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Culture - La compagnie des livres

Nadine Mokdessi : Une boulimique de lecture ne se rassasie jamais

Professeure de théâtre à l’Alba, Nadine Mokdessi crée son atelier en 1993 et met en scène une trentaine de pièces francophones à succès*. Le confinement lui a fait découvrir certes les cours à distance, à travers Microsoft Teams, ce qui ne l’empêche pas par ailleurs de dévorer des livres (romans, pièces et biographies) sans modération. Petit cheminement entre isolement et littérature.

Nadine Mokdessi : Une boulimique de lecture ne se rassasie jamais

Nadine Mokdessi : « Ce sont mes parents, lecteurs assidus, qui m’ont donné le goût de la lecture. » Photo DR

Une metteuse en scène met-elle en scène son propre confinement ? Et comment ?

Le confinement s’est imposé de lui-même, je ne l’ai pas choisi comme je l’aurais fait avec une mise en scène.

Vous qui êtes toujours à l’affût de textes intéressants, avez-vous profité du confinement pour lire des livres, des pièces de théâtre ?

Je rapporte chaque année du Festival d’Avignon une pile de pièces de théâtre, de romans et de biographies d’auteurs. Le confinement m’a permis de lire ceux qui étaient « en attente » depuis juillet dernier.

Quel rapport entretenez-vous avec la littérature ?

Petite, j’aimais lire à voix haute et les inflexions de ma voix changeaient avec la trame de l’histoire. De là, je suis passée à la lecture de poèmes que j’aimais déclamer face au miroir.

Puis j’ai franchi le pas, à douze ans, en m’inscrivant à un cours de théâtre. L’écriture est arrivée plus tard, avec les ateliers d’écriture animés par les écrivaines Salma Kojok et Georgia Makhlouf. J’ai participé à quatre ateliers en France, à Nantes et à Tonnerre, tous animés par Salma Kojok.

Comment le goût de la lecture vous est-il venu ?

Ce sont mes parents, lecteurs assidus, qui m’ont donné le goût de la lecture. Mon père m’avait offert un dictionnaire pour mes dix ans. J’adorais chercher les significations des mots et leurs racines. Depuis, j’ai toujours un dictionnaire à portée de main.

Quelle sorte d’ouvrage vous parle le plus ? Roman, essai, biographie, histoire, théâtre ?

Je suis attirée par toutes les biographies d’auteurs ou d’acteurs de théâtre. Leurs expériences artistiques, leurs doutes, leurs déceptions ou engouements face à un texte ou une pièce, tout cela me passionne et m’interpelle. Tous me parlent, je peux passer de la lecture d’une pièce à un roman ou une nouvelle dans la même journée.

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Avez-vous besoin d’une mise en scène (encore une !), mise en situation ou conditionnement (lumière, canapé, fauteuil, lit, musique en sourdine) pour lire ?

Je lis partout : dans l’avion, le métro, dans la salle d’attente chez un médecin, même dans les embouteillages !

De toutes vos lectures, et elles doivent être nombreuses vu les pièces déjà montées à Beyrouth sur presque un quart de siècle, quel dicton, phrase ou pensée vous domine ou vous guide ?

« Il faut cultiver notre jardin », selon Candide de Voltaire, et « Le théâtre est un permis de construire sur la lune » d’Olivier Py.

Quel livre a laissé une trace profonde en vous et pourquoi ?

L’enfant multiple d’Andrée Chedid. Il y est question d’exil, de différence, de solitude et d’humanité. Ce livre m’a bouleversée. J’ai eu le bonheur de rencontrer Andrée Chedid au Salon du livre à Beyrouth, je lui ai parlé de son livre et de son impact sur moi, un moment rare et précieux.

Qu’est-ce qui vous a déçu en littérature ou au théâtre ?

J’ai du mal avec les œuvres de Kafka, à l’exception de La métamorphose que j’avais vue adaptée au théâtre.

Lisez-vous sur tablette ou surfez-vous sur YouTube ? Le numérique est-il votre compagnon ?

Je suis assez YouTube. Le témoignage de Sandrine Bonnaire sur la violence faite aux femmes m’a émue.

Quel personnage de roman ou de théâtre auriez-vous aimé rencontrer ou tout simplement incarner si l’envie d’être devant les feux de la rampe vous prenait ?

Antigone d’Anouilh et Lucrèce Borgia de Victor Hugo. J’ai adoré la mise en scène de Denis Podalydès à la Comédie-Française. De la scénographie à la direction d’acteurs, il a su magnifier le texte de Victor Hugo, j’aimerais aussi rencontrer ce talentueux acteur et metteur en scène…

Que vous apporte la lecture ? Et en quelle langue lisez-vous ? Pouvez-vous quantifier vos lectures ?

Chaque lecture de roman ou de pièce est une invitation au voyage. Je privilégie la langue de Molière pour mes lectures. Une boulimique de lecture ne se rassasie jamais, je ne peux quantifier mes lectures, les livres m’accompagnent tout le long de l’année.

Quelles lectures conseillez-vous à vos amis et vos proches ?

Mes amis sont pour la plupart plongés dans les livres de recettes de cuisine. Je les laisse faire, en particulier l’une d’elles qui m’envoie régulièrement des plats savoureux tels que le poulet au curry, la tarte aux asperges, les brioches, les cakes et la mousse au chocolat…

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Je vais vous citer des livres et pièces d’auteurs que j’ai eu le plaisir de rencontrer et d’apprécier autant que leurs écrits : L’enfant multiple d’Andrée Chedid, La mémoire des cèdres de Jacqueline Massabki, Musée haut Musée bas de Jean-Michel Ribes, Les silences et les mots de Jean Piat, Les feux de la mémoire d’Edwige Feuillère.

Avez-vous jamais imaginé cette pandémie, ce confinement, ces jours ? Quelle leçon en tirez-vous ?

Cette pandémie n’est pas une surprise, ses conséquences par contre oui. Je suis sidérée de voir que les pays dits puissants sont en fait d’une fragilité incroyable. Le confinement par contre a fait naître un formidable élan de solidarité partout dans le monde et une admiration sans bornes pour le personnel soignant.

*Artiste philanthrope, Nadine Mokdessi a offert tous les bénéfices de 23 spectacles à plusieurs associations humanitaires et caritatives dont deux ambulances à la Croix-Rouge et une ambulance à l’hôpital gouvernemental de la Quarantaine.

Une metteuse en scène met-elle en scène son propre confinement ? Et comment ? Le confinement s’est imposé de lui-même, je ne l’ai pas choisi comme je l’aurais fait avec une mise en scène.Vous qui êtes toujours à l’affût de textes intéressants, avez-vous profité du confinement pour lire des livres, des pièces de théâtre ? Je rapporte chaque année du Festival d’Avignon une...
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