Un problème récurrent

Un tournant, et non des moindres au plan régional, et vraisemblablement un facteur supplémentaire de discorde et de blocage sur la scène locale : ce mois de juin, qui s’amorce avec des scènes d’émeutes « à la libanaise » dans plusieurs grandes villes américaines, sera marqué plus près de nous par l’entrée en vigueur de la loi César (le Caesar Syrian Civilian Protection Act). Promulguée en décembre 2019 par le président Donald Trump après son approbation à une écrasante majorité bipartisane par le Sénat américain (86 voix contre 8) et la Chambre des représentants (377-48), cette loi impose de lourdes sanctions au régime syrien et à Bachar el-Assad en personne d’abord, mais surtout à toute personne, société, institution ou tout gouvernement qui apporterait une quelconque aide au pouvoir en place à Damas.

Cette nouvelle donne ne pouvait pas plus mal tomber pour le Liban, ou bien au contraire, elle tombe plutôt à point nommé, selon que l’on se place d’un côté ou de l’autre de la barricade. L’application de ce Caesar Act intervient en effet dans un contexte local de plus en plus tendu marqué par un débat fiévreux portant sur les fondements de la formule libanaise et, surtout, sur les choix économiques que devrait faire le Liban dans la conjoncture présente.

Avec la loi César, ce débat devrait être, sur le plan du principe, rapidement tranché, mais malgré tout, de nombreuses voix s’élèvent dans les milieux du Hezbollah réclamant une réorientation de l’économie libanaise vers « l’Est » au lieu de se limiter uniquement à l’Occident ! En clair, à entendre ces milieux, il faudrait désormais privilégier les rapports économiques avec la Syrie et l’Iran, avec comme support la Chine… Pourquoi, en effet, ne pas calquer notre système économique sur le modèle des rapports entre la famille Assad et Rami Makhlouf, à titre d’exemple, ou aussi sur celui des circuits paraétatiques façonnés et entretenus par les pasdaran, notamment en Amérique du Sud et en Syrie où le tri démographique sectaire bat son plein ?

Cette proposition de « recentrage » de l’économie libanaise vers l’est en mettant une sourdine aux rapports avec l’Occident aurait pu paraître en première analyse quelque peu farfelue si elle ne reflétait pas en profondeur un positionnement politique et doctrinal propre au parti pro-iranien. Est-ce ainsi un pur hasard si l’appel à s’aligner économiquement sur l’axe irano-syrien, avec l’Irak en prime, a coïncidé avec deux développements majeurs : l’approche de l’entrée en vigueur de la loi César et l’amorce des difficiles négociations avec le Fonds monétaire international en vue de l’obtention d’une aide financière occidentale ? Un média proche du Hezbollah s’interrogeait pas plus tard qu’hier sur le fait de savoir si le gouvernement libanais comptait « adopter » la loi César. Pour le parti chiite, plaider en faveur d’un alignement (hypothétique) sur l’Est permettrait de faire d’une pierre deux coups : entraîner le gouvernement sur la voie d’une fronde contre la loi César, et torpiller les discussions avec le FMI, dans l’espoir d’une distanciation avec l’échafaudage économique occidental.

Un tel schéma économique isolationniste s’inscrit parfaitement aussi bien dans la doctrine du Hezbollah que dans le projet hégémonique régional de son parrain iranien. Lorsqu’il a affirmé, dans son prêche de la fête du Fitr, que le Liban a été « créé pour servir les intérêts du colonialisme », le mufti jaafarite Ahmad Kabalan ne faisait que reprendre l’essence de l’une des clauses du document fondateur du Hezbollah, publié en date du 17 février 1985, qui stigmatise « le système en place au Liban qui est une émanation de l’arrogance mondiale » (entendre le monde occidental). De là à établir un lien (par ricochet) entre d’une part ces desseins économiques et politiques, et d’autre part les velléités à peine voilées du Hezbollah de contrôler les circuits économiques du pays et, surtout, le secteur bancaire – en torpillant celui qui est en place –, il n’y a qu’un pas que nombre d’observateurs avertis ne manquent pas de franchir.

Ces efforts soutenus du parti pro-iranien visant à pousser le pays à épouser son alignement politico-économico-idéologique posent un problème de fond qui n’est pas nouveau dans l’histoire contemporaine du pays et qui rejaillit de manière épisodique, à savoir la volonté récurrente de l’une ou l’autre des composantes nationales de pratiquer une politique des axes à l’échelle régionale. Le pays en a fait les frais avec l’expérience nassérienne, la doctrine Eisenhower, l’épisode palestinien, l’accord du 17 mai, les occupations syrienne et israélienne… Chaque tendance centrifuge s’accompagnait d’une discorde interne, voire d’une guerre fratricide.

