le 17 octobre, « c’est comme si j’avais été réveillé avec un grand seau d’eau froide dans la figure », raconte Khalil el-Deni, ex-partisan du courant du Futur de Saad Hariri et dont le témoignage a été recueilli par notre correspondante dans la Békaa, Sarah Abdallah. Il regrette que son engagement au sein du parti haririen, où il a gravi les échelons au fil des années, « se limitait à servir les intérêts d’un zaïm » au lieu de ceux du pays. Avec le soulèvement, « j’ai retrouvé mes principes », souligne-t-il.

De son côté, Youssef Yammine, l’ancien partisan aouniste, ne mâche pas ses mots lorsqu’il parle du CPL de Gebran Bassil. « J’ai fini par me rendre compte que le Tayyar (courant, pour désigner le CPL) et Michel Aoun ne font que vendre du rêve, qu’ils ne sont pas à la hauteur », lance l’ingénieur, issu d’une famille sans affiliation politique. Il reproche à son ancien parti un bilan « décevant » de la présidence Aoun et le fait que les deux aient « placé à des postes de responsabilité des gens qui n’auraient pas dû s’y retrouver et, pire, auraient fermé les yeux sur l’incompétence, voire la corruption, de ces personnes ». Il n’a pas voulu en dire davantage.

La remise en question va encore plus loin pour Ali Taha, agriculteur dans la Békaa, qui était jusqu’à il y a peu membre du Hezbollah. En claquant la porte du parti pro-iranien, il dit avoir pu prendre ses distances avec « l’idéologie » de la formation de Hassan Nasrallah qui lui était pourtant inculquée depuis l’enfance. Et son départ du mouvement chiite lui a également permis de remarquer les « erreurs » de ce dernier « au niveau de la politique libanaise et de son implication à l’étranger », confie à notre correspondante cet homme de 38 ans qui se trouvait en première ligne des contestataires de la place Moutrane de Baalbeck en octobre 2019.

Absence d’alternatives vs foi dans le changement
Toutefois, insiste Karim Bitar, cette « chute des tabous ne signifie pas que la popularité des partis traditionnels s’est effondrée et qu’ils vont disparaître du paysage politique du jour au lendemain ».

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Bruno Tabbal, acteur et chanteur qui se dit sympathisant du CPL « par conviction », souligne par exemple que « l’absence d’alternative » face aux partis traditionnels permet à ces derniers de garder leur ancrage populaire. « Si un groupe avec un leadership et un programme clairs avait émergé, j’aurais pu envisager de quitter le parti auquel je crois le plus, mais rien ne nous a été présenté », déplore-t-il. Dans cette situation, il préfère alors se fier « à ceux qui sont actuellement en position de responsabilité, en espérant qu’ils parviendront à nous éviter le chaos ».

Ali Taha et Khalil el-Deni ne sont pas de cet avis. Et là où le premier déclare sa foi dans le changement et la capacité des contestataires à « libérer le pays des politiciens corrompus », le second s’est engagé dans le rassemblement du Bloc révolutionnaire « pour un combat en phase avec ses valeurs ».

Le spécialiste de la politique libanaise appelle par ailleurs à effectuer une distinction entre les différents partis, qui n’ont pas tous réagi de la même manière face au soulèvement. Il cite l’exemple des Forces libanaises qui semblent, selon lui, avoir pu, dans une certaine mesure, tirer leur épingle du jeu en « prenant en marche le train de la révolution ». « Cela leur a permis une possibilité de déni du système politique, même si elles avaient jusque-là participé à tous les gouvernements d’union nationale », analyse-t-il. Cela leur permettrait, lors de futures élections, de polariser des voix d’électeurs déçus par le courant aouniste, aux côtés des Kataëb », estime Karim Bitar.

Tel n’est pas l’avis de Youssef Yammine. S’il attend lui aussi que quelque chose de politiquement concret ressorte du mouvement de contestation, il se dit « opposé à tous les partis traditionnels ». Et alors qu’il reconnaît que le chef des Kataëb Samy Gemayel « dit ce que les jeunes qui veulent du changement attendent », il affirme catégoriquement « ne pas avoir confiance en un parti qui a été au centre du pouvoir depuis des décennies ».

Culte de la personnalité
Et surtout, pour Karim Bitar, si les formations politiques traditionnelles ont fait profil bas depuis un an, il ne faut pas négliger le fait qu’elles peuvent toujours compter sur une base populaire « convaincue », se fondant sur un « culte de la personnalité des leaders communautaires qui reste non négligeable ». Dans ce contexte, la thaoura pourrait avoir eu un effet de « ralliement » autour de ces chefs de parti. « Lorsque les partisans voient que leur leader est traîné dans la boue par la rue, un réflexe défensif se crée », explique le spécialiste, qui précise que cette « solidarité mécanique » des bases touche surtout « le noyau dur » des partis. Il souligne que ce phénomène est notamment valable pour le Courant patriotique libre, le Hezbollah et le Parti socialiste progressiste de Walid Joumblatt.

