Portrait

Álvaro Saieh, banquier passionné de Renaissance italienne

Économiste, homme d’affaires et mécène d’origine libanaise, il est la quatrième personne la plus riche du Chili. Il contrôle Corpbanca, la quatrième plus grande banque privée du pays avec 27,3 milliards de dollars d’actifs, et possède une des plus importantes collections d’art de la Renaissance italienne.

Vue de l’exposition de la collection Alana au Musée Jacquemart-André, à Paris, en octobre dernier. Photo tirée du site du musée

Álvaro Saieh, dont la fortune est estimée par le magazine Forbes à 1,3 milliard de dollars (contre 3 milliards l’an passé), est d’origine palestino-libanaise. Son père Jose Saieh a pris la route des Andes à la fin de la Seconde Guerre mondiale et s’est installé à Villanueva, dans le département de la Guajira, en Colombie. C’est là qu’est né, le 14 septembre 1949, Álvaro Saieh. Sa mère, Elena Bendeck Olivella, est colombienne.

Il a trois ans lorsque ses parents s’établissent à Talca au Chili, à 250 km au sud de Santiago. Dans cette ville, où l’économie est basée principalement sur l’agriculture et le commerce, ils fondent une entreprise de vente de vêtements et d’équipements d’appareils électriques.

À 17 ans, le jeune Álvaro a déjà un goût prononcé pour la gestion et la finance. Il s’inscrit à l’université du Chili, à Santiago, où il décroche sa licence d’ingénieur commercial avant d’aller poursuivre des études en économie à l’université de Chicago, aux États-Unis. En 1980, son doctorat en poche, il fait ses premiers pas dans la vie active dans le secteur public en tant que conseiller au ministère du Logement et de l’Urbanisme, puis du ministère des Travaux publics et, enfin, en tant que conseiller auprès de la Banque centrale du Chili.

Le banquier et les 8 % de parts de marché

En 1986, il est approché par des investisseurs chiliens d’origine palestinienne, dont le magnat de la finance Carlos Abumohor Touma. Ils lui demandent de s’associer à eux et de trouver une banque à acheter. Le Chili sortait alors d’une crise financière aiguë qui avait conduit à la nationalisation de la plupart des banques, et le gouvernement était prêt à les revendre. Saieh fixe son choix sur Banco Osorno mise sur le marché pour 10 millions de dollars. Une décennie plus tard, le groupe des investisseurs, connu sous le nom de Groupo Saieh, la revend à la Banco Santander Chile pour un milliard de dollars. Entre-temps, l’économiste avait jeté son dévolu sur un autre établissement bancaire en difficulté, Banco Concepción, dont il fait la quatrième plus grande banque privée du Chili, avec une part de marché proche de 8 %. Dirigée par Jorge Andrés Saieh, le fils d’Álvaro, celle-ci est désormais connue sous le nom de CorpBanca, et ouvre des succursales dans plusieurs pays d’Amérique latine tels le Pérou, l’Argentine et la Colombie, et des bureaux à Madrid et à New York.



Vue de l’exposition « La collection Alana » au Musée Jacquemart-André, à Paris, en octobre dernier. Photo tirée du site du musée

Hôtels, médias et supermarchés

Et ce n’est pas tout. Car au cours des années, Groupo Saieh va étendre ses activités à divers domaines en créant CorpGroup, une holding qui investit dans les secteurs de la grande distribution, de l’immobilier, de l’hôtellerie et des médias. Ainsi, en 2007, plus de 58 chaînes opèrent dans différents secteurs : commerce de gros, commerce de proximité, supermarchés et matériaux de construction. La société VivoCorp, elle, regroupe toutes les activités immobilières de CorpGroup, avec 60 centres commerciaux. La holding compte également sept médias de presse écrite et trois radios, et détient à Santiago le Grand Hyatt et le huppé Hyatt Vitacura, ainsi que 50 % du capital du groupe mexicain City Express Hotels.

Si Álvaro Saieh est une personnalité très importante du monde des affaires et de la finance, et un magnat de la presse chilienne, il est aussi un grand mécène et un passionné de l’art, membre du conseil d’administration du Metropolitan Museum of Art de New York, du musée du Prado, du musée national centre d’art Reina Sofía, du théâtre royal de Madrid, du Metropolitan Opera, de la Hispanic Society of America et d’El Museo del Barrio à New York, dédié aux arts latino-américains et portoricains. Il faut dire que, depuis sa jeunesse, Saieh est mordu par l’art. En parallèle de sa formation en économie, il avait obtenu un Master of Arts de l’Université de Chicago.



