Rechercher
Rechercher

Devises

Dollars/livres : De nouvelles mesures d’encadrement en gestation

Le syndicat des agents de change prépare une grille détaillant les plafonds pour les achats de dollars en fonction de l’objet des transactions.

Dollars/livres : De nouvelles mesures d’encadrement en gestation

Des clients faisant la queue devant un bureau de change dans le Kesrouan. Photo Milad Bassil

La semaine qui prend fin devait être décisive pour les autorités libanaises qui avaient affirmé, le 12 juin, leur volonté de contrôler le taux de change livre/dollar sur le marché local, dans le contexte de crise économique et financière majeure que traverse le pays. Pour résumer, les mesures annoncées – injection de dollars sur le marché et mobilisation de la Sûreté générale en renfort pour traquer les spéculateurs et les agents illégaux – ont effectivement permis à plusieurs agents de change d’ouvrir leur portes et de vendre des dollars, dans les limites toutefois de leurs disponibilités, au taux fixé par leur syndicat pendant presque toute la semaine. Un objectif qui était loin d’être acquis compte tenu de l’influence des taux du marché noir sur les comportements des agents économiques et du déséquilibre entre la demande toujours très forte de devises et l’offre limitée dans le pays.

Si aucune information n’a pour l’instant confirmé que la Banque du Liban avait bien commencé à injecter des dollars sur le marché comme elle s’est engagée à le faire, ou précisé les montants concernés, une source proche des agents de change assure que « les choses ont commencé à bouger ». Côté sécuritaire, le site d’information al-Nashra rapporte que les forces de sécurité de l’État ont arrêté hier un des plus importants agents illégaux dans la région de Aley (Mont-Liban). D’autres annonces de ce type – arrestation ou traduction devant la justice de changeurs illégaux – ont été relayées au cours de la semaine par les médias.

Bagarre entre clients

Le taux que les bureaux agréés sont obligés de suivre oscillait hier entre 3 850 livres le dollar à l’achat et 3 900 livres à la vente, un niveau en légère baisse par rapport à celui affiché en début de semaine (3 860/3 910 LL). Ce taux ne devrait pas évoluer avant lundi, tout comme celui de 3 800 livres pour un dollar imposé aux sociétés de transfert d’argent pour convertir en livres les montants en devises qu’elles doivent décaisser pour leurs clients au Liban.

Sur le terrain, les agents qui ont ouvert leurs portes – plusieurs sont restés fermés – ont sans surprise été littéralement pris d’assaut par les clients qui, dans leur grande majorité, veulent acheter des dollars. Étant donné la tension ambiante, des dérapages ont été notés, comme hier quand une bagarre a éclaté dans la foule postée devant un changeur de la banlieue de la Beyrouth, selon une vidéo postée par un internaute sur Twitter.

Selon les témoignages recueillis au cours de la semaine, plusieurs entrepreneurs ont été en mesure d’acheter d’importantes quantités de dollars au taux fixé par le syndicat en présentant les pièces justificatives imposées par ce dernier – et sur lesquelles il avait communiqué le 6 juin. Les demandes ont généralement été adressées aux agents de catégorie A. Dans un communiqué publié le 10 juin, la BDL avait appelé ces agents, qui sont autorisés à importer et exporter des devises, à lui adresser les demandes d’achats de dollars en « précisant les noms des bénéficiaires » afin qu’elle puisse leur transférer les montants approuvés.

En revanche, les mesures adoptées n’ont pour l’instant pas pu contenir le taux livre/dollar sur le marché noir, qui a continué de grimper au fil de la semaine pour atteindre 5 050 livres le dollar à l’achat et 5 350 livres le dollar à la vente (contre 4 500/4 900 en fin de journée lundi). Là aussi, plusieurs sources concordantes ont indiqué que les agents illégaux continuaient d’être actifs sur le marché, tandis que les autorités sont pour l’instant restées discrètes sur les moyens mis en œuvre pour remédier à cette situation.

Pas de limite pour les billets d’avion

« Ce qui ennuie les agents de la filière et les autorités, c’est le fait que des Libanais viennent acheter des petits montants en dollars auprès des changeurs et les revendent à des agents du marché noir en réalisant une plus-value. Ces comportements spéculatifs amplifient l’instabilité du taux de change, même si le nœud du problème se situe au niveau du déséquilibre entre l’offre et la demande et des restrictions bancaires sur les opérations en devises en vigueur depuis des mois », expose la source précitée. Il y avait enfin peu d’informations fiables permettant de mesurer à quel point l’entrée en vigueur mercredi dernier de la loi César, renforçant les sanctions américaines sur le régime syrien et ceux qui traitent avec lui, avait influé la demande issue des ressortissants syriens au Liban.

