Le député Michel Moawad. Photo ANI
Le député Michel Moawad s’est longuement étendu hier, au cours d’une conférence de presse au Parlement, sur le plan de redressement économique du gouvernement de Hassane Diab, qu’il a critiqué, déplorant des décisions qui « mettent en péril l’existence » du Liban. Dans ce contexte, il a stigmatisé une dichotomie au niveau du pouvoir qui « espère obtenir un soutien financier des États-Unis et des pays arabes mais qui pratique une politique hostile à leur égard ».
M. Moawad faisait allusion aux campagnes régulières du Hezbollah contre Washington ou les pays du Golfe, au lendemain notamment d’une diatribe du secrétaire général de la formation chiite, Hassan Nasrallah, contre les États-Unis, qu’il a accusés de bloquer le flux de dollars au Liban.
« Il existe deux causes profondes à la situation actuelle : la première est liée aux choix stratégiques et la deuxième à la gouvernance et aux réformes. Pour ce qui est des choix stratégiques, (…) notre positionnement politique régional est en contradiction avec (…) le plan du gouvernement, servant de base pour les négociations avec le Fonds monétaire international. Le cabinet ne peut pas établir un plan de salut fondé sur un soutien financier à hauteur de 21 milliards de dollars qui doivent pour la plupart être fournis par les États-Unis et les pays arabes au Liban, à travers le FMI ou la conférence CEDRE, et suivre dans le même temps une politique hostile à leur encontre. La preuve est que tous les pays arabes ont refusé d’accueillir le Premier ministre, Hassane Diab », a-t-il dit.
Il a insisté sur le fait qu’il est dans l’intérêt du Liban, « pour réédifier son économie et attirer de nouveau les investissements, de rétablir ses bonnes relations avec l’ensemble des pays du monde, ce qui commande pour tous, et notamment pour le Hezbollah, de respecter la politique de distanciation ». « Mais si certains tiennent toujours, comme nous l’avons entendu hier (mardi), à s’engager dans une confrontation avec le monde entier, ce que nous refusons, qu’il assume alors la responsabilité de trouver des substituts financiers et économiques réels, sans se contenter de promesses et de slogans dont le prix sera l’appauvrissement des Libanais », a-t-il martelé en allusion au discours du chef du Hezbollah.
Le député de Zghorta a en outre estimé que « le cabinet prend des décisions sur lesquelles nous ne pouvons pas nous taire parce qu’elles mettent en péril l’existence même de notre pays et du peuple ». Il a notamment critiqué l’initiative, approuvée vendredi, d’injecter des dollars sur le marché « sans réformes ». « La protection du taux de change doit se faire via des réformes et pas en injectant ce qu’il reste des dollars des déposants », a-t-il déploré.
M. Moawad a également critiqué le plan de redressement économique établi par le gouvernement Diab. « Comment l’exécutif peut-il préparer un plan sans la participation de la Banque du Liban, de l’Association des banques, des organismes économiques, du Conseil économique et social, des industriels, des ouvriers, des agriculteurs, de la société civile ni même du Parlement ? » s’est interrogé l’élu qui a jugé « inconcevable qu’un État négocie avec le FMI alors que les différentes parties ne sont pas d’accord sur le montant des pertes financières », a-t-il encore souligné.


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22 h 03, le 18 juin 2020