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Barrage de Bisri

La Banque mondiale accordera-t-elle un nouveau délai pour la reprise des travaux ?

Faisant fi du sit-in des militants écologistes qui se poursuit dans la plaine pour empêcher l’avancement dans l’exécution du projet, le gouvernement a demandé une extension de trois mois.

La Banque mondiale accordera-t-elle un nouveau délai pour la reprise des travaux ?

Des activistes qui campent dans la vallée de Bisri pour empêcher la construction du barrage. Photo João Sousa

Alors que le délai fixé par la Banque mondiale (BM) pour la reprise des travaux à Bisri a expiré hier, les militants écologistes qui s’opposent au projet de barrage ont appris que le gouvernement, faisant fi de leurs protestations, avait d’ores et déjà adressé une demande à la BM pour obtenir une extension de trois mois pour reprendre la construction du barrage controversé dans la région.

À l’heure d’aller sous presse, la Banque mondiale confirmait, via un communiqué, avoir bien reçu la demande libanaise. « La Banque mondiale étudie actuellement les progrès réalisés jusqu’à présent », peut-on lire dans le communiqué. L’institution réitère également l’importance de traiter de manière pacifique les activistes et représentants de la société civile qui s’opposent au barrage.

Le sort de la plaine de Bisri, située entre le Chouf et Jezzine, reste donc incertain. Un proche du Premier ministre, Hassane Diab, a confirmé à L’Orient-Le Jour que le gouvernement avait bel et bien demandé un délai supplémentaire à la BM malgré l’opposition grandissante au projet. « Nous avons adressé une demande d’extension du délai afin de pouvoir reprendre la construction du barrage », a indiqué ce responsable, sans plus de détails.

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Entre-temps, les manifestants écologistes continuent leur sit-in à Bisri, entamé samedi, et la plaine connaît un va-et-vient incessant de visiteurs et d’activistes. Des dizaines de personnes y campent tous les soirs depuis plusieurs jours, organisant des discussions, sous la surveillance en journée de dizaines de militaires et de policiers, sur la menace que constitue ce barrage pour l’environnement. Selon des manifestants présents sur place, les forces de sécurité ont brièvement arrêté hier un des militants. « Nous sortirons victorieux dans cette affaire, même si la BM accorde un délai de trois mois au gouvernement. De toute manière, je ne pense pas que la BM permettra la reprise des travaux par la force, estime le militant écologiste Paul Abi Rached. Si les autorités obtiennent ce nouveau délai, nous continuerons notre mouvement de contestation, indique l’activiste, interrogé par L’OLJ. Si le gouvernement Diab continue à vouloir contrevenir à la loi dans le cadre de cette affaire, il finira par tomber. » « Les travaux dans la plaine sont illégaux. L’entrepreneur doit être sanctionné parce qu’il a lancé les travaux avant même que l’ancien ministre de l’Environnement Fady Jreissati ne lui accorde un permis. De plus, l’étude de l’impact écologique du barrage a expiré », rappelle encore M. Abi Rached.

Conçu pour alimenter Beyrouth en eau, le barrage est financé en grande partie par un prêt de la BM et doit être exécuté par le Conseil du développement et de la reconstruction. La société civile, les municipalités de la région, le Parti socialiste progressiste et les Forces libanaises s’y opposent pour plusieurs raisons. D’abord, il menace la biodiversité et le riche patrimoine de cette vallée, et peut constituer un danger car il se situe sur une faille sismique. De plus, la nature du terrain, riche par ailleurs en eau souterraine, n’est pas propice au stockage d’eau. La reprise des travaux doit être débattue aujourd’hui au sein de la commission parlementaire de l’Environnement présidée par Marwan Hamadé. Le PSP a présenté dernièrement une proposition de loi visant à transformer Bisri en réserve naturelle.


« Sauvez la vallée de Bisri », peut-on lire sur cette banderole tendue par des activistes. Photo João Sousa


Abi Khalil vs Yacoubian

La question de la reprise des travaux à Bisri a donné lieu à une passe d’armes au sein du Parlement hier et par conférences de presse interposées entre l’ancien ministre de l’Énergie et actuel député César Abi Khalil, membre du groupe parlementaire affilié au Courant patriotique libre, et la députée indépendante de Beyrouth Paula Yacoubian.

César Abi Khalil, dont le parti soutient le projet, a justifié l’importance de bâtir le barrage par la nécessité d’ « acheminer l’eau du fleuve Awali vers Beyrouth et toutes les régions côtières, qui s’étendent de Jezzine et l’est de Saïda jusqu’au Metn, où vivent la moitié des Libanais ». « Nous ne permettrons pas que les Libanais soient assoiffés », a-t-il affirmé. En outre, d’après lui, il serait vain d’interrompre la construction du barrage maintenant alors que « près de 60 % des travaux sont achevés et que des expropriations ont été réalisées pour 155 millions de dollars », d’autant plus que « les anciens propriétaires n’ont aucune envie d’être remboursés en livres libanaises, étant donné que la monnaie a perdu sa valeur ». « Nous ne permettrons pas à ceux qui ont de petits intérêts et qui sont au service d’agendas internationaux d’assoiffer les Libanais. Nous demandons au gouvernement et au ministère de l’Énergie, ainsi qu’au Conseil du développement et de la reconstruction de poursuivre le projet du barrage de Bisri, à défaut de quoi, la région continuera de souffrir du manque d’eau », a prévenu M. Abi Khalil. Son collègue et membre du CPL également, Hikmat Dib, a lui aussi estimé qu’il n’y avait « pas d’alternative au projet de Bisri ».

