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Covid-19

Le Liban sera reconfiné dix jours durant, en deux temps

La commission ministérielle chargée de suivre l’épidémie a émis une série de recommandations pour freiner la propagation rapide du virus. Hier, 132 nouveaux cas ont été enregistrés.

Le Liban sera reconfiné dix jours durant, en deux temps

« On n’entre pas sans masque », peut-on lire sur la porte de ce magasin, à Beyrouth. Photo João Sousa

La décision d’un confinement total du pays pendant dix jours, mais en deux temps, à partir du 30 juillet, et de la fermeture de certains secteurs propices aux rassemblements, pendant deux semaines à partir d’aujourd’hui, a finalement été prise hier par la commission ministérielle chargée du dossier du Covid-19 pour tenter de contenir l’explosion des cas de contamination au coronavirus constatée au Liban depuis pratiquement début juillet. Une décision qui ne suit que partiellement les appels lancés depuis plusieurs jours par les experts et, plus récemment hier, par le comité scientifique du ministère de la Santé, présidé par le ministre Hamad Hassan, qui avaient mis l’accent sur la nécessité d’un bouclage total d’au moins quinze jours pour permettre au pays de récupérer sa capacité médicale, le système hospitalier étant sur le point d’être submergé, mais aussi pour évaluer la situation et remédier aux problèmes techniques pour un meilleur contrôle de l’épidémie.

Ainsi, au terme de sa réunion, la commission a décidé un bouclage du 30 juillet au 3 août, puis du 6 au 10 août, inclus, à l’exception de l’aéroport où l’arrivée de voyageurs sera restreinte. Cette mesure concerne notamment les entreprises privées, les magasins, les commerces et les marchés, ainsi que les secteurs éducatif et bancaire. Les rassemblements sont également prohibés durant cette période. En sont exemptés les institutions publiques, les points d’entrée sur le territoire libanais, ainsi que les secteurs de la santé, de l’alimentation, de l’industrie, de l’agriculture, des médicaments et des médias, et les institutions militaire et sécuritaire.

Selon des sources bien informées, cette mesure a été prise pour des « considérations économiques », la crise qui sévit « l’ayant emporté sur le problème de santé publique qui menace le pays ». Petra Khoury, conseillère du Premier ministre pour les affaires de la santé et présidente de la Commission nationale chargée de la lutte contre le Covid-19, indique à L’Orient-Le Jour que cette mesure a pour objectif de permettre au ministère de la Santé de se rattraper. « Elle permettra aussi d’éviter l’apparition de nouveaux foyers », estime-t-elle. « Ces mesures sont absurdes », martèle de son côté Walid Ammar, président du Comité national de lutte contre les maladies infectieuses. « La période de quatorze jours n’est pas choisie fortuitement, explique-t-il à L’OLJ. Une personne ayant contracté le virus et qui est asymptomatique a besoin de quatorze jours, à compter du premier jour de l’infection, pour qu’elle ne soit plus contagieuse. Durant cette période de confinement également, des personnes ayant été contaminées au coronavirus peuvent développer des symptômes de la maladie. Ces individus, qui doivent être dirigés vers les hôpitaux ou les centres d’isolement selon leur état de santé, vont rester contagieux jusqu’à trois jours après la disparition des symptômes. Or, la période de cinq jours préconisée par la commission ministérielle n’est pas suffisante pour interrompre la chaîne de transmission si une personne est contaminée. »

Le Dr Ammar précise dans ce cadre que lors de sa réunion, le comité scientifique du ministère de la Santé avait recommandé un confinement de quatorze jours à partir d’aujourd’hui, suivi d’une réouverture du pays pour une durée de quatorze jours et d’un second confinement pendant deux autres semaines. « Cela permettra d’éviter les rassemblements durant la fête d'al-Adha et la commémoration de Achoura, observe-t-il. Les décisions prises par la commission ministérielle n’ont aucun fondement scientifique. »

PCR obligatoire avant embarquement

La commission ministérielle a en outre décidé de fermer à partir de ce matin et jusqu’au 10 août prochain les pubs, les boîtes de nuit, les marchés populaires, les plages publiques, les piscines intérieures, les jardins publics, les salles de jeux en intérieur, les parcs d’attraction, ainsi que les théâtres et les cinémas. Dans les salles de sport, les entraînements en groupe seront interdits, alors que les machines resteront accessibles aux sportifs. L’ensemble des célébrations religieuses et des compétitions sportives sont annulées. Concernant les lieux de culte religieux, les autorités « entreront en contact avec les dignitaires pour leur fermeture ». En outre, les restaurants et les transports en commun ne pourront fonctionner qu’à 50 % de leur capacité d’accueil. Enfin, les personnes âgées de plus de 65 ans sont appelées à rester chez elles et à ne sortir qu’en cas d’extrême nécessité.

