La vie en roses

À Sannine, des roses et des épines

Dans les champs, les agriculteurs se réjouissent du parfum et du paysage de leurs magnifiques champs de roses, mais déplorent l’absence du soutien de l’État au secteur.

À Sannine, des roses et des épines

« Les fleurs sentent bon, mais le Soleil est plombant. » La cueillette, dans le jurd de Sannine, a lieu entre 5 heures et 10 heures du matin. Photos João Sousa

« C’est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante », écrivait Antoine de Saint-Exupéry dans Le Petit Prince. Chaque année, entre les mois de mai et juin, saisonniers, marchands et producteurs d’eau de rose prennent tous les matins, pendant 25 jours, la route des plus hauts sommets libanais. Dans le jurd de Sannine, dans le Akkar ou à Denniyé, ils partent dès l’aube en quête des roses sauvages arrosées par la pluie ou irriguées par la fonte des neiges. Une route que le septuagénaire Hafez Jreij, venu pour acheter les fleurs sur place afin de produire son eau de rose, surnomme avec poésie « la traversée des roses ». Vers 8 heures ce matin-là, dans le jurd de Sanine, Hafez Jreij et les saisonniers venus ramasser les précieuses fleurs s’accordent une petit pause sous un cerisier sauvage de 53 ans, au milieu d’un champ de roses. Certains sirotent un café turc alors que d’autres boivent un thé noir et sucré. Les hommes restent debout tandis que les femmes s’assoient sur de petites pierres posées par terre. Une chanson de Feyrouz, à la mélopée légèrement mélancolique, s’échappe d’un transistor et remplit l’air.

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En écho à cette voix qui chante l’amour perdu, les saisonniers, hommes et femmes, entament une discussion à bâtons rompus autour du caractère romantique de leur métier éphémère. Les hommes qui cultivent des roses en offrent-ils à leurs femmes pour leur exprimer leur amour ? « Parfois, je lui offre des fleurs et parfois, je l’emmène travailler dans les champs de roses ! » répond Mohammad Slaybi, un sourire espiègle aux lèvres. Ce saisonnier est originaire d’un petit village du jurd de Sannine qui porte le nom de sa famille : Beit Slaybi. Les champs aux alentours appartiennent d’ailleurs pour la plupart à la famille Slaybi. Une vieille femme, surnommée hajjé Raouda, qui participe à la cueillette des roses depuis plus de trente ans, rétorque : « Il existe dans ce monde des femmes qui reçoivent des fleurs et d’autres qui se résignent à les cultiver. » Pour nuancer ces propos, le propriétaire du terrain, Yasser Slaybi, tranche : « Les femmes aiment les roses ; même celles qui travaillent dans ce domaine aiment en recevoir de temps à autre. »


Cultiver des fleurs, un métier de femmes également. Photo João Sousa


Plus d’épines que de roses ?

Les mains enveloppées dans des gants jaunes déchirés qui couvrent à peine ses doigts, un agriculteur cueille les fleurs et remplit son sac de pétales. « C’est un métier qui sent très bon, mais le marché va mal », commente Mohammad Slaybi. Selon lui, lorsque le prix du kilo de fleurs est rentable, les agriculteurs le vendent aux industries. « Si le prix est très bas, nous en profitons pour en faire de l’eau de rose, de la confiture et d’autres produits alimentaires », dit-il. « Il fut un temps où le kilo était vendu à 10 000 livres libanaises, alors qu’aujourd’hui, nous ne le vendons qu’à 3 000 », déplore Mohammad. Selon lui, le ministère de l’Agriculture a fixé le kilo à 5 000 livres. « Cela a été appliqué pendant quelques jours, avant que le prix ne chute », dit-il, avant de poursuivre : « Les industries n’achètent plus de roses, mais importent leur essence de Syrie ou d’autres pays. » Le saisonnier revient sur la fermeture des frontières décrétée pendant la crise du coronavirus qui a obligé les industries locales à acheter des roses du Liban, soulignant que l’État devrait prendre des mesures pour encourager le recours aux produits locaux. La période des roses étant très brève, un mois tout au plus, la plupart des cueilleurs exercent d’autres métiers le restant de l’année.


Les mains enveloppées dans des gants jaunes déchirés couvrant à peine ses doigts, un saisonnier cueille les fleurs et remplit son sac de pétales dans le jurd de Sannine.


Du haut de ses quatorze ans, Ali, lui, ne se préoccupe ni des affaires ni de la situation du marché. Il préfère se réjouir et se délecter du parfum des roses, du Soleil et de la sérénité qui règne dans le champ. « Les autres travailleurs saisonniers rentrent chez eux avec leurs vêtements qu’ils trouvent sales », lance-t-il, avant de poursuivre : « Alors que moi, je sens les roses en rentrant chez moi vers midi. » À 24 ans, Cherine, mère de trois enfants, ne participe pas très souvent à la cueillette des roses. « Les fleurs sentent bon, mais le Soleil est plombant », se plaint-elle. C’est d’ailleurs pour cette raison que la cueillette débute très tôt, à 5h du matin, pour s’achever à 10h.

Dans ces champs odorants, en dépit de la beauté et de la sérénité dégagées par le paysage, tous ne sont pas contents de pratiquer ce métier. Deux jeunes hommes, diplômés en génie, ont été contraints de quitter Beyrouth pour rentrer travailler au village en raison du manque d’opportunités dans leur domaine professionnel. Chacun d’entre eux porte un sac de dix kilos de roses sur le dos. En les voyant partir, un marchand de roses venu acheter des récoltes remarque un petit trou dans le sac d’où risquent de s’échapper quelques pétales. « Ce n’est pas grave, lance-t-il, le regard tourné ailleurs. Nous vivons déjà avec un trou dans le cœur ! »



« C’est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante », écrivait Antoine de Saint-Exupéry dans Le Petit Prince. Chaque année, entre les mois de mai et juin, saisonniers, marchands et producteurs d’eau de rose prennent tous les matins, pendant 25 jours, la route des plus hauts sommets libanais. Dans le jurd de Sannine, dans le Akkar ou à Denniyé,...

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EL WARD EL JOURI. LE SEUL BON POUR FABRIQUER L,EAU DE ROSE. J,AIME SON ODEUR, J,EN AI CHERCHE DU LIBAN AVEC HUIT CEDRES. LE LES AI PLANTE AU PELOPONESE EN GRECE A 1100 METRES D,ALTITUDE. LES CEDRES ONT DEJA 22 ANS D,AGE. ILS SONT MAGNIFIQUES.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

11 h 00, le 25 juin 2020

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  • EL WARD EL JOURI. LE SEUL BON POUR FABRIQUER L,EAU DE ROSE. J,AIME SON ODEUR, J,EN AI CHERCHE DU LIBAN AVEC HUIT CEDRES. LE LES AI PLANTE AU PELOPONESE EN GRECE A 1100 METRES D,ALTITUDE. LES CEDRES ONT DEJA 22 ANS D,AGE. ILS SONT MAGNIFIQUES.

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    11 h 00, le 25 juin 2020