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Archéologie

Une équipe britannique, Nicosie et Beyrouth se disputent l’épave du navire ottoman découverte au large du Liban

Au cœur de la querelle, le trésor qui se trouvait dans les cales du navire.


Une équipe britannique, Nicosie et Beyrouth se disputent l’épave du navire ottoman découverte au large du Liban

Une porcelaine de Chine fabriquée sous le règne du dernier empereur de la dynastie Ming.

Cinq ans après sa découverte, par une équipe britannique de « chasseurs de trésors », à 2 200 mètres de fond au large des côtes libanaises, l’épave du navire ottoman qui avait coulé vers 1630 lors d’un périple entre l’Égypte et Istanbul se trouve aujourd’hui au cœur d’une querelle juridique entre le Liban, soutenu par Chypre, et la Grande-Bretagne. Au cœur de la querelle, le trésor qui se trouvait dans ses cales, à savoir des centaines d’objets, notamment de la vaisselle Ming, de la céramique italienne et des pipes à tabac en terre cuite.

Dans les faits, l’équipe britannique Enigma Shipwrecks Project (ESP) avait mené en 2015, à bord de l’Odyssey Explorer battant pavillon des Bahamas, des fouilles sous-marines entre le Liban et Chypre. C’est lors de ces fouilles qu’elle était tombée sur ces trésors cachés dans l’épave. Lorsque l’affaire avait été ébruitée, l’équipage avait déclaré que les recherches s’étaient déroulées au-delà des eaux territoriales de Chypre et du Liban (voir L’Orient-Le Jour du 28 avril 2020).

Une assiette en porcelaine de Chine fabriquée sous le règne du dernier empereur de la dynastie Ming.

Mais Chypre n’a pas voulu l’entendre de cette oreille. Lors d’une escale de l’Odyssey Explorer à Limassol, la police et les agents des douanes, assistés par des représentants du département chypriote des antiquités, ont fait une descente fin décembre 2015 dans la soute et saisi 57 caisses contenant 588 artefacts. Enigma Shipwrecks Project est accusé d’avoir effectué des fouilles sous-marines illicites. Selon le quotidien chypriote Cyprus Mail du 10 mai dernier, le département chypriote des antiquités affirme même que le groupe opérant est constitué de « chasseurs de trésors professionnels, motivés uniquement par l’appât du gain ». L’équipe scientifique de l’Enigma Shipwrecks Project, qui avait fouillé l’épave entre octobre et décembre 2015, accostait régulièrement à Limassol pour faire le plein avant de retourner sur le site d’exploration. La confiscation des artefacts a amené les responsables d’Enigma Shipwrecks Project à intenter un procès contre Chypre récemment. L’entreprise britannique affirme que les fouilles se sont déroulées dans la Zone économique exclusive (ZEE) libanaise et qu’elles « sont parfaitement légales ». Elle ajoute, en outre, que ces fouilles ont eu lieu en coordination avec les autorités libanaises. « En vertu du droit et des accords internationaux, principalement la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, les droits et les contrôles des nations sur la ZEE sont limités aux ressources naturelles telles que la pêche, l’extraction de gaz, de pétrole et de minéraux. Les épaves et les vestiges culturels sont exclus de cette législation », argumente l’équipe de l’Enigma Shipwrecks Project. La question est cependant plus compliquée. Dans le quotidien Cyprus Mail, Mariano Aznar, professeur de droit international à l’Université de Jaume à Valencia, en Espagne, fait observer que même si le patrimoine culturel subaquatique n’est pas une ressource naturelle, « l’État côtier a une juridiction exclusive sur tout type de recherche scientifique dans sa ZEE et son plateau continental ». « Je m’attendais à ce qu’une fois le navire sur place pour ses fouilles sous-marines, les responsables libanais lui demandent ce qu’il faisait là-bas. L’ont-ils fait ? Nous ne savons pas », ajoute-t-il.

Une des plus anciennes pipes ottomanes jamais découvertes. Photos Enigma Recoveries

La Turquie intéressée

Ce que nous savons en revanche, c’est qu’Odyssey Marine Exploration, la société engagée par Enigma pour mener l’exploration sous-marine dans la ZEE du Liban, avait envoyé son navire début février 2010 pour participer à la recherche des débris de l’avion éthiopien qui s’était écrasé en mer le 25 janvier 2010 peu après son décollage de l’aéroport Rafic Hariri. Selon des informations, le navire avait effectué des relevés et une photo-mosaïque de toute la zone. On suppose que c’est au cours de cette mission qu’Enigma a identifié l’emplacement d’une douzaine d’épaves provenant de différentes périodes, hellénistique, romaine, omeyyade et ottomane, dont le colosse ottoman de 1 000 tonnes qui aurait coulé vers 1630 sur sa route d’Alexandrie à Istanbul et qui contenait les 588 artefacts. Cependant, aucune information n’a été donnée sur le contenu éventuel des autres épaves.

Pour mémoire

Une armada d’épaves découvertes dans les abysses entre Chypre et le Liban

En tout cas, la découverte de cette épave ottomane a suscité un grand intérêt en Turquie. « Nous travaillons à trouver plus de données sur ce naufrage », a déclaré Hakan Oniz, chef de la division du patrimoine culturel subaquatique méditerranéen à l’Université d’Akdeniz à Antalya, aux médias chypriotes. « Il existe des milliers de documents dans les archives ottomanes à Istanbul. Nous pouvons connaître le nom du navire et de son propriétaire, et avoir davantage de renseignements sur la cargaison. »

À Beyrouth, le directeur général des antiquités, Sarkis Khoury, souligne que l’institution suit le dossier depuis 2015 à travers les voies diplomatiques entre le Liban et Chypre, et que les deux pays préparent un protocole de coopération pour la protection des trésors subaquatiques. D’autre part, le directeur de la DGA dit n’accorder aucune importance au communiqué d’Enigma qui a laissé entendre que l’opération s’est déroulée dans les eaux libanaises en coordination avec les autorités du pays. Il semble que cette affirmation de la société britannique ait pour objectif de leurrer le système judiciaire chypriote. De son côté, l’Unesco tente de durcir la législation en la matière afin de limiter les pillages. L’Organisation des Nations unies estime notamment qu’en dix ans, près de trente épaves ont été détruites et exploitées commercialement en Asie, et déplore pour chacune d’elles le pillage de 500 000 objets.

Affaire à suivre.


Cinq ans après sa découverte, par une équipe britannique de « chasseurs de trésors », à 2 200 mètres de fond au large des côtes libanaises, l’épave du navire ottoman qui avait coulé vers 1630 lors d’un périple entre l’Égypte et Istanbul se trouve aujourd’hui au cœur d’une querelle juridique entre le Liban, soutenu par Chypre, et la Grande-Bretagne. Au...

commentaires (3)

le procès anonyme n'est que l'affirmation d'une irresponsabilité…..et non l'expression d'une liberté!

Beauchard Jacques

11 h 09, le 21 juin 2020

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Commentaires (3)

  • le procès anonyme n'est que l'affirmation d'une irresponsabilité…..et non l'expression d'une liberté!

    Beauchard Jacques

    11 h 09, le 21 juin 2020

  • LES MAFIEUX A L,OEUVRE. LE LIBANAIS ENCAISSE ET SIGNE PEU IMPORTE SUR QUOI.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    06 h 55, le 21 juin 2020

  • Des pots de vin payés à un haut responsable libanais pour obtenir le droit de piller les fonds marins?

    Bashir Karim

    12 h 33, le 20 juin 2020