Vue de l’exposition de la collection Alana au Musée Jacquemart-André, à Paris, en octobre dernier. Photo tirée du site du musée

La collection Alana

Cela allait de soi pour Saieh de créer une fondation culturelle. La CorpArtes est cofondée en 2002 avec l’une de ses cinq enfants, Maria Soledad, pour promouvoir au Chili les arts dans les domaines de la littérature, des arts visuels, du théâtre, de la musique et du film. Dotée d’une maîtrise en administration des affaires du Massachusetts Institute of Technology et en arts au Hayman Center for Philanthropy and Fundraising de l’Université de New York, Soledad a créé le Festival international du film de Santiago et contribué au développement et à la commercialisation de longs-métrages. Elle a également dirigé la foire internationale d’art, Chili Arte Contemporáneo, jusqu’à son décès en 2017 à l’âge de 45 ans suite à un œdème pulmonaire qui a provoqué un infarctus.

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C’est elle qui gérait également la collection Alana, nom issu de la contraction des prénoms d’Álvaro et d’Ana Guzmán, son épouse. Ce couple de milliardaires, grands amateurs d’art, a rassemblé plus de 400 chefs-d’œuvre de la peinture italienne des XIVe, XVe et XVIe siècles. Lors d’une vente aux enchères en octobre dernier, le Chilien n’a pas hésité à sortir son carnet de chèques, mettant 27 millions d’euros sur la table pour une peinture sur bois (20 x 26 centimètres), vieille de 739 ans. L’œuvre attribuée au maître de la pré-Renaissance italienne, Cenni di Pepo, dit Cimabue (né vers 1240 à Florence), avait été trouvée lors d’un inventaire à Compiègne sous une plaque de cuisson chez une dame placée dans une institution pour personnes âgées! Selon la Gazette de l’hôtel Drouot, Álvaro Saieh avait démissionné, peu avant la vente, du conseil d’administration du Metropolitan Museum of Art de New York afin d’enchérir librement. Toutefois, le certificat d’exportation de l’œuvre n’a pas encore été accordé par l’État français. Le tableau ayant été classé trésor national par le ministère de la Culture, interdisant pendant trente mois sa sortie du territoire français et laissant au musée du Louvre le temps de rassembler les fonds nécessaires à son acquisition.

Bien connue des historiens de l’art, la prestigieuse collection Alana n’avait jamais été présentée au public. Le couple Saieh ne prête que très rarement quelques pièces à l’occasion d’expositions temporaires. Pour la première fois, en octobre 2019, elle a été dévoilée au Musée Jacquemart-André, à Paris. Quatre-vingts tableaux, sculptures et objets d’art y ont été exposées. Des chefs-d’œuvre des plus grands maîtres italiens comme Lorenzo Monaco, Fra Angelico, Uccello, Lippi, Bellini, Carpaccio, Le Tintoret, Véronèse, Bronzino ou Gentileschi, et d’autres artistes moins connus.


Álvaro Saieh, dont la fortune est estimée par le magazine Forbes à 1,3 milliard de dollars (contre 3 milliards l’an passé), est d’origine palestino-libanaise. Son père Jose Saieh a pris la route des Andes à la fin de la Seconde Guerre mondiale et s’est installé à Villanueva, dans le département de la Guajira, en Colombie. C’est là qu’est né, le 14 septembre 1949, Álvaro...

commentaires (1)

L'exposition à Paris était absolument magnifique mais ce brave a fait fortune grâce, sans doute, à son travail mais aussi et probablement surtout au sinistre sire Pinochet arrivé au pouvoir le 11 septembre 1973. Il ne faut pas oublier.

TrucMuche

12 h 52, le 20 mai 2020

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Commentaires (1)

  • L'exposition à Paris était absolument magnifique mais ce brave a fait fortune grâce, sans doute, à son travail mais aussi et probablement surtout au sinistre sire Pinochet arrivé au pouvoir le 11 septembre 1973. Il ne faut pas oublier.

    TrucMuche

    12 h 52, le 20 mai 2020