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Explosion

Le système hospitalier... à plat

Quatre établissements de Beyrouth ont été durement endommagés. Ils ne seront pas opérationnels avant plusieurs mois.

Le système hospitalier... à plat

L’entrée de l’hôpital libanais-Geitaoui entièrement dévastée. Photo N.M.

Les hôpitaux de Beyrouth offraient hier des scènes de désolation. Dans les différents établissements dévastés par la double explosion qui a sinistré le port de Beyrouth la veille, faisant plus de 130 morts et des milliers de blessés, une même phrase revient sur toutes les lèvres : « Une catastrophe. » Et pour cause. Quatre hôpitaux de la capitale, le Centre médical universitaire-hôpital Saint-Georges, l’hôpital libanais-Geitaoui, l’hôpital Notre-Dame du Rosaire et l’hôpital de la Quarantaine, ont été complètement dévastés.

Devant l’entrée du Centre médical universitaire-hôpital Saint-Georges, médecins et employés balaient du regard l’ampleur des dégâts. Dans cet établissement, l’odeur de la poussière prend à la gorge, malgré le masque de protection. Les dégâts sont énormes. Des débris de verre sont accumulés dans des coins de ce qui reste de la salle de réception. Des morceaux de plafond jonchent le sol ou pendent, raccrochés à quelques fils électriques. De gros sacs en plastique noir et jaune, remplis de débris, sont alignés dans les couloirs. Dehors, des tables brisées, des fauteuils partis en éclats et de gros morceaux en bois sont empilés. Dans un coin, une table et trois chaises en plastique servent de bureau de fortune pour la cellule de crise. Les équipes de nettoyage s’affairent à déblayer les lieux et à sauver ce qui reste. Marianne, résidente dans le service de chirurgie pédiatrique, est venue récupérer « les dossiers des patients qui sont irremplaçables ». Elle se trouvait à l’hôpital au moment de l’explosion. « Au début, je ne réalisais pas ce qui se passait, raconte-t-elle. Ma première réaction a été de venir en aide aux personnes qui m’entouraient. Dans le département, nous avons réussi à évacuer les enfants vers d’autres hôpitaux. Beaucoup de parents ont été blessés. C’est une tragédie. Je n’arrive pas à croire que je suis encore vivante. »

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Dans cet hôpital, onze personnes ont péri, dont quatre du corps infirmier. « Les patients ont été évacués vers des hôpitaux avoisinants », affirme à L’Orient-Le Jour le Dr Iskandar Nehmé, directeur médical de l’hôpital. À l’issue d’une tournée dans les locaux, il poursuit : « De nombreuses machines sont encore en état de marche, principalement aux urgences. Mais le bâtiment est durement endommagé. Il nous faut des fonds pour pouvoir le réhabiliter et le rendre fonctionnel de nouveau. » Ce qui pourra prendre des mois.

Malgré les innombrables dégâts, mardi soir, les équipes de l’hôpital étaient présentes pour venir en aide aux blessés dans la mesure du possible. Une spécialiste de l’hôpital raconte que des réanimations cardiaques étaient effectuées à l’entrée de l’hôpital, « presque dans la rue ».


Le Centre médical universitaire-hôpital Saint-Georges offrait hier une scène de désolation. Photo N.M.


L’hôpital « n’est plus fonctionnel »

À l’hôpital libanais-Geitaoui, le même spectacle s’offre aux yeux. Dans la grande entrée de l’établissement, les équipes de nettoyage s’affairent à déblayer les lieux. Des débris de verres jonchent le sol. Le Dr Pierre Yared, directeur général de l’établissement, annonce sur un ton de désolation que « l’hôpital n’est plus fonctionnel ». Ici encore, les patients ont été transférés dès mardi soir vers d’autres hôpitaux. Parallèlement, les équipes médicales se sont activées jusqu’aux petites heures du matin pour traiter 104 blessés. « Malheureusement, douze personnes sont décédées, déplore le Dr Yared. Trois d’entre elles ne sont toujours pas identifiées. La morgue est saturée. Elle ne peut plus accueillir des dépouilles. Nous avons quatre corps que nous essayons d’évacuer vers d’autres établissements. »

À l’hôpital, une partie des soins intensifs est toujours opérationnelle. Sept malades y recevaient encore des soins hier dans la matinée. « Dix-sept autres malades se trouvent au centre des grands brûlés et dans un étage qui n’a pas subi trop de dégâts », précise le Dr Yared, soulignant qu’il faut au moins un mois de travaux pour pouvoir commencer à accueillir de nouveau des patients.

L’hôpital Notre-Dame du Rosaire est aussi à plat. Dans l’établissement, une infirmière a péri dans l’explosion.

