Rechercher
Rechercher

Explosions de Beyrouth

Les démissions au sein du gouvernement et du Parlement se succèdent

Les regards sont maintenant braqués sur les ténors de l’opposition, à savoir le Courant du Futur, les Forces libanaises et le Parti socialiste progressiste, qui multiplient leurs contacts en vue de presser dans le sens de législatives anticipées.

Le Premier ministre libanais Hassane Diab, le 7 mars 2020 à Beyrouth. Photo d'archives AFP

La vague de démissions parlementaires et ministérielles déclenchée samedi après les explosions meurtrières au port de Beyrouth, le 4 août, se poursuivait lundi avec la démission de la vice-présidente du Conseil et ministre de la Défense, Zeina Acar, du ministre des Finances, Ghazi Wazni, et de la ministre de la Justice, Marie-Claude Najem, ainsi que celle du député de Baabda Henri Hélou. La députée Paula Yacoubian, qui avait annoncé sa démission dès samedi, l'a remise par écrit à la Chambre aujourd'hui.

Avant même la réunion du cabinet à 15h, prévue initialement au palais présidentiel de Baabda mais qui se tient finalement au Grand sérail pour faire le point de la situation, la ministre de la Justice a ainsi présenté par écrit sa démission à M. Diab, au lendemain de la démission de la ministre de l'Information Manal Abdel Samad et du ministre de l’Environnement et du Développement administratif Damien Kattar. Mais des sources proches de la ministre indiquent que cette démission n'est pas encore effective.
Le ministre des Finances, Ghazi Wazni, a lui aussi présenté sa démission du gouvernement. L'information a été confirmée à l'AFP par un responsable de son ministère. Au total donc, quatre ministres ont jusque-là rendu le tablier. Le ministre de l'Économie Raoul Nehmé avait lui aussi manifesté sa volonté de démissionner mais ne l’a finalement pas présentée en attendant le Conseil des ministres aujourd’hui.

"Fuir ses responsabilités"
Mais pour le ministre de l'Intérieur, Mohammad Fahmi, démissionner équivaudrait à "fuir devant ses responsabilités". "J'étais initialement en faveur de la démission du gouvernement juste après l'explosion, car cela semblait logique. Mais aujourd'hui, démissionner équivaudrait à fuir ses responsabilités sous la pression. Il est honteux de fuir face à ses responsabilités", a affirmé le ministre à la chaîne LBCI.

Le Premier ministre Hassane Diab avait tenu hier une réunion avec plusieurs ministres pour discuter de la possibilité d’une démission du gouvernement à l’issue de la séance ministérielle. Une façon pour le Premier ministre d’éviter une chute de son équipe lors des séances parlementaires prévues jeudi. Le président de la Chambre, Nabih Berry, a en effet convoqué le bureau de la Chambre à une réunion lundi après-midi et à des séances parlementaires ouvertes à partir de jeudi 13 août, à 10h, afin d'interroger le gouvernement sur le "crime" subi par la capitale.

L'édito d'Emilie SUEUR

Nettoyer enfin les écuries d’Augias

Sur le plan parlementaire, c'est le député de Aley Henri Hélou (groupe joumblattiste) qui a remis lundi sa démission écrite au secrétaire général de la Chambre, Adnane Daher. La député de Tripoli, Dima Jamali, affiliée au Courant du Futur de Saad Hariri, devrait faire de même. Le député du Kesrouan Chamel Roukoz, gendre du chef de l'État Michel Aoun, doit pour sa part décider aujourd'hui s'il démissionne ou non.  Dimanche, c'est le député de Zghorta Michel Moawad qui a démissionné. Son collègue Nehmat Frem avait pour sa part suspendu sa participation au Parlement, affirmant qu’il ne se rendra à la Chambre que pour voter la dissolution de celle-ci. La veille, le bal des démissions avait débuté avec celles des députés Kataëb, Samy Gemayel, Nadim Gemayel et Élias Hankache, ainsi que celle de la député indépendante Paula Yacoubian qui a remis lundi sa démission écrite au Parlement. Mais c'est Marwan Hamadé qui a été le premier député à annoncer sa démission, quelques heures après le drame.

Lire aussi

Législatives anticipées : une brèche... en attendant la victoire

Les regards sont maintenant braqués sur les ténors de l’opposition, à savoir le Courant du Futur, les Forces libanaises et le Parti socialiste progressiste, qui multiplient leurs contacts en vue de presser dans le sens de législatives anticipées. Le chef druze Walid Joumblatt a cependant exclu une fois de plus, dans une interview à la chaîne al-Hurra, une démission de son groupe parlementaire, appelant en revanche au départ du cabinet. Un appel relayé par son fils, le député Teymour Joumblatt qui dirige le bloc parlementaire, à l'issue d'un entretien avec Nabih Berry.

