Une Libanaise posant devant son frigo vide en juin 2020. Photo Mahmoud Zayyat/AFP
La fortune des 21 personnes les plus riches du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord (MENA) a augmenté de près de 9,8 milliards de dollars depuis mars, soit près du double des fonds estimés nécessaires pour reconstruire Beyrouth après la double explosion du 4 août, a indiqué Oxfam hier dans un communiqué. Les inégalités sont frappantes dans cette région, avec les 10 personnes les plus riches qui possèdent près de « 76 % des revenus » de la zone MENA, et les 37 plus riches qui eux ont autant de richesse que la moitié de la population la plus pauvre. Entre 2010 et 2019, le nombre d’individus possédant une richesse supérieure à 5 millions de dollars a augmenté de 24 % au Liban, en Égypte, en Jordanie et au Maroc.
La pandémie de Covid-19 a accentué ces inégalités : 45 millions de personnes pourraient basculer dans la pauvreté. En effet, l’ONG fait part de la perte de 1,7 million d’emplois, dont 700 000 postes occupés par des femmes, entre mars et août dans la région, équivalant à une baisse de revenus de 24 milliards de dollars. « La pandémie a mis en évidence les inégalités profondes et les échecs massifs de nos systèmes économiques, laissant des millions de personnes dans la région sans emploi, sans accès aux soins et sans aucune Sécurité sociale », a déclaré Nabil Abdo, conseiller principal d’Oxfam dans la zone MENA. Au niveau régional, un déficit budgétaire de 11,1 % du PIB pour cette année est attendu, alors qu’il était de 3,9 % en 2019. Concernant les remises des expatriés, qui constituaient près de 5,7 % du PIB de la région l’année passée, elles pourraient diminuer de près de 20 % en 2020.
Un autre problème régional est la faiblesse de la protection sociale. Oxfam estime que 63,9 % des travailleurs sont employés au noir au Moyen-Orient. Cela constitue environ 16 millions de personnes, dont 86 % ne recevront aucune indemnité. Selon les auteurs de l’étude, si le Liban avait introduit une taxe sur la richesse de 2 % en 2011, le pays aurait obtenu 12,8 milliards de dollars, soit plus que les 11 milliards de dollars promis lors de la conférence de Paris (CEDRE) de 2018. Ce montant constitue également 82 % de son service de la dette externe depuis 2011. La dette publique s’est élevée à 93,1 milliards de dollars à fin mai. L’ONG exprime également sa crainte de voir la double explosion bénéficier aux plus riches, comme cela a été le cas lors de la reconstruction à la fin de la guerre civile en 1990. Selon l’ONU, plus de 55 % de la population libanaise est désormais « prise au piège de la pauvreté ».Oxfam préconise donc d’instaurer aujourd’hui dans la zone MENA une taxe de 5 % sur la richesse pour pouvoir faire face à l’épidémie de Covid-19, et ensuite de la ramener à 2 % pour pouvoir fournir une protection sociale à la population.


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