À l’Hôtel-Dieu de France et au Centre médical de l’Université libano-américaine-Clinique Rizk, à Achrafieh, les dégâts sont moins importants. Des vitres ont éclaté, des portes ont été défoncées et des morceaux de faux-plafond ont chuté. Mais les endroits vitaux des deux établissements – bloc opératoire, soins intensifs et urgences – sont intacts.

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« En quelques heures, nous avons reçu 340 blessés graves, dont quatorze sont décédés, et plusieurs dizaines d’autres blessés légers, explique le Dr Georges Dabar, directeur médical de l’HDF. Certains blessés ont un pronostic engagé. »

Jusqu’à lundi au moins, « toute l’activité réglée de l’hôpital est suspendue ». « Notre priorité est aux blessés graves », insiste le Dr Dabar, soulignant qu’hier l’HDF a reçu des patients dialysés du Centre médical universitaire-hôpital Saint-Georges et des transferts de blessés de l’hôpital libanais-Geitaoui. « Mais nous ne pouvons plus accueillir des cas graves, déplore-t-il. Les services de réanimation sont saturés et des patients se trouvent dans les chambres de réveil du bloc opératoire. »


Le plafond du hall principal du Centre médical universitaire-hôpital Saint-Georges détruit. Photos N.M.


« Coup de grâce »

Au Centre médical de l’Université libano-américaine-Clinique Rizk, l’alarme de détresse a été sonnée quelques minutes après la déflagration « pour que tout le monde se centralise vers les urgences, parce qu’on s’attendait à recevoir beaucoup de blessés », explique Sami Rizk, directeur de l’hôpital. Dès 18h45 et jusqu’aux petites heures du matin, l’hôpital a reçu plus de 300 blessés graves (tous les blessés n’ont pas été enregistrés), dont quatre sont décédés. Deux autres personnes n’ont toujours pas été identifiées. Parmi les blessés, 67 ont été admis à l’hôpital, dont quatorze aux soins intensifs. « Nous avons demandé à beaucoup de blessés dont l’état ne nécessitait pas une intervention urgente de revenir ce matin (hier) », précise M. Rizk, notant que jusqu’à 6 heures, hier matin, plus de 65 interventions chirurgicales ont été pratiquées dans le bloc opératoire, mais aussi en dehors des blocs.

Aux blessés « se mixaient les patients de Covid-19 ». « Nous avons dû jongler entre les différents patients qui se trouvaient dans des endroits différents, raconte M. Rizk. Nous avons créé des chambres de soins intensifs dans des chambres normales. Nous avons aussi, en parallèle, reçu des patients des autres hôpitaux durement endommagés. »

« Le bilan est horrible, déplore-t-il. C’est vraiment une apocalypse. Nous n’avons jamais vécu cela, même durant la guerre civile. »

Cette catastrophe vient s’ajouter aux crises que subit de plein fouet un secteur hospitalier au bord de l’effondrement en raison de la crise financière que subit le Liban, sachant que plusieurs établissements avaient annoncé, ces dernières semaines, ne plus pouvoir fonctionner à pleine capacité. La crise des hôpitaux dure depuis plusieurs mois – avant le début du soulèvement du 17 octobre – et la crise sanitaire du Covid-19 lui a fait « subir un second coup ». « Cette explosion a été le coup de grâce du secteur. Celui-ci est complètement à plat, affirme M. Rizk. Je ne pense pas qu’on va pouvoir tenir. Nous avons renvoyé tous les cas froids pour être à la disposition des patients d’hier (mardi) et des malades hospitalisés. C’est une calamité. Je ne sais pas combien de temps ce secteur va encore survivre avec les manques d’équipements, surtout ceux à usage unique. Hier (mardi), nous avons épuisé toute notre réserve de matériel chirurgical. Nous n’avons pas encore fait notre bilan pour savoir où nous en sommes. »

Pour le Dr Dabar, « le secteur hospitalier ne tiendra plus que sur la volonté des donateurs ». « Nous appelons tout le monde à donner, sans compter, martèle-t-il. La diaspora doit soutenir le système de santé parce que nous n’allons pas tenir le coup. L’État ne nous aide en rien. »


Les hôpitaux de Beyrouth offraient hier des scènes de désolation. Dans les différents établissements dévastés par la double explosion qui a sinistré le port de Beyrouth la veille, faisant plus de 130 morts et des milliers de blessés, une même phrase revient sur toutes les lèvres : « Une catastrophe. » Et pour cause. Quatre hôpitaux de la capitale, le Centre...

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QUE RESTE- T- IL DEBOUT DANS CE MALHEUREUX PAYS ? LE CANCER ET LA GANGRENE PERSIQUES LE RONGENT.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

08 h 35, le 06 août 2020

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Commentaires (1)

  • QUE RESTE- T- IL DEBOUT DANS CE MALHEUREUX PAYS ? LE CANCER ET LA GANGRENE PERSIQUES LE RONGENT.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    08 h 35, le 06 août 2020