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Social

Des coupons alimentaires pour 55 000 familles vivant sous le seuil de pauvreté

« Le Liban pourrait connaître une situation similaire à celle du Soudan », prévient Assem Abou Ali, responsable de ce programme au sein du ministère des Affaires sociales.


Des coupons alimentaires pour 55 000 familles vivant sous le seuil de pauvreté

De la nourriture acheminée par le Programme alimentaire mondial déchargée au port de Beyrouth début septembre. Mohamed Azakir/Reuters

Alors qu’un nombre grandissant de Libanais bascule dans la pauvreté, le ministre sortant des Affaires sociales et du Tourisme, Ramzi Moucharrafiyé, a annoncé hier que son ministère allait distribuer des coupons alimentaires à 55 000 familles parmi les plus défavorisées du Liban, avec l’aide de pays européens et de l’ONU. Cette aide, qui tente de pallier la précarité alimentaire galopante au Liban, existe depuis 2011, mais a été récemment élargie à un plus grand nombre de familles, au vu de la situation catastrophique du pays. Elle reste néanmoins insuffisante, puisque 250 000 familles vivent aujourd’hui dans l’extrême pauvreté, selon Assem Abi Ali, responsable du programme Lebanon Crisis Response Plan (LCRP) en charge de la distribution des coupons alimentaires au sein du ministère.

« Selon la Banque mondiale, en mars 2020, 45 % de la population libanaise vivait sous le seuil de pauvreté, dont 22 % dans l’extrême pauvreté, rappelle Assem Abi Ali. Depuis cet été, nous avons plus de 60 % de la population qui se trouve désormais sous le seuil de pauvreté, dont 25 % dans une extrême pauvreté et qui gagnent moins d’un dollar par jour. Nous estimons le nombre des familles qui ont basculé dans l’extrême pauvreté à 250 000 environ », explique le directeur du programme. « Les assistants sociaux travaillant pour le ministère vont entamer bientôt des visites auprès des familles afin d’évaluer leur situation socio-économique, selon des critères transparents et objectifs », a annoncé Ramzi Moucharrafiyé hier dans un tweet. Et de préciser que ce système de coupons est mis en place avec l’aide de l’Union européenne, de l’Allemagne, de l’Italie et de la Norvège, et en coopération avec le Programme alimentaire mondial (PAM). Pour en bénéficier, les familles doivent effectuer une demande auprès du ministère en vue de recevoir la visite des assistants sociaux. Les données recueillies sont ensuite introduites sur un programme informatique qui détermine la situation économique de chaque foyer et son éligibilité. Ces informations sont par la suite envoyées au gouvernement libanais puis au PAM qui se chargera de l’émission des coupons.Interrogé par L’Orient-Le Jour sur le montant des coupons alimentaires, Assem Abi Ali explique que « les aides sont distribuées par famille, avec un coupon de 70 000 LL par personne ». « Nous pouvons offrir jusqu’à 6 coupons par famille. Le montant du coupon était de 43 000 LL au départ, mais nous l’avons adapté à la cherté de vie », explique-t-il. Les bénéficiaires pourront faire leurs courses dans 460 supermarchés partenaires du programme à travers le pays.

« Nous allons vers l’inconnu »

« Ce système concernait au départ 10 000 familles puis il a été étendu à 15 000 foyers, avant de viser 55 000 familles aujourd’hui. Cette augmentation au niveau des coupons a pu être effectuée grâce aux aides reçues par le ministère des Affaires sociales », indique Assem Abi Ali. La majeure partie des bénéficiaires se trouve dans le nord du pays ainsi que dans la Békaa, deux régions précaires et délaissées depuis des années par les autorités. « Le soutien que nous avons obtenu nous permettra de venir en aide à ces 55 000 familles jusqu’en février 2022. Mais nous aurons certainement besoin d’épauler plus de gens au fil du temps », reconnaît le responsable. « Nous allons vers l’inconnu. Notre situation sociale pourrait bientôt devenir pire que celle de certains pays d’Afrique. Le Liban pourrait connaître une situation similaire à celle du Soudan », met-il en garde. « Avant la crise du dollar, on calculait l’indice de pauvreté selon le taux de 1 500 LL pour un dollar. On considérait que les personnes qui vivaient sous le seuil de pauvreté étaient celles qui gagnaient moins de 8$ par jour, soit l’équivalent de 12 000 LL. On estimait aussi que les Libanais vivant dans l’extrême pauvreté étaient ceux qui gagnaient moins de 5,4$ par jour, soit 8 000 LL. Aujourd’hui, on parle de personnes qui vivent avec moins de 2 dollars ou d’un dollar par jour », souligne M. Abi Ali.

Pour mémoire

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Interrogé sur la vision du ministère des Affaires sociales pour combattre la pauvreté sur le moyen terme, le responsable du programme LCRP révèle par ailleurs que des discussions étaient en cours il y a quelques mois avec la Banque mondiale pour l’obtention d’un prêt qui aurait permis d’élargir les aides du ministère vers les élèves issus des familles précaires, en vue de freiner le décrochage scolaire pour causes économiques. « 40 % des jeunes âgés entre 12 et 15 ans abandonnent leurs études à cause de la situation. Notre plan était de leur accorder une aide de 80$ par mois. Ces négociations sont freinées depuis la démission du gouvernement Diab, mais il faut les reprendre au plus vite », insiste-t-il.



Alors qu’un nombre grandissant de Libanais bascule dans la pauvreté, le ministre sortant des Affaires sociales et du Tourisme, Ramzi Moucharrafiyé, a annoncé hier que son ministère allait distribuer des coupons alimentaires à 55 000 familles parmi les plus défavorisées du Liban, avec l’aide de pays européens et de l’ONU. Cette aide, qui tente de pallier la précarité...

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