"Une décision importante"
De son côté, le chef des Forces libanaises, qui s'est entretenu avec une délégation du Parti socialiste progressiste (de Walid Joumblatt), a affirmé que sa formation annoncera "une décision importante dans les prochaines heures". "Nous avons écouté ce que les députés de la Rencontre démocratique (groupe parlementaire affilié au PSP de Walid Joumblatt) avaient à dire, et les choses avancent à un rythme soutenu", a déclaré M. Geagea, lors d'un point de presse à Maarab. "Nous allons entendre de bonnes nouvelles dans les prochaines heures, alors que nous connaissons des jours sombres", a affirmé M. Geagea. Et d'ajouter : "Quelques heures nous séparent de l'annonce d'une importante décision", sans plus de détails. Il n'explique pas si cette décision serait la démission des députés affiliés aux FL. "La démission du gouvernement ne nous concerne pas. Elle ne change rien, car tout nouveau gouvernement sera similaire au cabinet actuel et ses prédécesseurs. Notre but est d'aller au cœur du problème, à savoir le Parlement", a conclu M. Geagea.

Enfin, au niveau administratif, Gaby Ferneiné, membre du conseil municipal de Beyrouth, a renoncé à son siège.

Le 4 août, deux explosions d'une violence inouïe ont ravagé le port de Beyrouth et de nombreux quartiers de la capitale, faisant près de 160 morts et 6.000 blessés, selon un bilan encore provisoire. Selon la version officielle, l'explosion a été déclenchée par un incendie dans un stock de 2.750 tonnes de nitrate d'ammonium stockées au port depuis 2014, sans mesures de sécurité, de l'aveu même du Premier ministre. Le président de la République, Michel Aoun, a pour sa part évoqué l'hypothèse d'une bombe ou d'un missile. Il a rejeté les appels à une enquête internationale, estimant qu'elle "diluerait la vérité".

Ce drame a suscité l'immense colère de la population, et deux manifestations, samedi et dimanche, ont été émaillées de violences, faisant un tué parmi les policiers et des centaines de blessés parmi les protestataires et les forces de l'ordre. Ces explosions se sont produites deux mois avant le premier anniversaire de la révolte populaire déclenchée contre la classe dirigeante le 17 octobre 2019.


La vague de démissions parlementaires et ministérielles déclenchée samedi après les explosions meurtrières au port de Beyrouth, le 4 août, se poursuivait lundi avec la démission de la vice-présidente du Conseil et ministre de la Défense, Zeina Acar, du ministre des Finances, Ghazi Wazni, et de la ministre de la Justice, Marie-Claude Najem, ainsi que celle du député de Baabda Henri...

commentaires (11)

Où est passé le patron du CPL?

AJGG84

17 h 32, le 10 août 2020

Tous les commentaires

Commentaires (11)

  • Où est passé le patron du CPL?

    AJGG84

    17 h 32, le 10 août 2020

  • Monsieur Fahmi, démissionner c'est reconnaitre sa responsabilité...particulièrement en tant que ministre de l'intérieur !!!

    In Lebanon we (still) Trust

    14 h 47, le 10 août 2020

  • L'INCOMPETENCE et l'IRRESPONSABILITE des Peudopoliticiens traduites dans les situations "sans pression" DEMEURENT pareil voir PIRE dans des situations "avec pression" et ce depuis plus de 30 ANS !!!

    Alors...

    14 h 22, le 10 août 2020

  • Un nouveau gouvernement indépendant réellement ou bien le retour des 3 dernières décennies? Des dynasties familiales? Car j'ai comme l'impression que c'est ce qui se prépare... en ce cas ça n'a pas servi à grand chose le "tous oui tous". Brèves (des)illusions.

    Sybille S. Hneine

    14 h 20, le 10 août 2020

  • Les libanais ne devraient pas baisser leur garde. Le nouveau gouvernement qui va remplacer l’actuel doit en premier lieu réformer et assainir les institutions vitales de ce pays, à savoir LA JUSTICE, LES FINANCES, LES FORCES DE L’ORDRE ET L’ARMÉE. PUIS LE RESTE IL NE FAUT PAS LAISSER DES VENDUS À DES POSTES CLÉS. CE SERA RECULER POUR MIEUX SAUTER.

    Sissi zayyat

    14 h 04, le 10 août 2020

  • Mon souhait serait que les démissionnaires déballent toute la vérité, comme l'ont fait les ex-conseillers de Trump.

    N.S.

    13 h 58, le 10 août 2020

  • Malgré certains bons ministres, ce gouvernement fût un désastre qui accomplissait les tâches d'un régime corrompu et d'un leader sous terrain payé par des non libanais...le prix est exorbitant pour le libanais!

    Wlek Sanferlou

    13 h 34, le 10 août 2020

  • "Il est honteux de fuir face à ses responsabilités" . Bien sûr ! Mais qu'avez-vous fait d'autre depuis 6 mois ?

    Yves Prevost

    13 h 28, le 10 août 2020

  • Diluer la vérité..si on pouvait diluer les effets de la presidence

    Liban Libre

    13 h 17, le 10 août 2020

  • Il leur a fallu plus de 4 jours pour démissionner alors que dans n’importe quel pays démocratique le gouvernement aurait présenté sa démission dans son intégralité et ce, dans les minutes qui ont suivi la catastrophe.

    Sissi zayyat

    13 h 16, le 10 août 2020

  • IL RESTE A TOUTES ET TOUS LES AUTRES DE SUIVRE. IL EST MIEUX QU,ILS PARTENT TOUS DE BONGRE POUR EVITER AU PAYS LE MALGRE TRES DANGEREUX SI INEVITABLE.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    13 h 11, le 10 août 2020