Enfin, en attendant le déploiement de « Sayrafa », l’application qui sera pilotée par la BDL et les bureaux de change pour leur permettre d’enregistrer l’ensemble des transactions hors du secteur bancaire, le syndicat des agents agréés a préparé cette semaine un brouillon de grille plafonnant la majorité des transactions. Selon une source proche du syndicat, le document qui a fuité sur certains groupes de messagerie instantanée, et que L’Orient-Le Jour a consulté, doit servir de « base de travail ». Elle ajoute que rien ne permet de garantir qu’il sera officialisé tel quel.

Selon le document, les achats de dollars pourraient être limités aux résidents libanais qui devront présenter leur carte d’identité (l’extrait d’état civil ne suffirait plus). Les achats de dollars pour payer les billets d’avion pourront être intégralement effectués sous réserve de présentation du titre en question et des documents de voyage valides. Des plafonds sont également mis en place pour les achats de devises pour régler les dettes en dollars au Liban (500 dollars maximum, une fois par mois) ; payer le loyer d’un enfant résidant à l’étranger (1 000 dollars par mois maximum) ; régler une mensualité pour l’achat d’une maison ou le paiement d’un loyer au Liban (1 000 dollars par mois max) ; ou encore régler le salaire d’une employée de maison (300 dollars par mois max). Le syndicat précise en outre une liste de pièces à fournir pour chaque type de transaction. Enfin, la question des ressortissants étrangers résidant au Liban et qui encaissent leurs salaires en livres ne semble pas avoir été abordée.

A l'heure de mettre sous presse, le syndicat annonçait hier soir, que les agents de change officiels ne permettraient plus, dès aujourd'hui samedi, l'achat de dollars, plafonné à 200 dollars par mois, sur simple présentation d'une carte d'identité.

La question du taux de change était au menu d’une réunion hier entre notamment le ministre des Finances, le gouverneur de la BDL, le ministre de l’Économie, des représentants de l’ABL et du syndicat des changeurs, ainsi que le secrétaire général de la Sûreté générale, Abbas Ibrahim, dont aucune information n’avait filtré à l’heure de mettre sous presse.

Les mesures prises par l’exécutif, la BDL et les agents de change pour tenter de contrôler le taux livre/dollar ont été largement critiquées cette semaine par le collectif de la société civile Kulluna Irada qui craint qu’elles renforcent « l’impact de la crise sur les citoyens ordinaires » en amenuisant un peu plus les réserves déjà très basses de la BDL ou en incitant encore plus les agents économiques à se tourner vers le marché noir.


La semaine qui prend fin devait être décisive pour les autorités libanaises qui avaient affirmé, le 12 juin, leur volonté de contrôler le taux de change livre/dollar sur le marché local, dans le contexte de crise économique et financière majeure que traverse le pays. Pour résumer, les mesures annoncées – injection de dollars sur le marché et mobilisation de la Sûreté...

commentaires (6)

Une fois les responsables économiques et les gouvernants politiques qui nous ont mené à cette situation seront en prison, leurs biens et avoirs cachés dans les plus lointains paradis fiscaux confisqués, alors on acceptera ces mesures pour contribuer au redressement du pays. Sinon, les gouvernants passés et actuels ne sont qu’une bande d’incompétents et malhonnêtes qui ont volé et continuent à voler la population libanaise à leur seul profit. EN PRISON TOUS

Liberté de Penser

12 h 12, le 20 juin 2020

Tous les commentaires

Commentaires (6)

  • Une fois les responsables économiques et les gouvernants politiques qui nous ont mené à cette situation seront en prison, leurs biens et avoirs cachés dans les plus lointains paradis fiscaux confisqués, alors on acceptera ces mesures pour contribuer au redressement du pays. Sinon, les gouvernants passés et actuels ne sont qu’une bande d’incompétents et malhonnêtes qui ont volé et continuent à voler la population libanaise à leur seul profit. EN PRISON TOUS

    Liberté de Penser

    12 h 12, le 20 juin 2020

  • En revanche, les mesures adoptées n’ont pour l’instant pas pu contenir le taux livre/dollar sur le marché noir, qui a continué de grimper au fil de la semaine , tandis que les autorités sont pour l’instant restées discrètes sur les moyens mis en œuvre pour remédier à cette situation. les seuls moyens c est reforrmer ce pays : c est une autre question

    youssef barada

    11 h 59, le 20 juin 2020

  • Hémiha haramiha. Circuler il n’y a plus rien à voir

    Sissi zayyat

    11 h 09, le 20 juin 2020

  • Et la question des comptes en $ n'est pas réglée non plus... car nous ne sommes pas supposés aller en acheter et justifier l'achat. Et être limité en quantité. Nous achetons nos propres $... à plus du double. C'est de l'escroquerie. Quand la BDL admettra t-elle que notre argent a été volé?? Et qu'il n'est plus physiquement au Liban.

    Sybille S. Hneine

    11 h 06, le 20 juin 2020

  • Quelle misère...

    Gros Gnon

    08 h 19, le 20 juin 2020

  • DE PIPEAU EN PIPEAU ET LE BORDEL CONTINUE DE FONCTIONNER.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    07 h 46, le 20 juin 2020