Bande dessinée

Roadtrip écologiste et alternatif

Roadtrip écologiste et alternatif

Les Terrestres de Raphaëlle Macaron et Noël Mamère, éditions du Faubourg, 2020, 144 p.

Depuis son diplôme en illustration et bande dessinée obtenu à l’Académie libanaise des Beaux-Arts (Alba), Raphaëlle Macaron suit un chemin remarqué fait d’initiatives menées avec énergie. Elle fait notamment partie de l’équipe qui a repris avec le succès qu’on connaît les commandes du collectif Samandal. Son esthétique désormais largement identifiable, fait d’un dessin réaliste clair mêlé à des jeux typographiques francs (sa passion pour les visuels de disques n’y est sans doute pas étrangère), a mené ses illustrations jusqu’aux pages du New York Times ou les murs de l’aéroport de Paris.

Dans l’album de bande dessinée Les Terrestres, qui sort tout juste aux éditions du Faubourg, c’est dans une aventure humaine et sociale, vécue le long d’une année, qu’elle nous entraîne. C’est d’abord le récit d’une rencontre, celle avec Noël Mamère, responsable politique écologiste, candidat à la présidentielle en France en 2002. Noël Mamère propose à Raphaëlle de l’accompagner, crayon en main, à la rencontre de communautés humaines qui, en réaction à un effondrement annoncé du système libéral, ont décidé de vivre selon des principes qu’ils considèrent être les modèles de demain pour un changement nécessaire et global des modes de vie des sociétés humaines.

Raphaëlle Macaron ne se prive pas d’utiliser son sens du graphisme pour animer ses pages de jeux typographiques auxquels elle nous a habitués et qui enrichissent la grammaire de sa narration. Son dessin, dont la fausse neutralité évoque parfois le travail d’Adrian Tomine (mais nous pourrions citer Daniel Clowes et Charles Burnes pour préciser la famille dans laquelle se situe Raphaëlle Macaron), est appuyé par une mise en couleur franche, faite d’aplats, et qui évite l’écueil de dessins trop naturalistes et descriptifs qui feraient en quelque sorte redondance avec les thématiques écologiques.

Le parti pris est, d’emblée, de raconter ce roadtrip en suivant en direct les états d’esprits de l’auteure, ses questionnements, ses hésitations, ses coups de gueule, ses remords, mais aussi à travers le prisme on ne peut plus personnel de son rapport au Liban, son pays d’origine, empêtré dans une crise sociale (et écologique, il faut bien le rappeler) majeure. Cela aboutit à ce que l’album ne soit ni un reportage obsédé par l’objectivité, ni un traité, ni un documentaire strictement militant.

Au lieu de cela, c’est un récit humain, vivant, vibrant, dans lequel chaque information, chaque point de vue, est présenté à travers des regards divers : ceux des habitants des communautés visitées, ceux de Noël Mamère, sympathisant, militant, mais n’ayant jamais fait le pas d’un changement de vie aussi radical et ceux de Raphaëlle Macaron, qui découvre tout cela tiraillée entre ses idées, son tempérament et les considérations complexes liées à sa double appartenance nationale. Riche de tous ces points de vue, Les Terrestres est un album qui pose des questions et, pas directif pour un sou, propose de nombreuses grilles de lecture pour y répondre.




Les Terrestres de Raphaëlle Macaron et Noël Mamère, éditions du Faubourg, 2020, 144 p.

Depuis son diplôme en illustration et bande dessinée obtenu à l’Académie libanaise des Beaux-Arts (Alba), Raphaëlle Macaron suit un chemin remarqué fait d’initiatives menées avec énergie. Elle fait notamment partie de l’équipe qui a repris avec le succès qu’on connaît les...

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