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Focus

Le feu orange de Washington à l’initiative française

Certains commentateurs évoquent de « sérieuses dissonances » alors que d’autres parlent d’« entente implicite », voire même d’une répartition des rôles convergeant dans une même direction.

Le feu orange de Washington à l’initiative française

Les présidents américain Donald Trump et français Emmanuel Macron. Photos d’archives

Depuis que le président français Emmanuel Macron a décidé de « prendre le taureau par les cornes » et de se lancer dans l’aventure libanaise pour tenter d’extirper le pays de son bourbier, une question revient sans cesse : que pensent réellement les États-Unis, ennemi juré de l’Iran et du Hezbollah, de cette initiative française qui table sur le dialogue plutôt que la confrontation avec le parti chiite ?

Si les deux puissances convergent sur un certain nombre d’objectifs immédiats à atteindre au Liban, à leur tête les réformes, la stabilité politique et le redressement économique, ils ne sont pas d’accord sur le modus operandi et les moyens d’y parvenir. L’un des principaux sujets de divergence majeure est, sans aucun doute, l’attitude à adopter par rapport au Hezbollah. Pour

Washington, c’est une organisation « paria » qui doit être mise à l’index, alors que Paris considère être en présence d’un parti intégré dans le paysage politique libanais et avec lequel la France ne veut pas nécessairement couper les ponts, même si elle ne cautionne aucunement ses activités militaires.

L'éditorial de Issa GORAIEB

Au pied du mur

Cette différence de points de vue a donné lieu à de multiples interprétations concernant la nature des relations qu’entretiennent les présidents américain et français au sujet du Liban. Certains commentateurs évoquent de « sérieuses dissonances » entre les deux parties, alors que d’autres parlent d’« entente implicite » par-delà les divergences de forme, voire même une répartition des rôles convergeant dans une même direction.

Laisser-faire
Vraisemblablement déterminée à laisser une marge de manœuvre suffisante à son partenaire français pour lui permettre de tenter de jouer la carte de la stabilisation au lendemain de l’explosion du port, l’administration Trump a cherché, depuis le 4 août dernier, à ménager la France, encourageant timidement son initiative sans pour autant préjuger de sa finalité, encore moins s’engager pour ce qui en est des résultats.

Pour Walid Pharès, secrétaire général du Groupe parlementaire transatlantique sur le contre-terrorisme (TAG) et ancien conseiller de Donald Trump en politique étrangère durant la campagne présidentielle américaine, le président américain a véritablement souhaité que la France tente quelque chose. « L’administration américaine n’est certainement pas sur la même longueur d’onde que l’Élysée. Elle soutient toutefois les efforts entrepris par Emmanuel Macron pour préserver la stabilité du Liban, et ce, uniquement jusqu’aux prochaines élections américaines », affirme-t-il. C’est, dit-il, une position de « laisser-faire » qui n’a rien d’ambigu. C’est ce qui faisait dire à un analyste, il y a une dizaine de jours, que Washington, qui n’objecte aucunement à l’initiative française, est dans l’attentisme : si M. Macron réussit son pari, les États-Unis voudront en partager le crédit. À défaut, ils laisseraient la France assumer seule les dégâts.

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C’est probablement vers ce scénario que l’on risque de se diriger si l’Élysée ne réussit pas à faire émerger un gouvernement d’ici à lundi prochain, la seconde date limite accordée par les Français. Un échec français pourrait apporter de l’eau au moulin américain. L’administration Trump ferait alors valoir qu’elle avait eu raison sur toute la ligne, principalement en ce qui concerne le ton à adopter vis-à-vis du Hezbollah.

