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Agenda

À mes amis libanais

L’explosion à Beyrouth a plongé le Liban et la communauté internationale dans un état de choc. La tragédie, la mort et le désarroi nous rappellent les images dramatiques du Japon après les bombardements nucléaires il y a soixante-quinze ans. Cette explosion nous fait réagir avec rage, mais aussi avec amitié et solidarité envers une nation et un peuple qui semblent emportés par un fatalisme historique.

Oui, le moment est dramatique. Oui, le sentiment d’impuissance paraît s’étendre à toute la population libanaise. Oui, le pays et les amis du Liban se mobilisent. Oui, il faut un soutien urgent, sérieux et efficace. Mais surtout, il faut faire confiance à un pays si riche, dont les femmes et les hommes ont toujours su surmonter les plus grandes catastrophes.

L’explosion au Liban est une métaphore de l’explosion actuelle du Proche-Orient, région du monde où l’humanité prend ses origines, où les concepts essentiels de notre pensée, de notre culture, de nos valeurs et de nos civilisations ont trouvé leur origine. Le Liban ne peut pas disparaître sous l’effet de l’explosion de 2 750 tonnes de nitrate d’ammonium.

Ce Liban tellement bien décrit par mon ami l’écrivain Amin Maalouf, où le vivre-ensemble s’est développé sereinement au début du XXe siècle, et où le progrès et l’espoir d’un rayonnement culturel illuminaient toute la Méditerranée, nous semble aujourd’hui très lointain.

Ces derniers jours, j’ai beaucoup discuté et écouté mes amis libanais. Pour la plupart, ils se sentent désespérés et demandent une aide extérieure pour venir à leur secours car ils se sentent incapables de s’en sortir seuls. Ils ont en effet besoin d’assistance et de coopération : ils vont l’avoir. Mais à mon avis, c’est à eux maintenant de se lever et de regarder en face leur propre avenir.

Combien de fois dans mes multiples visites au Liban ai-je partagé ma foi en leurs capacités et leurs compétences ? Combien de fois a-t-on constaté ensemble que se plaindre des ingérences d’acteurs étrangers dans les affaires intérieures libanaises ne suffisait pas ? Trop d’ingérences et d’interventions ont eu lieu malheureusement pendant les dernières décennies, mais c’est à vous, Libanais, d’y mettre fin. C’est à vous Libanais de proclamer votre véritable souveraineté et indépendance. La communauté internationale sera avec vous, mais il faut dans cette grande tragédie vous rassembler et montrer l’unité et la grandeur d’une nation construite au carrefour de l’histoire. C’est à la société libanaise et aux forces politiques de dresser le bilan de ces dernières années et de proposer un nouveau pacte politique. Le dialogue et l’engagement de tous les Libanais sont nécessaires pour prendre un nouveau départ.

Le Liban a été et peut continuer à être un modèle où les civilisations les plus avancées du monde se croisent, se mélangent et vivent ensemble. À l’époque où le modèle de respect et d’acceptation mutuelle existait dans un cadre endogène, tout allait bien. Mais lorsque les agents exogènes ont voulu imposer leur prééminence, le vivre-ensemble s’est effondré.

Je suis convaincu que vous, mes amis libanais, dans ce moment douloureux, serez capables de réagir et de prendre votre destin en main. Le plus urgent est de réconforter tous ces Libanais qui ont tout perdu : leurs proches, leur maison… Il faut tout de suite reconstruire ce Liban meurtri par la destruction et donner aux populations un espoir nouveau. Mais en même temps, il faut rassembler la population libanaise dans un projet collectif.

Mon ami Amin Maalouf avait déjà envoyé un message clair sur la nécessité de réagir pour éviter un « naufrage de civilisations ». Le président de la République libanaise Michel Aoun m’a proposé de créer un grand centre des civilisations à Beyrouth. Saisissant ce drame, le port de Beyrouth pourrait servir de mémorial, mais surtout de centre où toutes les cultures, les civilisations et les communautés peuvent former les nouvelles générations, dans un Liban historique qui saura illuminer comme un phare depuis Beyrouth toute la Méditerranée.

L’Alliance des civilisations des Nations unies (Unaoc) est prête à apporter toute sa coopération pour aider à réaliser ce projet.

Haut représentant des Nations unies pour l’alliance des civilisations


L’explosion à Beyrouth a plongé le Liban et la communauté internationale dans un état de choc. La tragédie, la mort et le désarroi nous rappellent les images dramatiques du Japon après les bombardements nucléaires il y a soixante-quinze ans. Cette explosion nous fait réagir avec rage, mais aussi avec amitié et solidarité envers une nation et un peuple qui semblent emportés par un...