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Économie - Focus

Le plan de redressement alternatif imaginé par Libank et Nicolas Chikhani

Cette feuille de route tente de s’imposer en tant que compromis entre les différents acteurs libanais, afin de négocier une aide financière avec le FMI.

Le plan de redressement alternatif imaginé par Libank et Nicolas Chikhani

Le plan Libank/Chikhani combine ainsi des éléments des approches du gouvernement et des banques qui se sont opposées ces dernières semaines, paralysant ainsi les discussions avec le Fonds monétaire international. Ci dessus,une banque barricadée à Achrafieh.Photo M.A.

Publié le 16 juin dernier, le plan de redressement élaboré par la Levant Investment Bank (Libank) et l’expert financier Nicolas Chikhani est au cœur du compromis en cours de négociation entre les différents acteurs libanais qui doivent s’entendre afin de présenter un plan et des chiffres unifiés au Fonds monétaire international (FMI), avec qui le Liban est en discussions depuis mai. En effet, en raison de la crise économique et financière, doublée d’une dépréciation de la livre, qui a atteint hier 7 800 livres pour un dollar à la vente et 8 300 livres à l’achat selon le site Lebaneselira.org, alors que le taux de change officiel reste toujours de 1 507,5 livres pour un dollar, le pays s’est tourné vers le FMI pour obtenir une aide financière.

Mais le gouvernement de Hassane Diab, qui brandit son plan de redressement voté le 30 avril dernier, et l’Association des banques du Liban (ABL) à travers son plan alternatif publié le 20 mai, et dont la commission parlementaire des Finances et du Budget, présidée par le député Ibrahim Kanaan, soutient l’approche, n’arrivent ni à proposer une stratégie de sortie de crise unifiée à l’institution monétaire ni à s’accorder au niveau des chiffres des pertes.

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Le plan Libank/Chikhani combine des éléments des deux approches qui se sont opposées ces dernières semaines, paralysant ainsi les discussions avec le FMI. Il repose tout d’abord sur l’évaluation des pertes du pays estimées par le gouvernement et que le FMI considère plus proches de la réalité que ne le sont celles des banques. Il utilise également le taux de change retenu par le gouvernement pour calculer les pertes cumulées du pays (État, Banque du Liban et banques), soit 3 500 livres pour un dollar. Selon ces paramètres, les pertes nettes totales s’élèvent à 44 milliards de dollars. Le défaut du gouvernement est de 21 milliards, les pertes de la BDL à 25 milliards, celles des banques à 7 milliards de dollars.

À partir de ce constat, les auteurs du plan alternatif ambitionnent de diminuer de 18 milliards de dollars les pertes liées au défaut sur la dette publique à travers une restructuration des bons du Trésor, un swap de ces bonds détenus par la Banque du Liban avec des actifs de l’État et enfin le recouvrement des fonds publics. Ils espèrent également baisser les pertes de la banque centrale de 9 milliards à travers le swap évoqué plus haut avec l’État et les revenus de seigneuriage (différence entre les coûts de production et de distribution de la monnaie, et la valeur nominale de cette dernière, NDLR). Ils visent enfin une baisse de 9 milliards de dollars sur l’ardoise des banques à travers une restructuration des bons du trésor, la nouvelle évaluation des créances douteuses et leur recapitalisation. Le recouvrement des taux d’intérêt excessifs est évalué à 7 milliards de dollars, ce qui résulte donc en une baisse des pertes de 43 milliards de dollars, les pertes totales étant évaluées à 44 milliards de dollars.

Une restructuration différente de la dette

Le plan Libank/Chikhani, planche tout d’abord sur un rééchelonnement de la dette libellée en livres, avec « une maturité moyenne de 15 ans et des taux d’intérêt réduits à 1 % ou 2 % ». Durant les cinq premières années, une période de grâce est accordée durant laquelle uniquement les intérêts réduits doivent être payés. « Cela octroiera une liquidité suffisante pour financer les réformes économiques », selon les auteurs du plan. Ainsi, avec la restructuration de la dette en livres, le défaut du gouvernement passe de 21 milliards à 13 milliards et le déficit budgétaire diminue, le service de la dette étant un coût pour l’État. Les auteurs proposent également de suivre le plan du gouvernement et de rééchelonner 25 % des eurobonds (titres de dette en devises) via des émissions plus longues avec des taux d’intérêt de 1 %, contre environ 6 % auparavant.

