La grand-mère de Omar montre la photo de son petit-fils de neuf mois, décédé récemment. AFP/Mohammad Abed
Souffrant de problèmes cardiaques, Omar Yaghi, bébé gazaoui de huit mois, devait se rendre en Israël pour subir une intervention médicale. Mais avec la fin de la coordination décrétée par les Palestiniens, l’opération a été repoussée et Omar est décédé.
La famille Yaghi est « effondrée » depuis la mort jeudi dernier de Omar, que des ONG qualifient désormais de première victime depuis l’arrêt de la coordination sécuritaire annoncé en mai par le président palestinien Mahmoud Abbas pour protester contre le projet israélien d’annexion de pans de la Cisjordanie occupée.
« Nous sommes les victimes de ce différend », soupire Mohammad, l’oncle du garçon, précisant que les parents du défunt lui ont demandé de répondre aux questions des journalistes car eux-mêmes sont trop bouleversés.
Né en octobre avec des problèmes cardiaques, Omar devait subir une intervention chirurgicale le 24 mai, soit quatre jours après le décret du président Abbas mettant fin à la coordination avec l’État hébreu. Or l’opération de Omar était justement prévue en Israël, pays qui dispose d’hôpitaux à la pointe de la technologie.
Les blessés et malades graves de Gaza et de Cisjordanie peuvent être traités dans des hôpitaux en Israël, mais leur passage d’un territoire à l’autre exige une coordination entre les administrations.
Si le mouvement islamiste Hamas contrôle la bande de Gaza, cette coordination pour y entrer et en sortir s’effectue entre Israël et l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas. Après sa suspension fin mai, des ONG se sont mobilisées pour tenter de trouver une solution.
Mais Omar s’est éteint trois jours avant la nouvelle date prévue pour son opération dans un hôpital près de Tel-Aviv, métropole israélienne située à une soixantaine de kilomètres au nord de la bande de Gaza, enclave paupérisée sous blocus israélien depuis que le Hamas y a pris le pouvoir il y a 13 ans.
Qui est responsable ?
Qui est responsable de la mort du jeune Omar ? « L’occupation (terme utilisé par nombre de Palestiniens pour décrire Israël) est responsable de l’accès depuis Gaza », affirme Mohammad, contacté par téléphone.
L’unité du gouvernement israélien chargée de la coordination avec les territoires palestiniens, le Cogat, affirme continuer d’accorder l’accès « à des résidents de la bande de Gaza pour les traitements vitaux et autres besoins humanitaires ». Un mois après sa naissance, Omar avait été transféré à l’hôpital Tel Hashomer.
Mercredi dernier, peu avant minuit, les parents de Omar l’ont amené dans un hôpital de Gaza, « où il a subi une réanimation cardiaque et a été placé sous ventilateur », explique son oncle. Mais son état s’est rapidement détérioré. Sa famille a alors tenté d’obtenir un transfert d’urgence en Israël. « Mais à dix heures du matin (jeudi), l’administration de l’hôpital a contacté Ahmad, le père de Omar, pour l’informer de la mort de son fils », raconte l’oncle.
Dans l’inconnu
Dans un communiqué, l’ONG israélienne « Docteurs pour les droits de l’homme », qui avait aidé la famille à trouver une autre date pour l’opération, a imputé la mort de Omar à la fois à Israël et aux responsables palestiniens. « Israël est le premier responsable, puis l’Autorité palestinienne n’a pas donné d’alternatives » pour soigner Omar sur place, dénonce Ghada Majadle, directrice générale de cette ONG, pour qui le système de permis israélien est « bureaucratique et arbitraire », ce que nie Israël.
Côté palestinien, le directeur des transferts médicaux au ministère de la Santé, le Dr Haïtham el-Hadra, réfute la thèse d’une absence d’alternative palestinienne. « 95 % des conditions médicales peuvent être traitées dans les hôpitaux palestiniens, qu’ils soient gouvernementaux ou privés », note-t-il. Il affirme aussi que depuis le décret du président Abbas, des patients qui ont besoin de passer en Israël effectuent « eux-mêmes » la coordination sans passer par son ministère.
Mais Omar n’est pas un cas unique. Atteinte de leucémie « aiguë », Hala el-Johari, 58 ans, de Naplouse, dans le nord de la Cisjordanie, doit se rendre chaque semaine à l’hôpital Hadassa Ein Kerem de Jérusalem, pour se faire notamment injecter des plaquettes et renforcer ainsi son sang.
Les autorités palestiniennes payaient pour son traitement à Jérusalem ainsi que ses médicaments et facilitaient aussi son transport sur place. Mais depuis la fin de la coordination, rien ne va plus pour Hala. « Je suis dans l’inconnu », dit-elle.
Ces derniers jours, des patients palestiniens atteints de cancer ont manifesté à Ramallah, siège de l’Autorité palestinienne. « On vient de m’appeler pour me dire que j’aurais suffisamment de médicaments pour le prochain mois », souffle-t-elle, la voix étouffée de sanglots avant d’ajouter : « Je ne veux pas mourir. »
Hiba ASLAN/AFP


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