... Et de deux !

Journée test pour un peu tout le monde que ce samedi 6 juin qui marque le début d’un nouveau round dans l’épreuve d’endurance engagée contre l’autorité en place par la révolution du 17 octobre 2019.


Plus d’un défi attend cette dernière, le plus évident étant celui du nombre, sur lequel se greffe celui de la diversité dans le nombre. C’est l’énormité des foules descendues dans la rue qui a ébranlé les colonnes du temple mafieux ; mais c’est surtout le caractère bigarré de ces manifestations, rassemblant spontanément des citoyens de toutes appartenances religieuses et conditions sociales, qui a donné ses lettres de noblesse à la révolution. Le Liban pluriel étant ainsi fait, c’est cette magique union sacrée qu’il est vital, pour la contestation, de préserver, quel qu’en soit le prix.


Voilà qui paraît commander la mise en sourdine de tout slogan pouvant prêter à discorde entre manifestants, pour s’en tenir aux impératifs du moment. La priorité va ainsi à la famine qui menace et à la mise en jugement des prévaricateurs. Tout cela sans oublier la répudiation de toute violence, quelles que soient les provocations, car c’est sur ce terrain précis que la répression étatique attend les manifestants au tournant ; elle ne s’est d’ailleurs pas privée de le faire savoir.


Le pouvoir a trouvé un allié inattendu dans le Covid-19, qui a dépeuplé les rues et les places publiques mieux que n’auraient jamais pu le faire les cogneurs de la république. Mais il n’a pas, pour autant, remporté la première manche, et il n’est guère aussi serein qu’il veut le faire croire. Pour cousue de fil blanc que fût la manœuvre, les gouvernants ont ainsi été contraints de déserter le devant de la scène pour s’abriter derrière un gouvernement dit de technocrates non partisans qu’ils surveillent dans ses moindres faits et gestes, qu’ils rabrouent à l’occasion sans même y mettre les formes.


À moitié consentie ou imposée de toute manière par la pandémie, la période de grâce à laquelle pouvait prétendre le Premier ministre a fondu comme neige au soleil. En trois mois de simulacre de règne, les promesses de réforme ont perdu consistance, retardant d’autant toute avancée dans les négociations avec le Fonds monétaire international ; la monnaie nationale a fait le grand plongeon, les prix ont atteint des niveaux astronomiques sans que l’État y mette le holà ; plus d’une denrée essentielle est menacée de pénurie et des multitudes de commerces ont fermé et licencié leurs employés, si bien que plus de la moitié des Libanais vivent désormais sous le seuil de pauvreté.


À ces dossiers en souffrance (c’est bien le cas de le dire), à toutes ces plaies internes demeurées désespérément béantes, sont sur le point de s’ajouter deux échéances nouvelles débordant en gravité le cadre purement libanais. Avec le Caesar Act édicté par l’administration américaine, les sanctions contre la Syrie pourraient également frapper tout État, entité ou même individu convaincu d’aider la dictature baassiste. Comme on s’en doute, les entrepreneurs libanais impatients de contribuer à la reconstruction du champ de ruines syrien ne devraient pas être seuls à redouter le couperet. Ce dernier, en effet, est brandi à l’heure où les piliers du pouvoir libanais plaident pour une normalisation des rapports avec Damas, et où la contrebande de fuel oil subventionné se poursuit tranquillement, en dépit de l’interdit officiel.


Non moins délicate est la situation à la frontière méridionale, à l’approche du renouvellement du mandat de la force intérimaire de l’ONU qui y est stationnée. Innombrables certes sont les violations israéliennes de la souveraineté libanaise, mais c’est aussi la première fois que notre pays se voit rappeler avec autant d’insistance l’obligation de se conformer, lui aussi, aux résolutions internationales interdisant toute présence milicienne dans la région. C’est ce message que délivrait subtilement, il y a quelques jours, le commandant de la Finul recevant dans son QG de Naqoura Hassane Diab. Bien plus explicite était la mise en garde lancée par l’ambassadrice des États-Unis, formulée lors d’une réunion des représentants des cinq grandes puissances au palais présidentiel de Baabda.


Toute police d’assurance – et le déploiement de la Finul en est une – suppose que l’on s’acquitte, pour le moins, de la prime. Au sud comme à l’est, l’heure d’affronter la pile de factures a peut-être sonné pour nos virtuoses de l’esquive.


Issa GORAIEB
igor@lorientlejour.com


Journée test pour un peu tout le monde que ce samedi 6 juin qui marque le début d’un nouveau round dans l’épreuve d’endurance engagée contre l’autorité en place par la révolution du 17 octobre 2019.


Plus d’un défi attend cette dernière, le plus évident étant celui du nombre, sur lequel se greffe celui de la diversité dans le nombre. C’est l’énormité...