Le ministre de l’Intérieur, Mohammad Fahmi, qui a donné lecture des décisions de la commission, a également annoncé qu’à partir du vendredi 31 juillet, les personnes souhaitant entrer sur le territoire libanais devront présenter un test de dépistage PCR négatif datant de moins de 96 heures (quatre jours) avant leur date de voyage, et montrer les résultats avant leur embarquement. D’ici là et à partir de ce matin, les personnes venant de pays où la pandémie est sous contrôle devront subir un test à leur arrivée et s’isoler durant 48 heures en attendant le résultat de leur test. Néanmoins, les voyageurs venant de pays à risque seront isolés dans un hôtel à leurs frais pendant 48 heures ou jusqu’au résultat de leur test, avant d’obtenir rendez-vous auprès d’un laboratoire désigné par le ministère de la Santé pour effectuer un second test PCR sous les 72 heures.

Quid de la période post-10 août ? Petra Khoury note « qu’une évaluation sera effectuée ». « Si la situation ne s’est pas améliorée, nous allons préconiser des mesures encore plus restrictives, ajoute-t-elle. Dans le cas contraire, les secteurs qui ont été fermés devront rouvrir en respectant les normes de prévention. » Et d’insister : « Le Covid-19 ne disparaîtra pas de sitôt. Les gens doivent apprendre à vivre avec le virus en prenant les mesures nécessaires de prévention. »

Centre de gestion des catastrophes

Dans la matinée, le comité scientifique au ministère de la Santé avait recommandé une fermeture totale du pays pour deux semaines, à l’exception de l’aéroport. « Il ne faut pas baisser les bras, mais renforcer absolument les mesures de prévention contre le coronavirus », avait déclaré le ministre Hamad Hassan à l’issue de la réunion. Il a appelé à prendre des mesures « comme si l’épidémie venait seulement de commencer ». « Ce que nous avons fait précédemment était excellent et il faut y revenir avec beaucoup de sérieux pour ne pas connaître une catastrophe humaine et sanitaire », a-t-il insisté. Le comité avait par ailleurs recommandé que des mesures spéciales soient prises pour les prières de la fête d'al-Adha, en fin de semaine. Les personnes contaminées mais asymptomatiques devraient, selon ce comité, être isolées dans des centres spécifiques sous la surveillance des forces de sécurité et des autorités locales.

À ce jour, sept centres d’isolement sur les trente-trois préconisés au début de l’épidémie, d’une capacité totale de 359 lits, sont prêts. Il s’agit du centre de la Quarantaine, de l’Hôpital libano-canadien à Horch Tabet (Metn), de l’hôtel Saba’ à Bhamdoun (caza de Aley), du centre Hadafna à Blatt (Jbeil), du bâtiment Saint-Antoine à Amchit (Jbeil), de Koura Residence (Liban-Nord) et du centre de Majdel Anjar (Békaa).

Hamad Hassan a encore annoncé que le Centre de gestion des catastrophes, de l’hôpital gouvernemental Rafic Hariri de Beyrouth et dépendant du ministère de la Santé, sera renforcé afin de pouvoir travailler 24 heures sur 24. Cette structure servira à assurer une meilleure coopération entre les hôpitaux gouvernementaux, notamment pour la répartition des malades en fonction des places libres dans les différents établissements, ce qui permettrait de les hospitaliser plus rapidement.

132 nouvelles contaminations

Le bilan des contaminations au coronavirus ne cesse de s’alourdir. Hier, 132 nouveaux cas ont été signalés, portant ainsi à 3 879 le nombre de cas cumulés depuis le début de l’épidémie en février, sachant que 1 705 personnes se sont rétablies et 51 décédées.

Selon le rapport quotidien du ministère de la Santé, 120 cas ont été signalés localement et 12 autres parmi les voyageurs arrivés à Beyrouth. Parmi les contaminations locales, 29 ont été enregistrées dans le Metn, dont 18 à Jdeidet el-Metn, 19 dans le caza de Jbeil, dont 16 à Qartaba, isolé depuis hier sur instructions du mohafez du Mont-Liban, 16 dans la région de Baabda, dont 6 à Haret Hreik, dans la banlieue sud de Beyrouth, et 12 dans la capitale, dont 4 dans le quartier de Tarik Jdidé. Dans le caza de Zahlé, qui a connu une recrudescence des cas au cours du week-end écoulé, les quartiers les plus touchés par l’épidémie sont également isolés depuis hier.

