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Culture

L’art dans la piscine

Avec un été bien chaud en perspective (et pas seulement du point de vue météo), voici une petite sélection des piscines les plus délirantes ou créatives conçues par des artistes, histoire de prendre le frais avant de faire le grand plongeon, vers le fin fond de nos bleus... à l’âme.

L’art dans la piscine

Sculpture

« Van Gogh’s Ear », une piscine à la verticale

Le 12 avril 1996, les passants de la 5e Avenue à New York ont découvert, ébahis, une énorme piscine renversée à la verticale, devant le Rockefeller Center. Un duo d’artiste berlinois : Michael Elmgreen et Ingar Dragset ont réalisé cette installation de 9 mètres de haut en forme d’oreille de Van Gogh et l’ont appelée ainsi Van Gogh’s Ear. Cette imposante sculpture a marqué les annales de l’art contemporain. « Nous pensions que c’était un nom parfait pour une piscine de cette taille. Cela ouvre la possibilité à une perception différente de la forme elle-même. Et comme le mythe de Van Gogh coupant sa propre oreille, la piscine délocalisée va, je l’espère, inciter les gens à s’interroger sur cet invraisemblable scénario », avait déclaré le duo d’artistes formé depuis les années 90 et connu pour ses créations subversives et insolites. En 2005, ils avaient reproduit à taille réelle une boutique de la maison de haute couture Prada – avec de vrais articles en vitrine – l’une de leurs plus célèbres œuvres, exposée au milieu du désert du Texas, rapidement vandalisée. Mais qui attire toujours les curieux. Quant à l’oreille de Van Gogh, on n’a rien entendu à son sujet depuis, mais les artistes ont installé une autre piscine à Miami.

Illustration

« The Pool » de politiciens à nu de Mohammad Saad

Qu’on se le dise d’emblée. Elle est quand même drôle, très drôle, cette toile intitulée The Pool. Réalisée en peinture et print digital par Mohammad Saad, elle est aussi délicieusement subversive. Ils sont tous là, ou presque, les visages familiers qui régissent le Liban depuis, hélas, des décennies, et qui l’ont conduit vers le fond... de la piscine. Quel spectacle que de voir ces baigneurs pas comme les autres s’ébrouant dans ce bassin dans leur triste nudité. Allongé sur un transat au bord de l’eau, un corps d’homme corpulent dont on ne peut distinguer le visage. Interrogé à ce sujet par L’OLJ, l’artiste avait lancé un évasif (et prémonitoire) « c’est peut-être le cadavre du Liban ». C’était en 2010, lorsque l’œuvre était exposée au Beirut Exhibition Center dans la sélection du Musée Sursock pour son Salon d’automne. Né en 1983, Mohammad Saad a fait l’école des beaux-arts de l’Université libanaise dont il détient une maîtrise (en 2011). Il a participé à de nombreuses expositions collectives dont une à la galerie Janine Rubeiz en 2013 et une autre chez Aida Cherfane à la même année. Touchées par la censure – une de ses toiles avait été interdite d’exposition – ses œuvres ont très peu été exposées au Liban.

Peinture

Entre « Splash » et « Bigger Splash », de David Hockney

Bienvenue dans la Californie des années 1960. C’est l’été. Le ciel est d’un bleu pur. Le soleil est à son zénith, à en juger par le positionnement des ombres sur la façade d’une villa moderne. Il fait très chaud. Rien de mieux qu’un plongeon dans la piscine, représentée dans ce tableau carré (comme une image polaroïd) par un rectangle bleu traversé à l’avant-plan par la ligne jaune d’un plongeoir, tracée en diagonale. Et « Splash »! Seuls indices d’une présence humaine dans ce décor de rêve hollywoodien : une chaise de réalisateur et surtout les éclaboussures de l’eau au-dessus de la surface turquoise. Cette scène peinte, en trois formats entre 1964 et 1967, est l’une des œuvres les plus connues de David Hockney. Justement intitulée Splash, elle a contribué à forger l’image promotionnelle d’une Californie à l’éternelle jeunesse, paradis d’un temps suspendu comme ces éclats d’eau dans le vide. Une œuvre à la croisée de l’hyperréalisme et du pop art dont l’une des 3 versions s’est vendue, il y a quelques mois, aux enchères chez Sotheby’s à 29,8 millions de dollars. Mais dont on peut toujours admirer la grande version, « A Bigger Splash » (2,42 x 2,43m) au Tate Modern.