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Le gouvernement, qui a annoncé en mars dernier le défaut de paiement du Liban sur sa dette en devises (les eurobonds), souhaite restructurer sa dette (qui s’est élevée à 92,9 milliards de dollars à fin avril) en appliquant, lui, un haircut (décote sur le principal, sans toutefois préciser son pourcentage) de la dette interne (détenue par des résidents) et externe (détenue par des non-résidents), et des intérêts ramenés à 3 %. L’ABL milite, elle, pour restructurer uniquement la dette externe, évaluée à 16 % du total de la dette selon l’association, argumentant que le FMI sera plus enclin à fournir une aide financière au Liban si le secteur bancaire n’est pas restructuré et reste capable de financer l’économie.

Ainsi, les banques, ayant la certitude qu’elles ne feront pas faillite s’il n’y a pas de haircut sur la dette dans la monnaie nationale, et donc un faible risque de la faillite des banques – dans la mesure où elles détiennent 28 % de la dette en livres – seront plus enclines à respecter la circulaire n° 532 de la banque centrale. Publiée en novembre 2019, cette circulaire appelle les établissements bancaires à augmenter leurs fonds propres de 20 % par rapport au 31 décembre 2018. Une opération en dollars réalisée en deux temps – soit 10 % avant le 31 décembre 2019, puis 10 % encore avant le 30 juin 2020. Le montant cumulé des nouveaux apports devrait dépasser les quatre milliards de dollars pour l’ensemble du secteur. Le secteur bancaire est celui qui devra soutenir l’économie dans quelques années, il est donc nécessaire de le préserver, selon les auteurs du plan.

Swap

Un autre point important de ce plan alternatif est le swap (échange) entre les bons du Trésor détenus par la BDL et les actifs de l’État (comme le port ou les terrains) – les eurobonds sont exclus, car libellés en devises. Cela concerne des actifs d’une valeur équivalente à 20 milliards de dollars, 14 milliards correspondant aux actuels bons du Trésor et 6 milliards aux revenus futurs de la dette. Les auteurs mettent en garde contre le fait que l’accord « doit inclure » une clause permettant à l’État de racheter les actifs lorsque « les réformes économiques seront entreprises », au prix réel des actifs, qui pourraient voir leurs prix augmenter s’ils sont utilisés pour la relance économique du pays.

Les auteurs insistent sur l’indépendance et la transparence du conseil d’administration qui va gérer les actifs de l’État. Il devra être composé « d’indépendants et de professionnels politiquement non affiliés », en utilisant également l’aide et la gouvernance du FMI. Ce swap soustrait 6 milliards de dollars aux pertes nettes totales et permet une baisse notable du ratio dette/PIB, que le gouvernement a estimée en 2019 à 175,6 %, répondant ainsi aux prérequis du FMI.

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Le gouvernement, quant à lui, souhaitait également allouer à la BDL les profits d’une société – créée par une loi – qui va également gérer les actifs de l’État (Public Asset Management Company – PAMC). Cette entreprise sera, elle, dirigée par des experts, des représentants de la BDL, de la société civile et de la communauté internationale, mais n’a pas précisé sa valeur.

Dans un second temps, les auteurs du plan alternatif préconisent d’émettre des actions, à hauteur de 25 % de la valeur des actifs de l’État, pour « tester la confiance dans le marché des capitaux libanais ».

Taux d’intérêt et recouvrement des fonds volés

Les auteurs de ce plan alternatif estiment que les taux d’intérêt perçus par les déposants, qui étaient supérieurs aux taux des eurobonds, doivent être rendus, étant évalués à 7 milliards de dollars depuis 2016, sans pour autant toucher le capital, et les intérêts gagnés inférieurs à ce taux. Le gouvernement planchait également sur cette manne financière, sans toutefois fixer un chiffre. À cela s’ajoute le recouvrement des fonds volés, en utilisant « la loi 44 de 2015 relative au blanchiment d’argent » et en s’inspirant de l’opération « Lava Jato » qui a eu lieu au Brésil et a permis de recouvrir près de 3,5 milliards de dollars, en recourant notamment à des emprisonnements préventifs et des « opérations à l’amiable ».

Le recours en justice nécessite du temps et ne permet pas de recouvrir une grande somme. Mais les personnes visées par de telles procédures pourraient être enclines à rendre une partie des fonds volés contre un arrêt des poursuites, afin de préserver leur réputation, selon les auteurs du plan.