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Bruno Tabbal admet avoir lui-même ressenti à plusieurs reprises ce désir de « défendre » le chef de l’État, même s’il lui reconnaît des défauts. « Quand ceux qui s’en prennent à Michel Aoun font partie de la classe corrompue, évidemment que je vais prendre sa défense. Et quand la rue le critique, je suis prêt à ouvrir le débat et faire valoir mon point de vue autant qu’écouter ceux des autres. Par contre, les insultes, je ne peux pas les accepter », affirme-t-il. Il fustige d’ailleurs la « haine et l’antagonisme » qui émanent de la contestation, notamment envers les zaïms et leurs partisans.

Ce réflexe défensif envers les grandes figures communautaires s’opère toutefois, selon Karim Bitar, à des niveaux plus ou moins importants, et certains chefs de parti risqueraient de ne pas pouvoir en bénéficier autant que d’autres. Il cite notamment l’exemple du président du Parlement Nabih Berry, également chef du mouvement Amal, et Saad Hariri, du courant du Futur. Pour le premier, un des facteurs jouant en sa défaveur est le fait qu’il est à la tête du Parlement depuis près de trente ans. « Pour certains de ses partisans, Nabih Berry fait partie d’une page que l’on voudrait voir tournée », souligne-t-il, estimant que le mouvement Amal pourrait se retrouver contesté dans ses propres fiefs, comme cela avait été observé dans les premières heures du mouvement de contestation, et qu’une partie de son électorat pourrait à terme lui échapper, éventuellement en faveur du Hezbollah. En ce qui concerne le courant du Futur, la popularité de Saad Hariri risque, selon le politologue, d’être également moins évidente à maintenir à long terme parce qu’elle n’a pas été établie « sur la base d’un féodalisme centenaire », comme c’est le cas de Walid Joumblatt dans la Montagne, ou par des faits d’armes lors de la guerre.

Et le communautarisme ?

Avec toutes ces nuances, il convient en outre de noter que la remise en cause des partis traditionnels s’accompagne d’un recul relatif de l’importance de l’appartenance communautaire. Deux phénomènes qui « se renforcent mutuellement », affirme Karim Bitar, avant de souligner qu’une « vaste frange de la jeunesse libanaise considère que le système communautaire est devenu illégitime ».

Et ce n’est pas Youssef Yammine qui dira le contraire. Si, pour le moment, il estime qu’aucune figure ou aucun groupe de la contestation ne sort du lot pour représenter politiquement ses intérêts, il n’attend pas spécialement que quelqu’un de sa propre confession se démarque. « Tout ce qui compte, c’est la façon de penser, les valeurs, les priorités », commente-t-il. Et d’insister : « Le président pourrait être un sunnite ou un chiite, ça ne change rien tant que lui-même ne fait pas passer sa propre appartenance communautaire avant le reste. » Il est rejoint sur ce point par Bruno Tabbal, pour qui le temps n’est plus à la défense par les responsables des droits de leur propre communauté, mais à l’instauration d’un État laïc « parce que le régime confessionnel actuel n’est plus viable et ne permet aucun changement ».

Toutefois, si ce système communautaire a « montré ses limites », selon le politologue, « il ne faut pas penser qu’il va s’écrouler comme un château de cartes », une partie de la population libanaise restant encore « conservatrice et prisonnière des vieux schémas ».


Kellon, yaané kellon (Tous sans exception). Ce slogan, scandé à tue-tête, peint sur les murs ou accolé d’un hashtag sur les réseaux sociaux, a supplanté au Liban le célèbre « Le peuple veut la chute du régime » du printemps arabe. Avec ces trois mots, le soulèvement libanais ambitionne de débarrasser le pays de ses dirigeants, accusés de corruption, despotisme et...

commentaires (1)

SI LES MEMBRES DES CLIQUES MAFIEUSES QUI GOUVERNENT CE PAYS, DU PLUS PLUS GRAND AU PLUS PLUS PETIT, ET QUI SONT TRAITES TOUS LES JOURS DE CORROMPUS, DE VOLEURS, DE MAFIEUX ET D,INCOMPETENTS PAR LES CITOYENS, S,ILS AVAIENT DIS-JE UNE GOUTTE DE DIGNITE OU D,AMOUR PROPRE ILS AURAIENT DU DEMISSIONNER TOUS LES UNS APRES LES AUTRES OU EN MASSE ET LAISSER LE CHAMP LIBRE AU CHANGEMENT RECLAME PAR LES MASSES DES CITOYENS. BESS MTAMESHIN !

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

08 h 30, le 19 octobre 2020

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Commentaires (1)

  • SI LES MEMBRES DES CLIQUES MAFIEUSES QUI GOUVERNENT CE PAYS, DU PLUS PLUS GRAND AU PLUS PLUS PETIT, ET QUI SONT TRAITES TOUS LES JOURS DE CORROMPUS, DE VOLEURS, DE MAFIEUX ET D,INCOMPETENTS PAR LES CITOYENS, S,ILS AVAIENT DIS-JE UNE GOUTTE DE DIGNITE OU D,AMOUR PROPRE ILS AURAIENT DU DEMISSIONNER TOUS LES UNS APRES LES AUTRES OU EN MASSE ET LAISSER LE CHAMP LIBRE AU CHANGEMENT RECLAME PAR LES MASSES DES CITOYENS. BESS MTAMESHIN !

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    08 h 30, le 19 octobre 2020