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Crise économique

« Subventionnez les serviettes périodiques ! »

Les experts alertent contre les risques pour la santé sexuelle et reproductive des femmes.

« Subventionnez les serviettes périodiques ! »

Sur le rayon des serviettes hygiéniques d’un supermarché, les prix ont déjà triplé. A.-M.H.

« Mes serviettes hygiéniques sont ma priorité. Avec mes amies, nous faisons face avec anxiété à l’explosion des prix de ce produit qui nous est indispensable, en période de menstruations ». Nayla*, une jeune femme active de la classe moyenne, confie ses appréhensions à L’Orient-Le Jour. Elle tente aussi de se mettre à la place des plus défavorisées, qui ne peuvent plus se permettre d’acheter de protections périodiques jetables. « Je me demande comment elles font, déplore-t-elle. Elles ont certainement recours aux méthodes de nos grands-mères, transformant même n’importe quoi en protections, au risque d’attraper des infections. »

Un million et demi de femmes entre 11 et 55 ans utilisent des serviettes hygiéniques au Liban, une fois par mois et pendant une semaine en moyenne, selon les estimations du professeur Fayçal el-Kak, expert en santé reproductive et sexuelle des femmes, vice-président de la Fédération internationale de gynécologie et d’obstétrique (FIGO). Et l’achat de serviettes jetables, qui est à la fois un besoin et une question de santé sexuelle, est désormais hypothéqué par l’augmentation drastique des prix, sur fond d’effondrement de la valeur de la livre face au dollar. Mais pour le ministère de l’Économie, qui vient de publier une liste des 300 produits de base qui seront subventionnés au taux de 3 900 LL, il n’en est rien. Les deux seuls produits d’hygiène jugés essentiels sont les dentifrices et… les rasoirs.

Une consommation réduite au risque de développer des inflammations
Dans un supermarché du Mont-Liban, le prix des serviettes hygiéniques a pourtant triplé en quelques mois. Une nouvelle augmentation menace, incessamment. Un paquet de dix serviettes est affiché entre 5 000 et 10 000 LL. Et la seule marque locale exposée n’est pas la moins chère. Partant du principe que les menstruations féminines durent une semaine par mois et qu’une femme a besoin de cinq à sept paquets par mois, on comprend rapidement le coût exorbitant de ce produit pour certaines familles, libanaises, réfugiées, migrantes.

Alors, depuis que la liste des produits subventionnés a été publiée, les réseaux sociaux s’en sont emparés, dénonçant avec colère et sarcasme la discrimination flagrante à l’égard des femmes. « Sept hommes ont sélectionné les produits subventionnés », a ainsi résumé la plateforme électronique indépendante Megaphone. « Le pire est que ces hommes n’ont pas oublié d’inclure les rasoirs pour hommes, à l’heure où de nombreuses femmes n’ont pas accès aux serviettes périodiques ». La réponse du ministre de l’Économie, Raoul Nehmé, n’a pas tardé. Il a affirmé que les matières premières seront subventionnées pour la fabrication de protections hygiéniques locales.

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Sauf qu’aujourd’hui il y a urgence, car le dossier est aujourd’hui une question de santé publique, avant toute chose. « Il faut absolument subventionner les serviettes hygiéniques (un marché de plus de 30 millions de serviettes par mois), car il s’agit d’un produit de santé sexuelle et les femmes du Liban ne peuvent se permettre le luxe d’attendre, martèle le professeur Fayçal el-Kak. Sans oublier qu’en ignorant leurs besoins, les autorités ont porté atteinte à leur dignité. »

Parant au plus pressé, les femmes redoublent d’ingéniosité. « Certaines réduisent leur consommation quotidienne, au risque de développer des inflammations », déplore le gynécologue, également président de la Commission nationale du coronavirus et des grossesses. « D’autres reviennent aux serviettes en tissu lavables, comme le faisaient leurs grand-mères », déplore-t-il. « C’est tout simplement révoltant ! » lance-t-il, dénonçant l’inaction des autorités.

Confirmant ces propos, une réfugiée syrienne engagée sur le plan humanitaire, Muzan Aslan, évoque pour L’OLJ la débrouille de ces compatriotes. « Les réfugiées syriennes se débrouillent du mieux qu’elles le peuvent. Certaines comptent sur les kits d’hygiène distribués par les associations. D’autres utilisent des serviettes lavables. Une situation qui ne fait qu’empirer », révèle-t-elle.

