
Le patriarche maronite Béchara Raï, lors d’une messe célébrée à l’occasion de la fête de Saint Charbel dans la basilique Notre-Dame Harissa. Photo Ani.
Le patriarche maronite Béchara Raï, qui appelle depuis le 5 juillet à la "neutralité" du Liban tout en critiquant le Hezbollah et la classe dirigeante, a réaffirmé dimanche soir que la neutralité protègera "le sort du Liban" et sauvera l’État".
"Dans toutes les déclarations ministérielles de 1943 à 1980 nous voyons que le Liban adopte la neutralité, le non-alignement, le renforcement des relations entre les pays et le respect mutuel loin de toute ingérence dans les conflits régionaux et internationaux", a souligné Mgr Raï lors d’une messe célébrée à l’occasion de la fête de Saint Charbel dans la basilique Notre-Dame de Harissa. C’est Melhem Khalaf bâtonnier de l’ordre des avocats de Beyrouth qui a a donné lecture de l’évangile.
"La neutralité protège le sort du Liban du jeu des nations et du danger qui menace son identité et son système. Elle est la traduction politique et constitutionnelle pour reconnaître la finalité du Liban telle que mentionnée dans le préambule de la Constitution, a-t-il encore dit assurant qu'en proposant la neutralité nous voulons sauver un peuple et une patrie". "La neutralité est la responsabilité de l’État, une responsabilité de conscience et une responsabilité nationale, a-t-il ajouté".
"Ce qu'il faut, c'est que personne ne prenne position concernant la neutralité sur la base de ses affiliations communautaires ou partisanes, mais plutôt sur la base de son appartenance à un Liban neutre dans sa pratique en tant que pays et en partant de sa position au Moyen-Orient et dans le monde. Le parti-pris détruira l’État mais la neutralité sauvera l’État", a conclu le cardinal.
S'adressant enfin aux jeunes du Liban, Béchara Raï a souligné que "le projet de neutralité du Liban est entre leurs mains et fait partie du programme de leur révolution".
"Pas une proposition confessionnelle"
Plus tôt dans la journée, le chef de l’Église maronite, s'était défendu lors de son homélie face à ses détracteurs en soulignant que son appel à la neutralité n'est "pas une proposition confessionnelle ou de classe".
"La neutralité n'est pas une proposition confessionnelle, de classe ou importée, mais une réappropriation de notre identité et de notre nature libanaise. Elle est le salut de tous les Libanais sans exception, et j'espère que le concept de neutralité sera compris de manière objective, à travers des dialogues intellectuels qui révéleront sa nature nationale et politique et son importance pour le développement du Liban et la région", a plaidé Mgr Raï.
"Le système de neutralité requiert l'existence d'un État fort à travers son armée, ses institutions, et que ses lois soient capables de le défendre et de créer la stabilité politique et le développement économique", a ajouté le prélat maronite. Effectuant un survol historique du Liban depuis 1920, date de la proclamation du Grand-Liban par les autorités mandataires françaises, Mgr Raï a rappelé que le pays du Cèdre avait "consacré le vivre-ensemble entre les composantes de la nation et avait proclamé sa neutralité à travers l'adage +Ni Est ni Ouest+ (...)".
"Dialogue national"
Le patriarche maronite a ensuite critiqué le gouvernement de Hassane Diab, en évoquant la crise actuelle. "Nous compatissons aujourd'hui avec les Libanais qui souffrent de la pauvreté et de la pénurie, alors que leur nombre augmente en raison de l'incapacité du gouvernement à effectuer des réformes dans les secteurs concernés", a déploré Mgr Raï.
Dans ce contexte, le chef du Courant patriotique libre, Gebran Bassil, accompagné du député Ibrahim Kanaan et de l'ancien ministre Mansour Bteich, se sont rendus à Dimane où ils ont été reçus par le cardinal Raï. Il a affirmé que la neutralité requiert "un dialogue national". "Le CPL est en faveur de la neutralité du Liban, et nous avons appliqué cela au sein du ministère des Affaires étrangères", a affirmé l'ancien chef de la diplomatie libanaise, lors d'un point de presse à l'issue de son entretien avec le cardinal Raï.
