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Mouvement du 17 octobre

Pour les groupes de la société civile, le soulèvement n’est pas mort

Les gens pansent leurs plaies après le cataclysme du 4 août, s’accordent à dire des activistes interrogés par « L’Orient-Le Jour ».

Pour les groupes de la société civile, le soulèvement n’est pas mort

Un manifestant face à face avec des soldats de l’armée. Photo d’archives

Il est vrai que le désastre du 4 août qui a secoué Beyrouth et basculé la vie de ses habitants et de tous les Libanais a provoqué quatre jours plus tard une journée de la colère sous le thème significatif de « Dressez les potences ». Mais outre cette manifestation au centre-ville et un autre rassemblement organisé il y a déjà plus de deux semaines devant la statue de l’Émigré, face au port de Beyrouth où la double explosion avait eu lieu, aucun mouvement de contestation n’est venu depuis rappeler aux dirigeants leur responsabilité dans la situation infernale que subit le pays et leur réclamer des comptes sur leur incurie, tandis que les groupes de la société civile paraissent être aux abonnés absents plus de 10 mois après le déclenchement du mouvement.

La classe au pouvoir aurait-elle eu raison de l’intifada ? Les différents acteurs de la société civile interrogés par L’Orient-Le Jour s’accordent à dire que la protestation n’aura pas de répit, même si des circonstances et des obstacles entravent le parcours du mouvement du 17 octobre. Ils citent parmi les principales difficultés le coup de massue du 4 août qui a littéralement brisé la vie d’une population occupée encore à ramasser les morceaux, ainsi que les violences policières commises contre les manifestants.

Certains mettent en cause également un facteur interne, à savoir un manque d’unification des rangs qui empêche l’émergence d’une personnalité représentative.

Abasourdissement
Pour Jad Dagher, secrétaire général du parti Sabaa, il faut bien que « les gens reprennent leur souffle » après la catastrophe qui les a frappés « dans leur chair et leurs biens ». Il indique que même si la double déflagration relève de « l’inacceptable », les gens sont pour le moment occupés à panser leurs plaies et tentent de se remettre sur pied. « Les Libanais sont des humains. Pétrifiés par le séisme impensable qu’ils ont subi, ils cherchent encore à se dépoussiérer dans tous les sens du terme », affirme M. Dagher.

Sami Saab, membre du collectif Ana Khatt Ahmar, observe dans le même ordre d’idées que « les Libanais sont encore en deuil et cherchent à réparer un tant soit peu leurs maisons avant l’hiver », notant qu’« ils essaient encore d’absorber le choc ». La directrice des politiques publiques de l’ONG Koullouna Irada, Sibylle Rizk, affirme que « le choc est si grave qu’il plonge la population dans un état d’abasourdissement ». Jad Dagher évoque à cet égard « la profonde tristesse des gens mêlée à de la colère ». Il fait d’ailleurs remarquer que « cette colère a impulsé le mouvement de protestation du 8 août, lequel a conduit le surlendemain à la chute du gouvernement ». Il reste que la démission du cabinet Diab paraît davantage liée à la peau de banane qui lui a été jetée par le président de la Chambre, Nabih Berry, lorsque ce dernier l’a menacé d’une séance parlementaire de questions au gouvernement, qu’à l’action de la rue.

Toutefois, pour M. Dagher, « le soulèvement ne se relâche pas. Il suit plutôt une logique basée sur une succession d’étapes ». « Par exemple, le mouvement va inévitablement reprendre si un nouveau cabinet tarde à se former », assure-t-il, reconnaissant que « près d’un an après le début du mouvement du 17 octobre, il est pratiquement impossible de manifester en permanence ». Dans le même esprit, Sami Saab soutient que le mouvement est toujours sur le qui-vive, même si les moyens changent. « Le but à présent n’est plus de rester dans la rue, mais d’organiser des événements précis à des échéances définies. » Il fait allusion au 1er septembre, date du retour à Beyrouth du président français Emmanuel Macron, ainsi qu’au premier anniversaire du mouvement du 17 octobre. D’ailleurs, indique Khalil Hélou, général à la retraite, dans aucun pays au monde les manifestations ne se prolongent dans le temps. Il cite en exemple les événements de mai 68 qui n’avaient duré qu’un mois en France, ainsi que la révolution tunisienne ayant conduit au départ du président Zine el-Abidine Ben Ali en seulement 4 semaines (janvier 2011) et la révolution égyptienne qui avait abouti en moins de 20 jours au renversement du président Hosni Moubarak (février 2011). « Les Libanais sont en outre fatigués. Ils ont un souci majeur, celui d’assurer leur gagne-pain », avance M. Hélou, ajoutant que, cerise sur le gâteau, la catastrophe du 4 août a relégué au second plan le besoin de manifester, derrière la priorité de réparer les blessures physiques et mentales et les dommages matériels.

Pour Sibylle Rizk, les gens pensent qu’il n’est même plus utile de manifester pour revendiquer, sachant que « pour exprimer des revendications, il faut encore croire en un pouvoir dont la légitimité ne serait pas contestée et qui serait capable de répondre aux demandes ». Toutefois, selon Mme Rizk, il est nécessaire de poursuivre les manifestations pour « demander le départ de la classe dirigeante et la formation rapide d’un gouvernement doté de pouvoirs législatifs exceptionnels ». Mais, constate Sami Saab, « les Libanais sont si las du système politique sclérosé qu’ils ont tendance à s’y adapter et à ne plus bouger ». « Ils attendent cependant une étincelle pour les impulser, et nous y œuvrons », indique-t-il, évoquant entre autres « des efforts pour une plus grande visibilité à l’égard de la communauté internationale à travers une communication en français et en anglais sur les réseaux sociaux ».

