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Romance politique, la nouvelle chanson satirique des sœurs Keserwany

« Nous nous relèverons ! » lancent Michelle et Noel Keserwany. Une chanson contre l’oppression, comme un appel à la résistance, dévoilée vendredi 25 septembre à Paris et devenue rapidement virale sur les réseaux sociaux.

Romance politique, la nouvelle chanson satirique des sœurs Keserwany

Projection du clip « Romance politique » à l’IMA dans le cadre de « Paris-Beyrouth, 24 heures pour le Liban ».

« Vous ne nous opprimerez pas. Et même si vous nous opprimez, nous nous relèverons. » Sur la scène de l’Institut du monde arabe à Paris, Michelle Keserwany, à l’occasion de l’événement Paris-Beyrouth, 24 heures pour le Liban, lance ces mots en arabe avant de rejoindre les coulisses. Des messages adressés au public, venu nombreux le week-end dernier assister aux journées de solidarité pour le Liban, bravant le froid, la résurgence des contaminations au coronavirus et le choc de l’attaque à la machette près des anciens locaux de Charlie Hebdo. Mais des propos lancés surtout à la classe politique libanaise, sourde aux cris du peuple… Ces mots qui tournent en boucle dans la tête de la jeune artiste activiste constituent le refrain de la nouvelle chanson Romance politique créée à quatre mains, comme toujours, avec sa sœur Noël Keserwany et lancée à l’occasion. Une chanson, une vidéo surtout, tant l’aspect visuel est important – elles sont toutes deux dans la création et l’animation –, faite en hommage « aux victimes de l’explosion criminelle du 4 août ». Ce soir-là, Michelle a également dédié ce travail au danseur et activiste Alexandre Paulikevitch, convoqué devant le tribunal militaire pour avoir pris part au mouvement de contestation populaire lancé il y a presque un an.

Michelle Keserwany quelques minutes avant le début de la soirée à l’IMA « Paris-Beyrouth, 24 heures pour le Liban ». Photos A.I.

Sur le terrain

La thaoura d’octobre, Michelle Keserwany l’a vécue intensément, malgré la distance, avec le mouvement Meghterbin mejtemiin essentiellement. Presque un an que la jeune femme de 32 ans a quitté Beyrouth pour Paris, à l’origine pour une résidence d’artiste de six mois à la Cité internationale des arts. Presque un an aussi qu’elle n’a pas vu sa sœur, Noel, sa complice, restée au pays. « À chaque fois que j’appelle ma mère en lui disant que je veux rentrer, elle me dit : “Non, Michelle, reste en France.” Qu’est-ce que je pouvais faire, moi vivant ici et ma sœur à Beyrouth ? Une chanson d’amour à ce système politique », répond-elle, non sans ironie.

Pour mémoire

« Kaen Aichin » des sœurs Keserwany, l’air et la chanson en ces temps de révolution

Une romance donc « parce que la chanson précédente, Kaen aïshin, sortie en janvier, a été censurée en raison de séquences considérées comme des scènes de violences policières et militaires ». Des séquences filmées pendant trois mois et que le duo a réunies en y ajoutant des animations en noir et blanc.

Michelle Keserwany sur la scène de l’IMA présentant le clip « Romance politique » réalisé avec sa sœur Noël. Photo A.I.

« Alors, cette fois-ci, nous avons remis des scènes de violence militaire, explique la musicienne et scénariste rebelle, mais nous avons aussi mis des cœurs et des fleurs autour. Je ne sais pas si ça va passer ! »

Romance politique est le fruit d’un travail collectif, réalisé dans des conditions compliquées. « Faute d’internet efficace pour envoyer les rushs entre Beyrouth et Paris, les disques durs ont littéralement volé entre les deux capitales, transportés en avion dans le sac de voyageurs », se souvient Michelle Keserwany.

Comme pour les vidéoclips précédents, Romance politique est né d’une communication parfaite et d’une collaboration étroite entre les deux sœurs. « L’explosion, les gens qui meurent dans les embarcations de fortune, pas d’électricité ni d’internet, la famine, les gens qui se suicident, on n’arrivait pas à digérer tout ça, se souvient la jeune femme. On ne savait pas par où commencer. Alors, on s’est dit qu’on allait commencer par dire non à l’oppression, pour garder la tête haute et encourager les gens, les accompagner dans leur résistance. » Car la jeune femme sent qu’à Beyrouth, le désespoir se répand de plus en plus vite. « La fatigue est perceptible, on sent que les artistes n’arrivent plus à se concentrer pour créer. Je veux leur donner de l’énergie s’ils n’en ont plus en leur enlevant tout sentiment de culpabilité. Résister à la famine au Liban est déjà un acte révolutionnaire. C’est pour cette raison qu’il est important de se soutenir, de former des chaînes humaines. »

La couverture de l’album.


Fiche technique

Dania Bdeir a aidé dans la réalisation les deux sœurs qui avaient pour la première fois une vision très claire de ce qu’elles voulaient faire. Karim Ghorayeb et Elsy Hajjar ont filmé Noel à Beyrouth ; Joëlle Abou Chabké et Victor Borja, Michelle à Paris. L’artiste, cinéaste et tagueur Kabrit (Raoul Mallat) a réalisé les animations ; Mégaphone a donné les images des manifestations ; Konstantin Bock a fait le montage. Et Yahatha a composé la musique. « On ne pouvait pas travailler seules. De plus en plus, comme au niveau politique, il est nécessaire de se connecter, d’être plus proches les uns des autres et de se comprendre artistiquement », précise Michelle Keserwany. « C’est donc une chanson pour les Libanais qui vivent l’oppression et qui ont besoin de se rappeler qu’ils ne sont pas seuls dans ce combat long et difficile. C’est aussi une chanson adressée au gouvernement et à la classe politique corrompue pour qu’ils sachent qu’on ne va pas arrêter, que ce n’est pas un choix, surtout lorsque nous sommes dans une situation de défense et non d’attaque. Nous voulons regarder ces politiciens dans les yeux et leur dire : Nous sommes là et nous restons. »


« Vous ne nous opprimerez pas. Et même si vous nous opprimez, nous nous relèverons. » Sur la scène de l’Institut du monde arabe à Paris, Michelle Keserwany, à l’occasion de l’événement Paris-Beyrouth, 24 heures pour le Liban, lance ces mots en arabe avant de rejoindre les coulisses. Des messages adressés au public, venu...

commentaires (2)

Bravo !

Brunet Odile

16 h 29, le 29 septembre 2020

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Commentaires (2)

  • Bravo !

    Brunet Odile

    16 h 29, le 29 septembre 2020

  • Parole, musique, clip au top! L'art est un antidote a la mediocrite de nos crapules politiciennes.

    B Malek

    15 h 39, le 29 septembre 2020