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Des arguments rejetés par la députée Paula Yacoubian, pour qui « il y a un grand nombre de priorités bien plus importantes que le dossier du barrage de Bisri, comme l’électricité, la lutte contre la pauvreté et la coopération avec les instances internationales pour sauver cette vallée ». « Le projet du barrage de Bisri ne passera pas », a-t-elle martelé. Contactée par L’OLJ, Mme Yacoubian a indiqué être en contact permanent avec la BM qui, selon elle, « n’acceptera pas la reprise des travaux par la force ». « La BM a posé des questions au gouvernement sur l’implantation du projet et l’avancée des travaux, qui restent pour l’instant sans réponses, révèle la députée. La BM pousse depuis avril dans le sens de l’utilisation du prêt alloué pour le barrage de Bisri pour mener des projets dans le secteur de l’électricité et dans la lutte contre la pauvreté. » Interrogée sur la réaction du BM face à la demande du gouvernement pour étendre le délai de la reprise des travaux, Mme Yacoubian a estimé « qu’il est difficile que la BM accepte la reprise du projet ». La BM n’était pour sa part pas disponible hier pour commenter.

Bilal Abdallah, député PSP du Chouf, a pour sa part réitéré son appel à la réallocation du prêt de la BM. « Il y a un prêt que nous avons contracté et deux choix qui se présentent à nouveau : soit nous continuons à construire le barrage, mais il est clair qu’il sera fissuré, soit nous utilisons cet argent pour la construction d’une centrale électrique ou pour lutter contre le Covid-19 », a indiqué M. Abdallah hier dans une déclaration à la presse.


Alors que le délai fixé par la Banque mondiale (BM) pour la reprise des travaux à Bisri a expiré hier, les militants écologistes qui s’opposent au projet de barrage ont appris que le gouvernement, faisant fi de leurs protestations, avait d’ores et déjà adressé une demande à la BM pour obtenir une extension de trois mois pour reprendre la construction du barrage controversé...

commentaires (3)

Entièrement d'accord avec Sissi Zayyat : "A voir les gens au pouvoir se lancer dans des projets de construction de nouvelles stations électriques alors qu’ils sont incapable d’entretenir celles existantes depuis des décennies , de nouvelles branches universitaires alors que les universités existantes manquent de tout, un nouveau barrage alors que le litanie est devenue une grande décharge sauvage. On se dit qu’ils doivent avoir des milliards dans les caisses au point de ne plus savoir quoi en faire. La réalité est que les libanais s’éclairent à la bougie, boivent de l’eau polluée parce que leur budget ne leur permet pas d’acheter de l’eau propre à la consommation et s’exilent en payant le prix fort pour finir leurs études universitaires. Les vendus eux mangent à leur faim ne boivent pas que de l’eau minérale mais leurs festins sont accompagnés de bon vin et regardent les citoyens crever à petit feu en alignant les projets en veux-tu en voilà, et les ministres choisis par leur soins paraphent et signent leur décisions unilatéralement prises pour achever le pays."

Brunet Odile

15 h 40, le 23 juillet 2020

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Commentaires (3)

  • Entièrement d'accord avec Sissi Zayyat : "A voir les gens au pouvoir se lancer dans des projets de construction de nouvelles stations électriques alors qu’ils sont incapable d’entretenir celles existantes depuis des décennies , de nouvelles branches universitaires alors que les universités existantes manquent de tout, un nouveau barrage alors que le litanie est devenue une grande décharge sauvage. On se dit qu’ils doivent avoir des milliards dans les caisses au point de ne plus savoir quoi en faire. La réalité est que les libanais s’éclairent à la bougie, boivent de l’eau polluée parce que leur budget ne leur permet pas d’acheter de l’eau propre à la consommation et s’exilent en payant le prix fort pour finir leurs études universitaires. Les vendus eux mangent à leur faim ne boivent pas que de l’eau minérale mais leurs festins sont accompagnés de bon vin et regardent les citoyens crever à petit feu en alignant les projets en veux-tu en voilà, et les ministres choisis par leur soins paraphent et signent leur décisions unilatéralement prises pour achever le pays."

    Brunet Odile

    15 h 40, le 23 juillet 2020

  • A voir les gens au pouvoir se lancer dans des projets de construction de nouvelles stations électriques alors qu’ils sont incapable d’entretenir celles existantes depuis des décennies , de nouvelles branches universitaires alors que les universités existantes manquent de tout, un nouveau barrage alors que le litanie est devenue une grande décharge sauvage. On se dit qu’ils doivent avoir des milliards dans les caisses au point de ne plus savoir quoi en faire. La réalité est que les libanais s’éclairent à la bougie, boivent de l’eau polluée parce que leur budget ne leur permet pas d’acheter de l’eau propre à  la consommation et s’exilent en payant le prix fort pour finir leurs études universitaires. Les vendus eux mangent à leur faim ne boivent pas que de l’eau minérale mais leurs festins sont accompagnés de bon vin et regardent les citoyens crever à petit feu en alignant les projets en veux-tu en voilà, et les ministres choisis par leur soins paraphent et signent leur décisions unilatéralement prises pour achever le pays.

    Sissi zayyat

    12 h 27, le 23 juillet 2020

  • LA BANQUE MONDIALE ACCORDERA UN DELAI. LES LIBANAIS SUIVRONT-ILS LES ETUDES ET LES AVIS DES EXPERTS OU LES EMPORTEMENTS DES MASSES MANIPULEES ?

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    09 h 09, le 23 juillet 2020