"La neutralité est une décision qui relève de nous et des autres", a-t-il encore estimé. "La neutralité est une prise de position stratégique pour laquelle nous devons assurer les circonstances du succès. Ces circonstances se basent sur l'entente interne qui requiert un dialogue national afin d'aboutir à une conviction nationale, à défaut de quoi, nous risquons de provoquer des problèmes internes", a nuancé le chef du CPL. Gebran Bassil a également appelé à assurer "un parapluie international afin d'appliquer la neutralité, et la nécessité des Etats voisins de reconnaître ce principe". "Nous sommes en faveur de la neutralité qui protège le Liban et son unité, ainsi que toutes ses composantes, le protégeant ainsi contre les ambitions d'Israël et lui ôtant le fardeau des déplacés", a-t-il ajouté, en référence au million de réfugiés syriens qui se trouvent au Liban après avoir fui le conflit qui ravage leur pays depuis 2011. "Le Liban est un pont entre l'Est et l'Ouest et un message de diversité et d'acceptation de l'autre, ce qui est censé lui procurer la stabilité. Au final, le patriarcat maronite est l'un des protecteurs du message libanais et nous avons exprimé notre disponibilité à accomplir toute tâche qui nous est demandé dans ce sens", a conclu M. Bassil, dont la formation est alliée au Hezbollah.
Charge violente du cheikh Kabalan
Samedi soir, le patriarche, qui avait reçu le Premier ministre Hassane Diab à Dimane, résidence estivale du patriarcat maronite, avait affirmé que le "système libanais ne peut être que neutre". Et jeudi, le chef de l’Église maronite avait clairement accusé, dans une interview accordée à un site du Vatican, le Hezbollah d'imposer sa "mainmise sur la politique et le gouvernement" et d'entraîner le Liban dans des guerres régionales. Les dernières prises de positions de Mgr Raï sont saluées par les figures politiques d'opposition et plusieurs chancelleries occidentales et régionales, mais les critiques dans le camp du Hezbollah et de ses alliés commencent à fuser.
Ainsi, le président du Conseil supérieur chiite (CSC), le cheikh Abdel Amir Kabalan, a sévèrement mais implicitement critiqué dimanche le patriarche maronite. "Il est ridicule et bas de voir que certains compatissent avec les traîtres et les agents, sous différents slogans qui déforment l'image du Liban résistant et victorieux pour le sortir de la lutte contre un ennemi injuste qui occupe encore nos terres et viole constamment notre souveraineté et vole nos richesses en matière d'eau et d'hydrocarbures", a affirmé le dignitaire chiite proche du Hezbollah, lors d'un discours marquant le 14e anniversaire de la guerre entre le Liban et Israël, en juillet 2006.
Le cheikh Kabalan a en outre mis en garde contre "un détournement de l'intérêt national et moral du Liban et la manière dont il faut le sauver face à cette offensive internationale et régionale qui veut le déchirer, tantôt à travers des sanctions économiques, tantôt à travers des ingérences dans ses affaires intérieures en incitant une partie contre une autre, jusqu'à aboutir à des appels au fédéralisme et à faire porter la Résistance (le Hezbollah) la responsabilité de la crise économique et sociale, ou encore en proposant la neutralité du Liban pour sortir des crises actuelles".
Le patriarche maronite Béchara Raï, qui appelle depuis le 5 juillet à la "neutralité" du Liban tout en critiquant le Hezbollah et la classe dirigeante, a réaffirmé dimanche soir que la neutralité protègera "le sort du Liban" et sauvera l’État"."Dans toutes les déclarations ministérielles de 1943 à 1980 nous voyons que le Liban adopte la neutralité, le non-alignement, le...
commentaires (11)
L’omniprésence des religions au Liban qui régit et dicte la vie de tous les libanais est le cancer qui a rongé le passé, ronge le présent et rongera le futur...
JiJii
23 h 37, le 19 juillet 2020