Durcissement
Aux premiers signes de durcissement émis par le tandem chiite, qui refuse à ce jour de se plier à certaines conditions fixées par la France, notamment pour ce qui est de la nature apolitique du prochain cabinet, les États-Unis sont d’ailleurs montés au créneau. La tribune signée dimanche dernier dans Le Figaro par le chef du département d’État américain, Mike Pompeo, illustre l’impatience de Washington à l’égard de l’attitude considérée comme conciliante de la France qui « refuse malheureusement de désigner l’ensemble du Hezbollah comme une organisation terroriste », écrit le responsable US qui invite Paris à se joindre aux États-Unis pour s’opposer à l’Iran et, par ricochet, à son affidé libanais, le Hezbollah.

« Le prisme français est différent de celui des États-Unis qui voient le Liban comme faisant partie d’une série d’équations internationales. Celles-ci commencent par les relations sino-américaines et vont jusqu’au processus de normalisation (des Émirats arabes unis et du Bahreïn, NDLR) avec Israël qui a actuellement lieu dans la région », commente l’analyste et écrivain Lokman Slim, expliquant ce que d’aucuns considèrent comme une divergence d’approche et de style en matière de relations internationales.

Jeudi, le coordinateur pour le contre-terrorisme auprès du département d’État américain, Nathan Sales, a rappelé que Paris et Washington ont des « désaccords majeurs » sur la manière d’atteindre des objectifs généraux sur lesquels les deux pays conviennent pourtant. Un ton et une terminologie qui tranchent avec les nuances introduites il y a une dizaine de jours par le secrétaire d’État adjoint pour le Proche-Orient, David Schenker, qui, lors d’un point de presse, évoquait des « divergences mineures » avec la France sur le dossier libanais.

Bien que Français et Américains aient commencé à coordonner leurs efforts au début de la crise – certains affirment qu’il n’y a pas de véritable coordination, mais seulement un processus d’échange d’informations –, il n’en demeure pas moins que l’approche du dossier, le style et le tempo sont foncièrement différents.

« Les Français ont tendance à regarder le Liban tel qu’il est, alors que l’administration Trump en particulier le regarde tel qu’elle souhaiterait le voir », commente le politologue Karim Bitar, citant une formule empruntée à l’AFP. M. Bitar oppose ainsi le réalisme français, qui prend en compte la complexité libanaise et tente de faire avec, aux ambitions et à la volonté américaine de remodeler la région, comme c’est souvent le cas. L’attitude d’ouverture et de communication avec l’ensemble des parties, et non seulement le Hezbollah, n’est pas le propre de M. Macron, mais une politique inaugurée depuis longtemps par Paris, rappelle le politologue.

Pour Hilal Khachan, professeur de sciences politiques à l’AUB, les Français espèrent toujours pouvoir « réhabiliter » le Hezbollah, alors que les Américains n’y croient pas, d’où le dialogue de sourds qui peut en découler. Les États-Unis se démarquent également de la France par leur style « direct » et « cru », comme le note M. Khachan, alors que, selon lui, les Français préfèrent arrondir les angles et recourir au langage diplomatique.

Les sanctions fatidiques

Les sanctions imposées à des responsables libanais, dont l’ancien ministre des Finances, Ali Hassan Khalil, membre du bloc Amal, sont l’exemple le plus récent de cette approche frontale dont Washington s’est fait le champion, alors que la France redoublait d’efforts pour mettre sur pied le gouvernement. Une mesure « maladroite » de l’avis de nombreux commentateurs, qui aurait achevé de faire capoter l’initiative de M. Macron. Pour le tandem chiite, n’était cette nouvelle épée de Damoclès brandie par les Américains, le Hezbollah et Amal n’auraient pas autant radicalisé leur position au sujet du ministère des Finances qu’ils insistent pour conserver. Dans les milieux proches du tandem chiite, on dit craindre désormais un complot ourdi subrepticement par les États-Unis et la France contre lui pour lui rogner les ailes et l’écarter progressivement du paysage politique.

