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Ces couples confinés

Hala Matta et Saleh Barakat, à l’ombre des arbres

C’est dans un petit village du Chouf que le couple et leurs deux enfants Jude et Moey (10 et 12 ans) profitent des bienfaits d’un confinement tout en quiétude et bonheur de vivre.

Hala Matta Barakat a toujours été du matin, prête à malaxer la terre dans son atelier de céramique. Photo Cherine Jokhdar

Il est galeriste depuis 1991. Il trouve son équilibre en forme de résonance entre lui-même et ce qui l’observe. Attentif au beau, il le côtoie et le défend.

Elle a été d’abord dans le domaine de la finance, puis dans celui du luxe (directrice marketing chez Louis Vuitton à Paris) pour finalement tout abandonner, afin de s’adonner à l’art de la céramique. Formée au départ à l’atelier de Nathalie Khayat, elle ouvre son propre espace et rejoint ainsi son époux à la croisée des chemins, ceux de la beauté et de la création.


Saleh Barakat, citadin farouche et heureux entre les murs de sa galerie, se découvre une fibre forestière. Photo Cherine Jokhdar

Un comprimé de vert tous les jours
Aujourd’hui, Hala Matta et Saleh Barakat sont confinés dans un petit village du Chouf, entre Botmé et Maasser el-Chouf. Dans une maison dont la construction avait été entamée il y a quelque temps, mais qui ne voyait ses propriétaires que très peu, durant les week-ends, et encore… Les pots de peinture traînaient dans la cave et les pinceaux baignaient dans les seaux d’eau. « Pas le temps de nous en occuper, avoue le couple Barakat, tout allait beaucoup trop vite. À peine réveillés, il fallait se mettre à courir ; à peine couchés, il fallait déjà se réveiller. » Et voilà que tout se figeait par enchantement, comme si un dieu bienfaiteur avait posé son index sur cette terre qui tournait et l’avait immobilisée. Vite réapprendre à vivre avant qu’elle ne se remette à tourner. Voilà ce que Saleh et Hala Barakat font depuis le 15 mars et avouent, elle un peu plus que lui, ne pas vouloir reprendre la vie d’avant ou alors… en la modifiant. Dans cette maison retranchée au milieu de la forêt, Saleh Barakat, citadin farouche et heureux entre les murs de sa galerie, se découvre une fibre forestière. Bien sûr, les scientifiques, les chercheurs et les médecins n’ont pas arrêté de le répéter, bien sûr on a lu des rapports, des études approfondies, vu des reportages montrant combien il était bénéfique pour la santé et le moral de se tourner vers la nature, mais il a fallu à Saleh Barakat un geste pour le réaliser ; poser ses mains sur les arbres de la forêt. Et voilà qu’il apprend à dialoguer avec eux, à les débroussailler, à les soigner en les élaguant à la scie sauteuse, à couper les tiges moins développées. Il entraîne ses enfants avec lui dans cette entreprise pour réaliser que la clé d’une vie harmonieuse était un comprimé de vert tous les jours.Quant à Hala Barakat, le confinement n’a jamais vraiment modifié son train de vie.

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Elle qui a toujours été du matin, prête à pétrir et à malaxer la terre dans son atelier, elle retrouve cette terre nourricière qu’elle avait apprivoisée en plongeant ses mains dedans depuis déjà des années. Confinée avec sa grande complice, ses enfants Jude et Moey (10 et 12 ans) et son époux, rien ne lui manque.



Saleh Barakat, citadin farouche et heureux entre les murs de sa galerie, se découvre une fibre forestière. Photo Cherine Jokhdar

Nature et découverte
« On a eu beaucoup de chance de pouvoir se confiner dans cette demeure, confie le galeriste. L’espace ne manque pas et quand les tensions augmentent, on a le privilège de pouvoir se retirer chacun de son côté. »

Après le petit déjeuner partagé en famille, le galeriste s’en va dans la forêt, l’artiste retrouve sa céramique et les enfants (« très consciencieux », avoue le couple) étudient. Pour l’arabe, c’est leur père qui se charge de les orienter.

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Le confinement rapproche ou éloigne, le confinement dévoile ou déguise. Chez les Barakat, le bilan est positif. Lui découvre que son épouse est une excellente administratrice et qu’elle tient parfaitement bien la situation. À son tour, elle découvre qu’elle a épousé un herbivore, qui rapporte tous les jours des herbes aux noms improbables pour en faire des salades (balaassoun) ou qui cuisine une mouloukhyié sans mouloukhyié, à base de khebbayzé. « Il est vrai, dit-elle, que j’aurais bien aimé un petit baba au rhum de temps à autre de chez mon pâtissier préféré à Beyrouth », mais exit le sucre et les aliments toxiques, désormais elle se contentera de nourritures terrestres naturelles. Ou intellectuelles, en se replongeant dans les œuvres de Romain Gary. « Rien ne nous manque pour être heureux, dit Saleh Barakat, à part l’envie de revoir mon équipe de travail, mes artistes et ma galerie. »

Très impressionné par les bienfaits de la nature, il regrette néanmoins d’avoir mis tant de temps pour réaliser que la vraie source du beau se trouvait là.

À la sortie du confinement, la vie ne sera plus pareille. Hala Barakat aspire à vivre en toute simplicité, à prendre son temps, loin des corvées et des exigences sociales, en marge de la société de consommation, et Saleh Barakat se promet de ne plus jamais rester longtemps loin de sa nouvelle passion, la nature.


Il est galeriste depuis 1991. Il trouve son équilibre en forme de résonance entre lui-même et ce qui l’observe. Attentif au beau, il le côtoie et le défend.

Elle a été d’abord dans le domaine de la finance, puis dans celui du luxe (directrice marketing chez Louis Vuitton à Paris) pour finalement tout abandonner, afin de s’adonner à l’art de la céramique. Formée au...

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