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Société - Sécurité

L’absence de l’État pèse lourd dans les villages frontaliers au nord-est du Liban

Contrebande florissante de biens subventionnés, circulation illégale des personnes... La frontière entre le Liban et la Syrie, en certains points, n’existe plus.

L’absence de l’État pèse lourd dans les villages frontaliers au nord-est du Liban

Une maison dont la moitié se trouve en territoire libanais et l’autre en territoire syrien. Photo fournie par la municipalité du Qaa

À la frontière nord-est avec la Syrie, la présence étatique est à peine perceptible. Si des patrouilles de l’armée libanaise sillonnent par intermittence la bande qui sépare les deux pays, l’on peut se rendre facilement en Syrie par l’un des nombreux chemins rocailleux ou sablonneux. Des postes des FSI sont installés ici et là, mais pas l’ombre d’un barbelé à l’horizon. La plupart du temps, rien n’indique qu’on est au Liban ou en Syrie.

Dans le jurd du Qaa, dans la Békaa-Est, comme au village de Qasr, au nord du caza du Hermel, non loin de la frontière, le va-et-vient de déplacés syriens mais aussi de Libanais est continu. Dans les deux secteurs, la contrebande est florissante. Elle a toujours existé, il est vrai, mais l’exacerbation de la crise économique et financière, la raréfaction sur le marché des produits subventionnés par la banque centrale font que l’impact de la contrebande pèse lourd sur les populations démunies des zones rurales. À cela, il faut ajouter, dans le Qaa particulièrement, les problèmes de sécurité liés à la circulation illégale d’individus.

« Le niveau de menaces est élevé ces derniers temps avec la multiplication des opérations de contrebande menées aussi bien par des Libanais que par des Syriens. Parmi eux, des terroristes, voire même des kamikazes en puissance, peuvent se faufiler, d’autant que ces déplacements ne sont pas contrôlés », avertit le président du conseil municipal du Qaa, Bachir Matar.

S’il reconnaît que l’armée fait circuler régulièrement des patrouilles, il relève que « certaines zones frontalières sont considérées à risques ». « Dans ces zones, on recense beaucoup d’atteintes à la loi sur le bâtiment, de puits artésiens creusés illégalement, de hors-la-loi. Les agents des Forces de sécurité intérieure évitent de s’y aventurer. Et quand ils le doivent, ils sollicitent le soutien de l’armée. Mais quand celle-ci pourchasse des contrebandiers, ces derniers se réfugient rapidement et facilement en Syrie », déplore M. Bachir qui dénonce l’absence d’une présence étatique substantielle dans cette région.

Des syriens dans le périmètre du village de Qaa.

« Une zone contrôlée par des éléments armés »

La région a déjà vécu, de manière tragique, le manque de présence sécuritaire étatique.

Le 27 juin 2016, la ville de Qaa avait été attaquée à deux reprises, le matin et le soir même, par huit kamikazes qui avaient fait déclencher leurs ceintures explosives, tuant cinq personnes et en blessant une vingtaine d’autres. Depuis ce drame, ce village frontalier est particulier attentif aux risques de sécurité. Et aujourd’hui, il s’inquiète de la multiplication des incidents de sécurité. « Après l’exode des habitants du Qaa suite au massacre de 1978 (quinze habitants avaient été enlevés puis fusillés par des hommes du régime syrien, NDLR), des Libanais et des Syriens ont mis la main sur des terrains municipaux et ont construit des habitations et des commerces sur 120 millions de mètres carrés appartenant au village. Avec le début de la guerre en Syrie et le développement du trafic d’armes à la frontière, l’armée syrienne a détruit ces habitations et fait de ce secteur un no man’s land inaccessible », raconte M. Matar, ajoutant qu’avec la diminution des combats en Syrie, le conflit autour de ces terrains a resurgi. « La semaine dernière, des échanges de tirs avaient eu lieu à la périphérie de la plaine du Qaa entre des Libanais et des Syriens à cause de ces habitations. Ce qui est effrayant est que cette zone est contrôlée par des éléments armés qui contrôlent les opérations de contrebande », souligne le président du conseil municipal. « Celles-ci portent sur l’essence, la farine et même le fourrage et le bétail. Des gangs armés sévissent et volent le bétail », se plaint Bachir Matar qui met en garde contre une autosécurité à laquelle pourraient recourir les habitants du Qaa si jamais les menaces de sécurité persistent.Plus au nord, au niveau du village de Qasr, les opérations de contrebande sont également florissantes, au vu et au su de tout le monde. Des vidéos d’une file de camions-citernes et de camions- remorques dont le chargement est couvert de bâches ont récemment circulé sur les réseaux sociaux. Les télévisions locales ont aussi réalisé des reportages sur place, sans que les autorités ne bronchent. Un habitant du village accepte de témoigner, sous couvert d’anonymat. « La contrebande de produits subventionnés s’effectue ouvertement devant les Libanais qui ne peuvent pas acheter de l’essence et du mazout pour plus de 10 000 ou 20 000 livres », déplore-t-il. « Certains jeunes hommes remplissent des bidons d’essence et vont les vendre pour 75 000 livres parfois en Syrie, à travers les voies de passage illégales », se plaint-il, précisant que d’autres font le plein pour aller vendre l’essence dans le pays voisin. « Des centaines d’individus s’adonnent à ces pratiques. Les gens se plaignent mais personne ne réagit parce que ceux qui les couvrent et qui profitent de ce commerce illégal sont des personnes influentes », commente cet habitant du Qasr sans vouloir en dire davantage.