Ces fonds sont estimés pour le Liban à minimum 10 milliards de dollars.

Une différence notable avec le plan du gouvernement est l’estimation des créances douteuses. Ainsi, en considérant que les créances douteuses constituent 20 % des prêts octroyés, les pertes des banques voient leur total diminuer de 5 milliards, pour atteindre 2 milliards. À noter que le gouvernement les estime à 30 %. Le député Ibrahim Kanaan a, pour sa part, souligné au début du mois que le gouvernement a surévalué les créances douteuses. Le gouvernement les estime à « 40 000 milliards de livres », alors que le montant de ces pertes serait bien inférieur d’après le président de la commission des Finances. La Commission de contrôle des banques les a estimées à « 14 000 milliards », un montant proche de celui de la commission parlementaire, tandis que les banques évaluent ces pertes à « 8 000 milliards de livres », toujours selon le député.

Concernant les réformes économiques, ce plan alternatif suggère de créer des « bad banks » (mauvaises banques) pour absorber les actifs non liquides et non performants des banques, tandis que les « good banks » (bonne banques) détiendront, elles, les actifs de bonne qualité. Le plan propose également une réforme de la politique monétaire et budgétaire du pays, afin d’attirer les investissements directs étrangers et de promouvoir l’industrie et l’agriculture.


Publié le 16 juin dernier, le plan de redressement élaboré par la Levant Investment Bank (Libank) et l’expert financier Nicolas Chikhani est au cœur du compromis en cours de négociation entre les différents acteurs libanais qui doivent s’entendre afin de présenter un plan et des chiffres unifiés au Fonds monétaire international (FMI), avec qui le Liban est en discussions depuis mai....

commentaires (11)

Déjà qu’ils se mettent d’accord ces vendus SUR le montant des perte ou plutôt des vols et qu’ils s’activent pour ramener au pays l’argent volé puis libérer le pays des vendus armés et tout ira pour le mieux. AUCUN PROJET CONSTRUCTIF NE VERRA LE JOUR TANT QUE TOUS LES MINISTRES OUTREPASSENT LEUR RÔLE ET DONNENT TOUR À TOUR LEUR AVIS POUR BLOQUER LA MARCHE DU PLAN DE SAUVETAGE. DANS LES PAYS CIVILISÉS ET DÉMOCRATIQUE UN MINISTRE EST AU SERVICE DU PREMIER MINISTRE QUI LUI DONNE DES TACHES EXÉCUTER ET CE DERNIER N’A QU’À FERMER SA GUEULE ET TRAVAILLER CONTRE LE SALAIRE QUE LE PEUPLE LUI VERSE OU IL DÉMISSIONNE SI DES FOIS SON OPINION DIVERGE DE CELLE DU PM. AU LIBAN MÊME LE NETTOYEUR DANS DE CARREAUX DANS L’HEMICYCLE PEUT BLOQUER LE PAYS.

Sissi zayyat

17 h 55, le 21 juillet 2020

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Commentaires (11)

  • Déjà qu’ils se mettent d’accord ces vendus SUR le montant des perte ou plutôt des vols et qu’ils s’activent pour ramener au pays l’argent volé puis libérer le pays des vendus armés et tout ira pour le mieux. AUCUN PROJET CONSTRUCTIF NE VERRA LE JOUR TANT QUE TOUS LES MINISTRES OUTREPASSENT LEUR RÔLE ET DONNENT TOUR À TOUR LEUR AVIS POUR BLOQUER LA MARCHE DU PLAN DE SAUVETAGE. DANS LES PAYS CIVILISÉS ET DÉMOCRATIQUE UN MINISTRE EST AU SERVICE DU PREMIER MINISTRE QUI LUI DONNE DES TACHES EXÉCUTER ET CE DERNIER N’A QU’À FERMER SA GUEULE ET TRAVAILLER CONTRE LE SALAIRE QUE LE PEUPLE LUI VERSE OU IL DÉMISSIONNE SI DES FOIS SON OPINION DIVERGE DE CELLE DU PM. AU LIBAN MÊME LE NETTOYEUR DANS DE CARREAUX DANS L’HEMICYCLE PEUT BLOQUER LE PAYS.

    Sissi zayyat

    17 h 55, le 21 juillet 2020

  • On s'en contrefiches des estimations des uns et des autres. C'est le CALCUL des pertes, sur base de DOCUMENTS, qui fera foi.