Pour M. Bitar, le timing de ces sanctions a en effet quelque peu retardé la formation du gouvernement. Un constat que ne partage pas M. Kachan pour qui le tandem chiite utilise les sanctions comme « prétexte afin de ne pas lâcher son emprise sur le Liban ». « Le leadership chiite est convaincu que le Premier ministre désigné Moustapha Adib travaille en collaboration étroite avec les anciens Premiers ministres pour neutraliser l’effet des résultats des élections parlementaires de 2018 », dit-il. Pour Walid Pharès, « jusqu’à nouvel ordre, les États-Unis ne saboteront pas les efforts de la France ».



Depuis que le président français Emmanuel Macron a décidé de « prendre le taureau par les cornes » et de se lancer dans l’aventure libanaise pour tenter d’extirper le pays de son bourbier, une question revient sans cesse : que pensent réellement les États-Unis, ennemi juré de l’Iran et du Hezbollah, de cette initiative française qui table sur le dialogue plutôt...

commentaires (7)

Les élections législatives sont pour bientôt .... alors on verra où se retrouvera la majorité des libanais ... elle sera de retour au bercail !!

Bery tus

07 h 25, le 20 septembre 2020

Tous les commentaires

Commentaires (7)

  • Les élections législatives sont pour bientôt .... alors on verra où se retrouvera la majorité des libanais ... elle sera de retour au bercail !!

    Bery tus

    07 h 25, le 20 septembre 2020

  • Le but premier des Etats-Unis est de protéger Israël, et si possible, de lui offrir le Liban sur un plateau pour réaliser le Grand Israël. L'avenir des Libanais est le cadet de leurs soucis.

    Politiquement incorrect(e)

    17 h 08, le 19 septembre 2020

  • Est ce qu'il y a encore le Liban ? Mais je vois une colonie Iranienne......

    Eleni Caridopoulou

    16 h 21, le 19 septembre 2020

  • Le souhait des Libanais est de les écarter , de les faire disparaitre du Liban et de la politique ? Vous fantasmez , une minorité de Libanais qui veut imposer son point de vue à la majorité Chiite ? Un peu de respect pour toute les communautés Libanaises et on ira surement mieux au lieu de jouer le jeu américain qui est de diviser pour le bonheur de notre voisin du sud !!!

    HODROGE Gassane

    15 h 02, le 19 septembre 2020

  • Même si les sanctions américaines n’avaient pas eues lieu, le Hezbollah aurait pris ça pour une victoire et aurait exiger encore plus de conditions pour bloquer la situation en croyant tenir tout le monde avec ses armes et ses menaces. Arrêtons d’évoquer des hypothèses alors que quoi qu’il en soit ce parti ne lâchera pas tant que cette organisation terroriste n’est pas sérieusement ébranlée et ce, d’un commun accord avec tous les pays qui s’intéressent au problème libanais. Ils continuent d’utiliser la division entre tous les participants , même tactique qu’ils utilisent avec les responsables politiques libanais, pour s’en sortir vainqueurs alors que le souhait des libanais est de les voir écartés de tous les ministères et la politique libanaise pour arriver à reconstruire leur pays. Avec eux dans le paysage politique nous n’arriverons à rien et le pays disparaîtra avec la diplomatie forte qui a toujours régit le monde et ainsi ils perceront tous la face pour avoir cru à leur bonne foi alors que ce qui les anime reste la terreur, la violence et les rapports de forces pour continuer à exister.

    Sissi zayyat

    13 h 51, le 19 septembre 2020

  • Bien sûr : Macron!! Dégage ! : Nous n'avons pas détruit le port de Beyrouth pour que tu viennes construire un plus grand,mais plutot un plus petit pour faire place a Haifa . Ns n'avons pas construit une ambassade enorme au Liban pour un milliard de dollars pour que tu viennes faire revivre le souvenir du Palais des Pins. Ns voulons discuter directement avec les iraniens ,interdit que tu y fourres ton nez a travers le Hezb. Signé : Trump

    Chucri Abboud

    13 h 46, le 19 septembre 2020

  • ah bon ,les etats-unis n'interviennent pas dans les affaires du Liban? J.P

    Petmezakis Jacqueline

    09 h 30, le 19 septembre 2020