Considérer les besoins des femmes comme prioritaires
Et si les méthodes d’antan sont une solution pour les plus défavorisées, elles sont loin d’être une sinécure. « Les serviettes en tissu, il faut les bouillir et les frotter. Outre la consommation importante d’eau, de savon et de gaz, elles causent aux femmes une surcharge de travail à laquelle vient s’ajouter une dose supplémentaire d’anxiété », déplore Cécilia Chami, représentante de l’Association libanaise pour le développement et le planning familial (LFPADE), qui œuvre auprès de familles défavorisées du Sud et de la Békaa. « Sans oublier que ces femmes manquent souvent d’eau, d’électricité et de gaz », ajoute-t-elle. D’où la nécessité « que les autorités considèrent les besoins des femmes comme prioritaires et subventionnent les serviettes périodiques jetables ». Et Mme Chami d’inviter les responsables, « lorsqu’ils prennent une décision, à prendre en considération l’avis de l’autre moitié de la population, car les besoins des femmes sont différents de ceux des hommes ».

« Notre santé est plus importante que votre beauté. » C’est en ces termes que Diana Abou Abbas, représentante de l’association Marsa qui œuvre notamment pour la santé sexuelle, s’adresse au pouvoir. « Pourquoi les besoins des femmes ne sont-ils pas jugés prioritaires ? » demande-t-elle encore. Quant aux promesses du ministre Nehmé de subventionner les matières premières pour fabriquer des serviettes hygiéniques, elle les balaie d’une main. « Permettez-moi d’en douter. » Elle soutient en revanche que l’on ne peut imposer une marque précise de serviettes périodiques aux femmes. « Les allergies à un produit sont fréquentes. Alors subventionnez toutes les marques de protections hygiéniques, importées et locales, et même les tampons », réclame-t-elle. La militante va plus loin. « Nous réclamons par le fait même que l’État assure gratuitement les serviettes à toutes les femmes. Car c’est un produit dont on ne peut se passer, mais surtout, un droit de santé. »

*Le prénom a été changé.


« Mes serviettes hygiéniques sont ma priorité. Avec mes amies, nous faisons face avec anxiété à l’explosion des prix de ce produit qui nous est indispensable, en période de menstruations ». Nayla*, une jeune femme active de la classe moyenne, confie ses appréhensions à L’Orient-Le Jour. Elle tente aussi de se mettre à la place des plus défavorisées, qui ne peuvent...

commentaires (5)

LES RASOIRS POUR HOMME SUBVENTIONNES ET LES SERVIETTES DES DAMES NON. QUEL CERVEAU MALADE Y A DECIDE ?

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

21 h 46, le 11 juillet 2020

Tous les commentaires

Commentaires (5)

  • LES RASOIRS POUR HOMME SUBVENTIONNES ET LES SERVIETTES DES DAMES NON. QUEL CERVEAU MALADE Y A DECIDE ?

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    21 h 46, le 11 juillet 2020

  • Et les couches alors??? J’en utilise pour ma mère à raison d’un paquet par semaine de couches locales SANITA. Ces dernières ont triplées de prix depuis 3 mois!! Quel est la raison?? On ne peut s’en passer pour la population vieillissante ni pour les enfants en bas âge ! À croire que ces hommes de décisions n’ont jamais eu d’enfants ni de parents!!

    T Myriam

    16 h 25, le 11 juillet 2020

  • AUSSI il faut Subventionner les CAPOTES, Rendre ce plaisir a un prix abordable et surtout diminuer le taux de croissance des refugiers bien qu'elles peuvent recevoiur la pillule gratuitement

    aliosha

    10 h 48, le 11 juillet 2020

  • Comme je ne connais pas les coûts des matières premières ainsi que les entreprises locales j'aimerais bien que vous fassiez un article/une enquête à l'OLJ pour comprendre pourquoi les marques locales sont aussi chères voire parfois plus que les marques internationales importées. Un exemple: j'achetais depuis sa création une marque libanaise qui produisait du ketchup, des sauces pour pâtes et pizzas, du concentré de tomates etc... Un bon rapport qualité/prix en dessous des produits importés. Désormais ces produits "locaux" sont aux prix des produits importés. Pourriez-vous nous éclairer sur ce point? Merci.

    Sybille S. Hneine

    10 h 26, le 11 juillet 2020

  • Mouais, j'ai un doute quand aux risques d'infections et d'allergie, des generations de mères et de grand-mères ne s'en sont pas porté plus mal, il faudrait d'urgence déplacer le problème vers les couches, bébés et personnes agées grabataires, le grand défi est là!

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    08 h 16, le 11 juillet 2020