    Gros Gnon

    16 h 32, le 21 juillet 2020

  • Ayant discuter le sujet avec un ingénieur civil j'ai compris ce qui suit: en construction on commence avec un plan horizontal qui forme la base de l'immeuble. Mais plusieurs plans cumulés sans charpente, colonnes et structures en élévation , n'est qu'un millefeuille inutile qui forme une masse en béton complètement sans aucun intérêt. Apparement ceci s'applique aussi à tout ces plans economico-financiers qui s'accumulent sans une charpente et sans structure. On coulera tout nos moyens et nos réserves en or dans une dalle de plans qui nous gardera au sol alors qu'on a besoin d'un édifice...

    Wlek Sanferlou

    13 h 59, le 21 juillet 2020

  • Encore un plan pour mettre la main dans la poche des deposants! Manifestement, ces experts de la derniere heure manquent d'idees. Les banques se sont bien sucrees sur le dos de leurs deposants. Elles sont bourrees de sous convoyes a l'etranger. Alors, allez piocher dans leurs coffres et fichez la paix aux deposants! Il y a 3 responsables qui doivent a eux seuls payer l'ardoise pour avoir cause la debacle economique actuelle: le pouvoir politique en place depuis des decades, la BDL et les banques. C'est a eux de nettoyer la crasse qu'ils ont produite. Georges Adwane, Pt de la commission de l'administration et de la justice l'a affirme a maintes reprises: le parlement ne permettra pas que l'on touche aux depots, ni au principal, ni aux interets. Alors, allez jouer ailleurs!

    Marie Claude Hélou Saadé

    11 h 18, le 21 juillet 2020

  • On espère vivement que cette alternative intelligente proposée débloque la situation actuelle. Mais sans réformes, tous les plans ne sont que des pansements sur une jambe de bois !

    In Lebanon we (still) Trust

    11 h 06, le 21 juillet 2020

  • Le but principal de ce plan semble être le sauvetage plutôt des banques.

    MGMTR

    11 h 04, le 21 juillet 2020

  • DE GRACE, QUE L'ON NOUS EXPLIQUE 3 POINTS ESSENTIELS -JE M'ADRESSE A N'IMPORTE QUELLE PARTIE HONNETE : 1-QU'ADVIENT IL DES DIZAINES DE MILLIARDS DE $ DEPOSES DANS LES BANQUES PRIVEES 2-QUELLE SERAIT LA "FORMATION" HONNETE A QUI ON FERAIT CONFIANCE POUR GERER LES BIEN DE L'ETAT 3-COMMENT DIABLE FERAIT ON POUR "RAPATRIER" LES MONTANTS VOLES(une reponse serieuse est requise ) ET NON PAS DES CONNERIES RESSASSEES

    gaby sioufi

    10 h 51, le 21 juillet 2020

  • Le Liban a une spécialité indéniable : faire des plans sur tout ! L’eau, l’électricité, les énergies renouvelables, les infrastructures de transport etc.. etc.. (sans oublier le tunnel reliant Beyrouth à la Bekaa). Strictement aucun de ces plans n’a amené une quelconque amélioration de leur condition de vie pour les libanais. De nouveaux docteurs Diafoirus pondent un nième plan de sauvetage ... et tout le monde -OLJ en tête - de discuter, disséquer, commenter. Dire sans rien faire : welcome to Lebanon.

    JB El catalán

    09 h 59, le 21 juillet 2020

  • MEME S,ILS SE METTENT D,ACCORD SUR LES CHIFFRES LE FMI A TOUJOURS SES PROPRES CONDITIONS ECONOMIQUES ET SECURITAIRES DONC POLITIQUES POUR QUE L,ECONOMIE PUISSE Y ROULER. SANS LA SECURITE DONC LE DESARMEMENT DES MILICES POINT DE SECURITE PARTANT POINT D,ECONOMIE POUR PROSPERER.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    09 h 59, le 21 juillet 2020

  • Le seul plan valable est de récupérer les fonds volés (on sait où ils sont) et rendre les armes illégales. Tout le reste n’est que gesticulation

    najjar charles

    09 h 55, le 21 juillet 2020

  • Le problème ne se situe pas au niveau des plans de qualité mais à la volonté de les mettre en œuvre...

    NAUFAL SORAYA

    06 h 35, le 21 juillet 2020

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