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Censure

La liberté de la presse encore une fois malmenée

Déterrant un règlement intérieur militaire qui date de plusieurs décennies, l’armée demande aux photoreporters de se munir d’accréditations préalables.

La liberté de la presse encore une fois malmenée

« La liberté de la presse est entravée par les démarches administratives », note Ayman Mhanna, directeur exécutif de la Fondation Samir Kassir.

Alors que le pays s’effondre littéralement sur tous les plans, la liberté de la presse est une nouvelle fois malmenée et les journalistes encore plus coincés dans l’exercice de leur métier. Pas plus tard que lundi, les services de renseignements de l’armée libanaise ont subitement décidé d’appliquer une décision interne, vieille des années 80 et inconnue de la majorité des médias. Cette décision impose aux journalistes désireux d’effectuer des reportages photos ou filmés d’obtenir une autorisation préalable de l’institution militaire. Et ce, sur l’ensemble du territoire, plus particulièrement dans la capitale et au Liban-Sud. Une décision qui s’applique dans un climat global de répression des libertés publiques, visant en premier la presse, les médias sociaux et les opposants au pouvoir.

L’armée minimise l’incident

L’accès à cette information a été fortuit. Il suit de près un incident qui s’est déroulé lundi dernier, rue Hamra. Deux journalistes libanais travaillant pour des médias étrangers, Charbel Abboud de France 24 et Maha Hoteit de la station al-Charq, menaient chacun son reportage au cœur de Hamra, interviewant et filmant des passants, lorsqu’ils ont eu la mauvaise surprise de se faire demander leurs papiers d’identité, leur carte de presse et leur accréditation, par des éléments en civil des services de renseignements de l’armée. Après avoir montré avec réticence leurs papiers d’identité et carte de presse, ils ont appris qu’en leur qualité de journalistes de médias étrangers au Liban, ils ont l’obligation d’obtenir une accréditation auprès du ministère de l’Information et une autorisation de l’armée de filmer et de prendre des photos.

Contactée par L’Orient-Le Jour, la direction de l’Orientation de l’armée minimise l’incident et « regrette son exploitation médiatique », mais reconnaît qu’en fonction du règlement interne de l’institution militaire qui figure sur le site web de la troupe, les journalistes travaillant pour des médias étrangers sont tenus d’obtenir une accréditation du ministère de l’Information et de l’armée s’ils veulent photographier ou filmer. « Les journalistes concernés n’avaient pas d’accréditation, assure-t-elle. Les éléments des services de renseignements ont vérifié leur identité, pris en photo leurs papiers et les ont informés de la nécessité d’obtenir une accréditation et une autorisation de l’armée. Les reporters n’ont d’ailleurs pas été inquiétés ni empêchés de poursuivre leur travail et de diffuser librement leur travail. »

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Au-delà de ces mesures à l’égard des reporters de médias étrangers, la direction de l’Orientation de l’armée soutient, au passage, qu’en fonction du règlement interne de l’institution militaire, « tout reporter libanais, même travaillant pour un organe de presse local, est également tenu d’obtenir une autorisation préalable de l’armée, pour filmer ou photographier sur l’ensemble du territoire, et plus particulièrement dans la capitale et au Liban-Sud, considérés comme des zones sensibles ». « Ce règlement touche en priorité les drones et tout genre de caméras, commerciales, événementielles, même les mariages, précise la direction. Il a été remis en application avec la montée en puissance de Daech et des attaques terroristes. »

La presse locale jamais informée d’un tel règlement

Sauf que la presse locale n’a jamais été informée d’un tel règlement. Et qu’elle revendique le droit d’informer en toute liberté, sans davantage de restrictions, comme elle l’a toujours fait. Conformément aux pratiques en vigueur, elle est toutefois consciente qu’en cas de reportage photographié ou filmé dans les zones sensibles, comme la banlieue sud de Beyrouth, le sud du Litani ou la région de Ersal, elle doit au préalable obtenir un laisser-passer de l’armée.

Pour le directeur exécutif de la Fondation Samir Kassir, Ayman Mhanna, la première règle d’un État de droit est « d’appliquer les mêmes règles à tous et d’en informer tout le monde ». Or concernant l’autorisation nécessaire de l’armée préalable à tout reportage photo, « il ne s’agit pas d’une loi, mais de règles sécuritaires ». Et ce qu’il trouve « particulièrement choquant, dans le contexte actuel de régression du pays et des libertés individuelles », c’est que l’institution militaire « a déterré un texte qui date de plusieurs décennies ». « Les médias en ignorent l’existence, précise-t-il, d’autant que les journalistes n’ont jamais rencontré le moindre problème en prenant des photos ».

« La décision d’appliquer aujourd’hui cette mesure sélective est problématique », martèle M. Mhanna. Le directeur du Centre SKeyes pour les médias et la liberté culturelle rappelle aussi que « tous les jours, davantage de journalistes et d’activistes sont convoqués devant le tribunal militaire ». « Nous sommes dans une logique policière et sécuritaire », dénonce-t-il. « Le pays va mal. Les autorités n’ont aucune réponse. Leur seule carte, c’est la répression et l’entrave à la liberté d’expression par l’autocensure et les démarches administratives », insiste-t-il, estimant que cela est inadmissible, dans une démocratie. C’est dans ce cadre qu’Ayman Mhanna appelle « à l’annulation de cette mesure et au respect de la liberté d’information », tout en estimant « compréhensibles » les restrictions limitées à certaines régions sensibles, comme le sud du Litani ou la région de Ersal.

Faut-il surtout rappeler qu’à l’ère des réseaux sociaux et du smartphone équipé d’appareils photos ultraperformants, il est illusoire de prétendre contrôler l’image, même dans les zones sensibles…



Alors que le pays s’effondre littéralement sur tous les plans, la liberté de la presse est une nouvelle fois malmenée et les journalistes encore plus coincés dans l’exercice de leur métier. Pas plus tard que lundi, les services de renseignements de l’armée libanaise ont subitement décidé d’appliquer une décision interne, vieille des années 80 et inconnue de la majorité des...

commentaires (2)

LA HONTE ! S,ILS ONT UN SIMULACRE DE DIGNITE ILS SE RESPECTERONT EN RESPECTANT LES AVIS DES AUTRES.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

11 h 37, le 10 juillet 2020

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Commentaires (2)

  • LA HONTE ! S,ILS ONT UN SIMULACRE DE DIGNITE ILS SE RESPECTERONT EN RESPECTANT LES AVIS DES AUTRES.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    11 h 37, le 10 juillet 2020

  • Ainsi , pour filmer un mariage, il faut l'autorisation de l'armée! Et ce en vertu, non d'une loi, mais d'une "décision interne"! L'armée serait donc au-dessus des lois? La place de l'armée est aux frontières où on refuse de l'envoyer. Quand l'armée est utilisée pour un service d’ordre intérieur. elle n'est qu'en soutien aux FSI, et ses propres règles n'ont pas cours. Elle n'a aucun droit d’interdire de filmer ou photographier, sauf sur un théâtre d'opérations militaires, ce qui n'est pas le cas en ville. Les services de renseignements militaires n'ont aucun droit d'arrêter des citoyens, sauf sous inculpation d'espionnage ou de trahison....Tout cela, bien sûr, en démocratie, mais nous sommes au Liban!

    Yves Prevost

    07 h 11, le 10 juillet 2020