Le village, lui, manque cruellement de produits de première nécessité dans un Liban enferré dans une grave crise économique et financière. « De nombreux habitants ne peuvent plus acheter d’œufs, de riz, de sucre et de farine subventionnés parce qu’ils leur sont fournis au compte-gouttes. Ils sont monopolisés et distribués dans des commerces déterminés alors que le reste est envoyé en Syrie », raconte encore le témoin, qui déplore, lui aussi, l’absence de l’État.

À la frontière nord-est avec la Syrie, la présence étatique est à peine perceptible. Si des patrouilles de l’armée libanaise sillonnent par intermittence la bande qui sépare les deux pays, l’on peut se rendre facilement en Syrie par l’un des nombreux chemins rocailleux ou sablonneux. Des postes des FSI sont installés ici et là, mais pas l’ombre d’un barbelé à l’horizon. La...
commentaires (2)

Le trafic des islamistes se fait sans entrave et ce ça n’est pas faute d’avoir alerté les grands responsables militaires de ce pays. Nous n’allons quad même pas leur dire ce qu’il faut faire dans ce cas. Il sont les premiers à être visés par ces terroristes et attendent des ordres pour occuper le terrain? Ça fait partie des plans élaborés depuis des années puisque c’est la mode au Liban de passer à l'exécution dès que le besoin se fait sentir. Le président ne doit pas être au courant il faut l’informer par écrit en l’invitant à répondre sur les mesures à prendre. Il ne pourra pas dire je ne savais pas que je devais agir...

Sissi zayyat

17 h 40, le 02 octobre 2020

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Commentaires (2)

  • Le trafic des islamistes se fait sans entrave et ce ça n’est pas faute d’avoir alerté les grands responsables militaires de ce pays. Nous n’allons quad même pas leur dire ce qu’il faut faire dans ce cas. Il sont les premiers à être visés par ces terroristes et attendent des ordres pour occuper le terrain? Ça fait partie des plans élaborés depuis des années puisque c’est la mode au Liban de passer à l'exécution dès que le besoin se fait sentir. Le président ne doit pas être au courant il faut l’informer par écrit en l’invitant à répondre sur les mesures à prendre. Il ne pourra pas dire je ne savais pas que je devais agir...

    Sissi zayyat

    17 h 40, le 02 octobre 2020

  • Et pourtant, ce problème pourrait être réglé sans besoin de réformes gouvernementale. Il suffit d'appliquer la loi . L'armée peut intervenir, mais il faut qu'on lui en donne l'ordre, or, au niveau de l'Etat, il a été décidé de laisser faire les contrebandiers. La Banque Nationale n'aura bientôt plus les moyens de subventionner les produits de première nécessité, mais en attendant, il semble plus important que les syriens en profitent plutôt que les libanais! Allez comprendre!

    Yves Prevost

    07 h 15, le 02 octobre 2020

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