Besoin instinctif d’autoprotection
Outre la calamité qui s’est abattue le 4 août et la fatigue de la population, l’activiste Lucien Bourjeily (metteur en scène de profession) attribue la faiblesse actuelle des manifestations à la répression policière. Celle-ci entretient, selon lui, « un climat de peur constant ». « Lors des protestations du 8 août, les forces sécuritaires et l’armée ont tiré sur les manifestants et lancé en leur direction de multiples quantités de gaz lacrymogène », déplore-t-il, accusant le pouvoir en place de « vouloir détruire moralement la population ». M. Bourjeily évoque à cet égard « les pays dictatoriaux où personne n’ose descendre dans la rue ». « Il est vrai que les images de blessures et de passages à tabac publiées sur les réseaux sociaux créent un sentiment de révolte, mais elles créent en même temps un besoin instinctif d’autoprotection », fait-il observer, notant que « personne ne voudrait risquer de se faire arracher l’œil ou le doigt ». L’activiste évoque par ailleurs « le spectre du Covid-19, ainsi que les menaces de guerre civile agitées par des responsables, ou encore des informations sur des risques d’attentats ou des attentats déjoués, cela en vue de maintenir une atmosphère de frayeur ». Aux violences sécuritaires, Khalil Hélou ajoute « les attaques d’éléments du Hezbollah » qui, selon lui, représentent également un facteur de dissuasion.

M. Hélou reconnaît cependant que le mouvement du 17 octobre peine à avancer par manque d’unification des revendications, notant que si beaucoup d’objectifs (réformes financières, économiques, indépendance de la justice) sont communs, d’autres font divergence, telles les armes illégales ou les élections législatives anticipées. Ces différences font qu’une personnalité représentative n’a pas encore émergé, confie-t-il, soulignant toutefois que la révolte s’organise à présent à travers une coordination de plus en plus étroite entre ses diverses forces.

Cela va-t-il mener à une ébauche de feuille de route ou de plan d’action ? Les prochaines semaines le diront, mais l’expérience jusqu’ici n’est guère encourageante à ce niveau.


Il est vrai que le désastre du 4 août qui a secoué Beyrouth et basculé la vie de ses habitants et de tous les Libanais a provoqué quatre jours plus tard une journée de la colère sous le thème significatif de « Dressez les potences ». Mais outre cette manifestation au centre-ville et un autre rassemblement organisé il y a déjà plus de deux semaines devant la statue de...

commentaires (4)

Je m’excuse mais je ne suis plus pour le KELLUN ya3neh kelloun !! C’est le leitmotiv et c’est confirmer des anciens aouniste... car on ne peut pas faire dégager tout le monde et les mettre dans le meme sac ...SOIT ON BÂTIT UN NOUVEAU LIBAN SUR DE BONNE BASE OU ALORS D’ICI 30 ans on aura des revanchards qui se soulèveront !!! ... j’aimerais bien demander à L’OLJ où sont passer les journalistes qui nous instruisaient pas seulement en politique mais en histoire en philosophie ... ?!?!? Je ne veux pas dire que les journalistes qui écrivent en ce moment ne sont pas bon mais il manque un devoir d’instruire qu’AVAIT L’OLJ .... nous sommes chanceux d’avoir encore quelqu’uns mais où sont passé le reste

Bery tus

14 h 47, le 29 août 2020

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Commentaires (4)

  • Je m’excuse mais je ne suis plus pour le KELLUN ya3neh kelloun !! C’est le leitmotiv et c’est confirmer des anciens aouniste... car on ne peut pas faire dégager tout le monde et les mettre dans le meme sac ...SOIT ON BÂTIT UN NOUVEAU LIBAN SUR DE BONNE BASE OU ALORS D’ICI 30 ans on aura des revanchards qui se soulèveront !!! ... j’aimerais bien demander à L’OLJ où sont passer les journalistes qui nous instruisaient pas seulement en politique mais en histoire en philosophie ... ?!?!? Je ne veux pas dire que les journalistes qui écrivent en ce moment ne sont pas bon mais il manque un devoir d’instruire qu’AVAIT L’OLJ .... nous sommes chanceux d’avoir encore quelqu’uns mais où sont passé le reste

    Bery tus

    14 h 47, le 29 août 2020

  • Ceux qui s’obstinent à dire que les revendications divergent alors que toutes abondent dans le même sens. Aucune réforme économique ne se fera tant que les armes dominent les tenants du pouvoir pour les faire exécuter. Où est la divergence? C’est un tout qui fera que le pays une fois sa souveraineté retrouvée, il procède à des réformes radicales sans entraves. Sinon on aura toujours les mêmes qui mettront les bâtons dans les roues de ceux qui essayent de sauver le pays. Je trouve que les revendications sont complémentaires et indivisibles.

    Sissi zayyat

    12 h 04, le 29 août 2020

  • il est bien evident qu'il ne faut pas s'exposer aux violences policières ,d'autant que cela ne mène a rien ;se refaire une maison ,une santé et trouver d'autres moyens aussi efficaces pour balancer des dirigeants incapables; de nouveau: on s'organise et on entame des grèves paralysantes; c'est le meilleur moment ,maintenant ,puisque l'aide internationale est présente et prète a aider;non? J.P

    Petmezakis Jacqueline

    09 h 45, le 29 août 2020

  • S,ILS NE DEGAGENT PAS ALORS IL FAUT LES DEGAGER. SINON DE BONGRE ALORS DE MALGRE.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    09 h 42, le 29 août 2020