Le séisme actuel qui frappe les Libanais apporte malencontreusement la preuve que nous n’avons pas encore tiré la leçon du passé, en l’occurrence que la neutralité positive à l’égard des conflits régionaux reste la seule voie possible susceptible de garantir au Liban une stabilité pérenne pour gérer de façon durable le pluralisme sociocommunautaire du pays du Cèdre.


Un tournant, et non des moindres au plan régional, et vraisemblablement un facteur supplémentaire de discorde et de blocage sur la scène locale : ce mois de juin, qui s’amorce avec des scènes d’émeutes « à la libanaise » dans plusieurs grandes villes américaines, sera marqué plus près de nous par l’entrée en vigueur de la loi César (le Caesar Syrian Civilian...

commentaires (12)

La sollicitude de certains libanais envers les dictateurs tels que Poutine, Xi Jinping et les mollahs et Assad me sidère. Si ces pays avaient le moindre respect pour leur population dans ces trois pays où les riches le sont à en avoir honte et les pauvres à en pleurer et qui sont traités comme des moins que rien on aurait peut être réfléchi à deux fois. Mais qu’un seul libanais les prenne en exemple, s’en est trop. La dictature n’a jamais inspiré un peuple libre et fier tels que les libanais et tous nos efforts et nos souffrances en témoignent. NON, nous ne voulons pas que ces gens là nous aident ni même ne s’approchent de notre beau petit pays et nous ferons de tout pour les en empêcher. Plutôt mourir que subir ses lunatiques égocentriques qui n’œuvrent que pour une seule chose: leur gloire personnelle même s’ils doivent enfourcher les corps de leurs dévoués. Résistance et obéissance, voilà deux vertus du citoyen. Par L’obéissance il assure l’ordre et par la résistance il assure La Liberté. LIBANAIS A VOUS DE CHOISIR.

Sissi zayyat

14 h 03, le 03 juin 2020

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Commentaires (12)

  • La sollicitude de certains libanais envers les dictateurs tels que Poutine, Xi Jinping et les mollahs et Assad me sidère. Si ces pays avaient le moindre respect pour leur population dans ces trois pays où les riches le sont à en avoir honte et les pauvres à en pleurer et qui sont traités comme des moins que rien on aurait peut être réfléchi à deux fois. Mais qu’un seul libanais les prenne en exemple, s’en est trop. La dictature n’a jamais inspiré un peuple libre et fier tels que les libanais et tous nos efforts et nos souffrances en témoignent. NON, nous ne voulons pas que ces gens là nous aident ni même ne s’approchent de notre beau petit pays et nous ferons de tout pour les en empêcher. Plutôt mourir que subir ses lunatiques égocentriques qui n’œuvrent que pour une seule chose: leur gloire personnelle même s’ils doivent enfourcher les corps de leurs dévoués. Résistance et obéissance, voilà deux vertus du citoyen. Par L’obéissance il assure l’ordre et par la résistance il assure La Liberté. LIBANAIS A VOUS DE CHOISIR.

    Sissi zayyat

    14 h 03, le 03 juin 2020

  • Excellente analyse et évaluation parfaitement objective de la situation sur la scène politique intérieure et régionale. Conclusion tout à fait juste, il faudrait aller même plus loin et s'activer avec les libanais de tous bords, pour essayer, face à cette lamentable habitude de certaines composantes politiques de s'affilier à des forces étrangères et de ramer à contre courant, foulant à leurs pieds la Souveraineté Nationale, d'obtenir une"NEUTRALITE" permanente tout en respectant les traités et engagements divers signés par l'Etat.

    Salim Dahdah

    11 h 07, le 03 juin 2020

  • Le fiacre ne peut avancer que lorsqu'il est tiré par un ou deux chevaux allant dans le même sens. C'était ainsi à la Place des Canons en face du Petit-Sérail dans les années 30. Le fiacre "Liban" depuis l'entrée du Hezbollah dans la danse macabre de notre patrie, est tiré par quatre chevaux tirant chacun vers un des quatre points cardinaux de la planète Terre et ce, jusqu'à la dislocation du fiacre par la volonté du nouvel empire perse. Je regrette amèrement le temps du Mandat français (1920-1943).

    Honneur et Patrie

    17 h 46, le 02 juin 2020

  • La fin de l'article parle de cette fameuse neutralité qui , tant qu'Isrqel existe , ne peut que se rçeduire à la distantiation . Le cher Michel oublie ici que ce sont les accords de Taef , rédigés à l'époque par les américains et présentés par les wahabites comme leur plan génial pour mettre fin au conflit inter-libanais , eh bien, ces accords de Taef ont été conçus pour mettre le Liban sous le contrôle direct des américano-wahabites : Ce sont ces accords de Teaf qui ont empèché le Liban d'adherer à une saine politique de distanciation entre les wahabites et les iraniens , en se mettant carrément sous l'influence des premiers . Ce ne sont guère les iraniens qui ont empèché notre distanciation, mais bien les seoudiens . Je suis éberlué par cette tendance volontaire à ne regarder les choses que d'un seul còté . L'Orient-le-Jour manque toujours les occasions d'être impartial. TOUJOURSª

