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Économie - Crise

Réformes : une coalition de la société civile présente sa propre feuille de route

Réformes : une coalition de la société civile présente sa propre feuille de route

De gauche à droite : le président de l’Union nationale des syndicats des travailleurs, Maroun el-Khaouli ; Fatima Tafila, membre de l’Association des consommateurs libanais ; l’économiste Jad Chaaban ; le président de l’Association libanaise pour les droits et l’information des contribuables, Karim Daher ; Charbel Chaaya du réseau Mada qui rassemble les étudiants ; et le président de la Ligue des déposants, Fouad Debs. Photo M.A.

Réunies depuis avril sous une seule bannière intitulée « La coalition des secteurs économiques et sociaux », six associations issues de la société civile ont présenté hier à Beyrouth une feuille de route listant les réformes qu’elles estiment indispensables pour que le pays, qui traverse une crise majeure depuis plus d’un an, renoue avec la croissance en restructurant tous les secteurs de l’économie. Cette crise est marquée par une dépréciation massive de la livre libanaise, une fonte de l’activité dans tous les secteurs, ou encore un endettement public devenu incontrôlable. Un contexte aggravé par l’épidémie de Covid-19 ainsi que la catastrophe qui a frappé Beyrouth et son port le 4 août.

Les six associations sont l’Union nationale des syndicats des travailleurs ; l’Association libanaise pour les droits et l’information des contribuables (Aldic) ; l’Association des consommateurs libanais ; la Ligue des déposants ; le réseau Mada qui rassemble les étudiants ; et l’Association des professeurs indépendants des universités. La feuille de route couvre une période de six mois à partir de sa mise en œuvre.

Dans les grandes lignes, la feuille de route prône « l’abolition du confessionnalisme politique » ainsi que la mise en place d’un environnement de travail qui permette de bâtir « une économie de la connaissance » qui se basera sur la technologie et pourra offrir des opportunités d’emploi. Les demandes « rassemblent des idées libérales et de gauche sur lesquelles les différents groupes se sont mis d’accord », a résumé pour L’Orient-Le Jour le président de l’Aldic, l’avocat fiscaliste Karim Daher. Cette feuille de route « prend en compte tous les aspects de la société et de l’économie », a quant expliqué à lui l’économiste Jad Chaaban, argumentant qu’il ne peut y avoir de reprise efficace sans une vision globale.

Audit de toutes les banques

La feuille de route reprend une partie des réformes réclamées par les créanciers et les soutiens du pays depuis des années et qui ont été au cœur de la conférence de Paris d’avril 2018 (CEDRE) ou encore des négociations entre le Liban et le Fonds monétaire international démarrées en mai en vue de débloquer une assistance financière. Une partie de ces prérequis ont d’ailleurs été au centre d’une autre feuille de route assortie de délais à court terme (trois mois) élaborée la semaine dernière lors de la visite à Beyrouth du président français Emmanuel Macron, et que la classe politique du pays a été pressée d’accepter.

L’adoption d’une loi sur le contrôle des capitaux, ou encore le lancement effectif de l’audit de la Banque du Liban (BDL), dont le volet juricomptable a démarré hier, à en croire le ministre sortant des Finances Ghazi Wazni, figurent parmi les demandes de la coalition. Cette dernière réclame, elle, un audit juricomptable de l’ensemble des établissements qui composent le secteur bancaire du pays, en pleine crise de liquidités et qui a illégalement restreint il y a un an l’accès des déposants libanais à leurs comptes en devises.

La feuille de route se démarque surtout sur le plan des mesures sociales, en demandant par exemple des financements pour soutenir et développer l’enseignement public qui sera plus sollicité en raison de la crise – le privé devenant trop cher pour beaucoup de Libanais. Les auteurs proposent également d’étendre le cercle des bénéficiaires de la Caisse nationale de Sécurité sociale (CNSS) aux travailleurs indépendants, irréguliers et migrants, et de créer « une carte de santé unifiée » qui fournira « une couverture médicale complète aux Libanais ». Ils misent aussi sur la promotion de l’emploi déclaré pour réduire la précarité, entre autres mesures.

La coalition réclame de plus une réforme du droit commercial, qui a selon elle « historiquement » favorisé les monopoles, avec en figure de proue l’adoption d’une loi transparente et tenant compte de l’avis de la société civile sur la concurrence qui interdit toute forme de cartels. Hasard du calendrier, le ministre sortant de l’Économie et du Commerce, Raoul Nehmé, a annoncé hier avoir soumis six projets de loi au gouvernement sortant, des textes réformant respectivement la concurrence, la protection des consommateurs, ou encore la protection de la propriété intellectuelle et industrielle.

Au niveau des finances publiques, ce plan table, comme les autres feuilles de route proposées précédemment, de restructurer la dette publique, mais aussi d’introduire des impôts progressifs, en particulier sur le bénéfice, les intérêts bancaires, l’immobilier, l’héritage et la richesse. Les auteurs plaident enfin pour l’abolition du secret bancaire, afin de recouvrer les fonds provenant de l’enrichissement illicite et de traquer l’évasion fiscale grâce à la mise en place « d’un numéro d’impôt unifié ».


Réunies depuis avril sous une seule bannière intitulée « La coalition des secteurs économiques et sociaux », six associations issues de la société civile ont présenté hier à Beyrouth une feuille de route listant les réformes qu’elles estiment indispensables pour que le pays, qui traverse une crise majeure depuis plus d’un an, renoue avec la croissance en restructurant...

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Tout ça reviendra finalement moins cher et sera moins crevant pour les usagers que les systèmes sophistiqués de corruption en place: à chaque démarche ou presque, c’est la quête du Graal: si t’as pas compris qu’il faut «arroser», tu butes sur la multiplication des interlocuteurs, les réponses elliptiques ou évasives, les demandes d’un complément d’infos ou de documents... jusqu’au moment où tu sors ton portefeuille.

Marionet

09 h 05, le 10 septembre 2020

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Commentaires (1)

  • Tout ça reviendra finalement moins cher et sera moins crevant pour les usagers que les systèmes sophistiqués de corruption en place: à chaque démarche ou presque, c’est la quête du Graal: si t’as pas compris qu’il faut «arroser», tu butes sur la multiplication des interlocuteurs, les réponses elliptiques ou évasives, les demandes d’un complément d’infos ou de documents... jusqu’au moment où tu sors ton portefeuille.

    Marionet

    09 h 05, le 10 septembre 2020

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