Chanson

« Pull Marine », le bleu de Gaisnbourg à Adjani

Des paroles qui se fredonnent toujours avec autant d’aisance, une mélodie qui accroche, et le bleu des yeux d’Adjani… Plus de 30 ans après sa sortie, le single Pull Marine, chanson coécrite avec Serge Gainsbourg alors compagnon de Jane Birkin, n’a pas pris une ride, Isabelle Adjani non plus d’ailleurs. À l’écran, elle était belle, séduisante et provocante, et souvent abandonnée, elle s’essaye à la chanson, toujours belle, séduisante et provocante, et dans le rôle qui lui va si bien, celui de la femme désespérée en mal d’amour. Nous sommes en 1983 et celle qui va incarner la reine Margot, Adèle H, ou Camille Claudel n’a que 28 ans. Le vidéoclip réalisé par Luc Besson est un succès. Avant elle, Brigitte Bardot et Catherine Deneuve avaient accepté de jouer le jeu. On ne résistait pas à l’époque à M. Gainsbourg. Une petite histoire anodine, celle d’une séparation avec un jeune homme (interprété par l’acteur américain Douglas Wolfe) et un plongeon dans la couleur bleue…

Cinéma

« Somewhere » de Sofia Coppola, langueur et spleen

Dans La piscine de Jacques Deray en 1968, interprétée par le couple mythique Delon/ Schneider et Swiming Pool de François Ozon en 2003 (Ludivine Sagnier et Charlotte Rampling), les acteurs jouent la sensualité et le mystère. Malgré son eau bleutée et limpide, la piscine y est trouble. Elle frémit, vibre et vit. Contrairement à celle de l’hôtel Marmont à Los Angeles, où Sofia Coppola installe son équipe de tournage en 2009 pour son film Somewhere. La piscine de l’hôtel, jadis château, y est impersonnelle. Elle est simple témoin et observateur. Elle ne fusionne pas avec les personnages, mais symbolise la langueur et le vide de leurs vies dissolues. L’hôtel Marmont abrita les histoires et les scandales de nombre d’artistes du milieu du cinéma, de Glenn Ford à William Holden et de Robert de Niro à John Belushi (mort là-bas d’overdose). La piscine de Somewhere (titre de lieu vague mais évocateur) incarne le mal de vivre, ce spleen que seul Hollywood connaît si bien.

Roman

« Un dimanche à la piscine à Kigali » de Gil Courtemanche

« À cette heure précise où les buses s’installent autour de la piscine, les parachutistes français, dans leurs transats de résine, se donnent des airs de Rambo, des coopérants québécois rivalisent de rires bruyants avec des coopérants belges. En ce dimanche tranquille, un ancien ministre de la Justice se livre à d’intenses exercices d’échauffement sur le tremplin, quelques carcasses rondouillettes ou faméliques troublent l’eau, et Valcourt, qui note ces observations, les marmonne, souvent avec rage, parfois avec tendresse, mais toujours ostensiblement. » Dans son premier roman paru en 2000, Gil Courtemanche raconte le voyage au Rwanda de Bernard Valcourt, journaliste revenu de tout, de la famine en Éthiopie à la guerre au Liban. L’action se passe à l’hôtel des Mille Collines où se trouve une magnifique piscine. Tandis que la petite colonie occidentale se détend au bord de l’eau, un peuple sombre dans la folie exterminatrice. Un roman captivant adapté au cinéma en 2006 par Robert Favreau.


Sculpture

« Van Gogh’s Ear », une piscine à la verticale

Le 12 avril 1996, les passants de la 5e Avenue à New York ont découvert, ébahis, une énorme piscine renversée à la verticale, devant le Rockefeller Center. Un duo d’artiste berlinois :...

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