    Chucri Abboud

    16 h 23, le 02 juin 2020

  • LES ETATS-SNIS VONT À LA DÇERIVE TOTALE , ILS SONT AU DÉBUT DE LEUR DÉCADENCE POLITIQUE ET MORALE, C'EST INEXORABLE , ÇA SENT LA FIN DE L'EMPIRE . LA SAINTE RUSSIE ET LA CHINE OFFRENT DES GARANTIES PLUS EFFICACES DE SOLIDARITÉ ET DE SÉRIEUX - SAINT VLADIMIR EST INCONTOURNABLE . BIENTÔT L'EUROPE NE POURRA PLUS EXISTER SI LA rUSSIE N'EST PAS APPELÉE À REJOINDRE L'UNION - SOYONS POUR UNE FOIS PLUS PRÉVOYANTS ET FAISONS UN GRAND X SUR L'HÉGÉMONIE NÉFASTE DES INSUPPORTABLES YANKEES . NOTRE AVENIR N'EN SERA QUE SERA PLUS RAIYONNANT .

    Chucri Abboud

    16 h 14, le 02 juin 2020

  • Tant que nous n’avons pas d’hommes à la tête de l’état et dans le gouvernement, le CAÏD dictera ses lois et les sous hommes les appliqueront tête baissée... Il faut une union sacrée pour sauver ce pays. EST CE QU’IL Y A QUELQU’UN???? Attendre le bon vouloir des vendus pour cesser l’occupation de notre pays ne fonctionnera pas, les négociations non plus. Qu’on se le dise et assez de lâcheté les citoyens n’en peuvent plus.

    Sissi zayyat

    15 h 15, le 02 juin 2020

  • l’épisode palestinien, VOUS APPELEZ 150000 MORTS ET PLUS D'UN MILLION D'IMMIGRES UN " EPISODE " Non monsieur c'est un crime contre le Liban rien a comparer avec les autres episodes mentionnes

    LA VERITE

    14 h 01, le 02 juin 2020

  • mon texte est parti avant sa fin Au Liban c'est un ras le bol contre les politiciens et l a revindication est un changement de touye la classe gouvernante les " emeutes " Libanaises sont encore enfantilles et aucune arme n'a ete employe contre ce regime ignoble LA VERITE LE VRAI JOUR AU LIBAN COMMENCERA QUAND LA REVOLUTION COMPRENDRA QUE LES POLITICIENS NE VEULENT RIEN LACHES ET QUE LE RECOURT AUX ARMES DEVIENT NECESSAIRE SOIT PAR LE PEUPLE SOIT PAR UNE REVOLUTION A LAQUELLE S EJOINT L'ARMEE LIBANAISE CAD UN COUP D'ETAT AUTREMENT TOUT RESTERA EN L'ETAT ET ON CONTINUERA A CREVER DE FAIM ET A EMIGRER VIVEMENT CE COUP D'ETAT DE L'ARMEE AU PLUS VITE AVANT QU'IL NE REST E PLUS RIEN A SAUVER

    LA VERITE

    13 h 58, le 02 juin 2020

  • qui s’amorce avec des scènes d’émeutes « à la libanaise » Les emeutes au Liban a ce jour sont des enfantillages par rapport a ceux d'Amerique et les causes sont differentes Aux Etats Unis se sont des emeutes spontannees du a un ras le bol d'une couche de la population qui pense que les noirs sont encore sous un esclavage meme different d'avat

    LA VERITE

    13 h 53, le 02 juin 2020

  • oui ,charité bien ordonnée commence par soi meme !J.P

    Petmezakis Jacqueline

    08 h 04, le 02 juin 2020

  • LA GANGRENE N,A PAS DE MEDICATION. IL FAUT COUPER LA PARTIE ATTEINTE POUR SAUVER LE CORPS.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    07 h 12, le 02 juin 2020

  • La Russie, la Syrie et l’Iran n'ont jamais donnés un sou au Liban et n'ont pas de sous à lui donner. La Chine ne finance même plus ces pays. Ce n'est pas parce qu'on veut acheminer des produits Libanais vers l'Irak à travers le territoire Syrien qu'il faut rejoindre le clan Syro-Iranien. C'est un chantage. Les problèmes économiques du Liban ne sont pas dus aux sanctions US contre le Hezbollah qui ont débutées il y a trois ans mais à la mauvaise gouvernance, le clientélisme, le vol des richesses du pays, les expansions et interférences internes et régionales du Hezbollah, et la présence lourde des réfugiés Syriens que le régime a peur de rapatrier. Le Hezbollah n'est pas à la hauteur des responsabilités qu'il veut faire assumer aux autres.

    Zovighian Michel

    05 h 39, le 02 juin 2020