Actuellement, 2 123 personnes sont toujours positives au coronavirus et 139 hospitalisées, dont 36 se trouvent en soins intensifs.

Dans ce contexte, deux jours après avoir déclaré avoir contracté le coronavirus, Georges Okaïss, député des Forces libanaises, a annoncé hier que le test PCR qu’il avait passé vendredi soir était négatif, les résultats d’une première analyse des échantillons prélevés s’étant avérés erronés. Dans un tweet, il a souligné que l’échantillon prélevé avait été envoyé dans un autre laboratoire, où il avait été testé négatif. « J’ai repassé un test ce matin (hier) et les résultats étaient également négatifs », a-t-il écrit, affirmant donc « ne pas avoir contracté le coronavirus ».

Réagissant à la recrudescence des cas, le leader druze Walid Joumblatt a appelé hier à la déclaration d’un « état d’urgence strict ». « Il faut se concentrer, avant toute autre chose, sur l’équipement des hôpitaux gouvernementaux et réembaucher les personnels soignants licenciés avant qu’ils n’émigrent », a conseillé le chef du Parti socialiste progressiste dans un tweet. « Il ne faut pas tarder par ailleurs à déclarer un strict état d’urgence », a-t-il ajouté, appelant les médias à « alerter sur les dangers de l’épidémie ». « La plus grande partie des citoyens a oublié ou ignore l’existence du coronavirus », a-t-il conclu.


La décision d’un confinement total du pays pendant dix jours, mais en deux temps, à partir du 30 juillet, et de la fermeture de certains secteurs propices aux rassemblements, pendant deux semaines à partir d’aujourd’hui, a finalement été prise hier par la commission ministérielle chargée du dossier du Covid-19 pour tenter de contenir l’explosion des cas de contamination au...

commentaires (6)

Le niveau des dirigeants est affligeant. Il aurait suffit de regarder ailleurs qu'en Iran pour observer des politiques efficaces de lutte contre la COVID-19. En plus, c'est gratuit !

Georges Lebon

08 h 51, le 29 juillet 2020

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Commentaires (6)

  • Le niveau des dirigeants est affligeant. Il aurait suffit de regarder ailleurs qu'en Iran pour observer des politiques efficaces de lutte contre la COVID-19. En plus, c'est gratuit !

    Georges Lebon

    08 h 51, le 29 juillet 2020

  • EN DEUX TEMPS CA NE MARCHERA PAS. FAUT DEUX SEMAINES DE SUITE ET LE RESPECT PAR LES INDIVIDUS DU PORT DU MASQUE ET DE GANTS ET DE LA DISTANCIATION SANS PARLER DU LAVAGE FREQUENT DES MAINS.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    10 h 13, le 28 juillet 2020

  • Comment voulez-vous qu'il n'y ait pas une "deuxième vague", et même une troisième, quand une partie non négligeable des Libanais croit que le Covid-19 est un complot ourdi par les autorités pour couvrir la crise économique et financière? Décidément , c'est à désespérer!

    Georges MELKI

    09 h 59, le 28 juillet 2020

  • Pour qu’un confinement réussisse il faut qu’il soit strict et dure au moins 2 semaines pour couper l’effet de transmission et pour alléger les hôpitaux. Cependant il n’est pas obligatoire qu’il soit généralisé mais au contraire localisé dans les endroits où il y a le plus de foyers. Ces localités doivent restées coupées du reste du pays totalement et les citoyens devraient respecter,les consignes sanitaires dans tout le pays pour stopper la propagation. La décision la aussi est strictement politique et n’a aucune logique. Confiner 3 jours puis relâcher 3 autres relève de l’amateurisme qu’aucun pays n’a songé à appliquer pour circonscrire l’épidémie. Encore une idée bien libanaise d’inventeurs de poudre pour que le pays reste au stade incertain et pour montrer que l’état fonctionne alors que des pèquenauds sont à sa tête pour l’anéantir.

    Sissi zayyat

    09 h 47, le 28 juillet 2020

  • Ce qui se passe au Liban. Cette fameuse "deuxième vague" a lieu partout dans le monde. Et pour ces pays là aussi la logique économique l'a emporté.

    Sybille S. Hneine

    07 h 44, le 28 juillet 2020

  • Les mesures décidées concernant l'aéroport sont logiques et auraient dû être prises dès le début (encore faut-il qu'elles soient respectées). Par contre cette relâche de 3 jours du 3 au 6 n'a aucun sens et annule l'effet positif du reconfinement tout en maintenant ses effets négatifs sur l'économie.

    Yves Prevost

    07 h 09, le 28 juillet 2020