Comme une tempête dans un verre d’eau, la récente tentative de Baha’, homme d’affaires et fils aîné de l’ancien Premier ministre assassiné Rafic Hariri, de s’installer sur le devant de la scène politique a fait long feu. Il est vrai que le timing choisi n’était pas très heureux puisqu’il a été vite neutralisé par un soudain regain d’activité du coronavirus. Ce qui a poussé le gouvernement à revenir aux consignes strictes du confinement. Mais selon de nombreux observateurs, il ne s’agit que d’une partie remise, Baha’ Hariri ayant pris selon eux la décision de s’imposer sur la scène politique libanaise, après avoir donné sa chance à son frère Saad pendant plus de 15 ans.
Selon des sources sunnites hostiles au courant du Futur, le projet de Baha’ Hariri n’est pas du tout condamné d’avance. En fait, le fils aîné de Rafic Hariri prépare son arrivée sur la scène politique depuis quelques années déjà. En novembre 2017, lors de l’épisode de la démission forcée de son frère depuis Riyad, son nom avait été avancé pour présider le nouveau gouvernement, mais des informations avaient circulé à l’époque sur un refus de la famille Hariri d’accepter le leadership de Baha’, alors que le sort de son frère était inconnu. On se souvient aussi de la déclaration fracassante du ministre de l’Intérieur de l’époque Nouhad Machnouk, dans laquelle il avait dit que « les sunnites du Liban ne sont pas un troupeau ». Saad Hariri était donc rentré triomphalement au pays et son frère avait dû renoncer à son projet.
Aujourd’hui, après le mouvement de protestation populaire déclenché le 17 octobre qui avait poussé le chef du gouvernement précédent à une démission non concertée avec ses partenaires, Baha’ Hariri estimerait qu’il y a désormais une place à prendre, surtout en cette période de crise sociale et économique aiguë qui se traduit par un véritable malaise au sein de la communauté sunnite au Liban. Selon les sources précitées, d’une part l’actuel président du Conseil Hassane Diab n’essaie pas de gagner la rue sunnite. Il ne tient pas un langage de leader populaire et répète à qui veut l’entendre qu’il ne cherche pas à fonder une dynastie ou un parti politique. D’autre part, Saad Hariri a perdu en popularité d’abord à cause de sa sortie du pouvoir, ensuite en raison des décisions qu’il a prises au cours des dernières années qui l’ont montré comme le partenaire le plus faible du fameux « compromis présidentiel » qui avait porté Michel Aoun à la présidence de la République et l’a amené, lui, à la tête du gouvernement, et enfin à cause de ses difficultés financières. Des handicaps que Baha’ Hariri n’a pas actuellement. Ce dernier aurait donc pris la décision de tenter sa chance en préparant dès maintenant une entrée qu’il veut fracassante au Parlement à travers les prochaines législatives auxquelles il compterait participer en formant des listes dans la plupart des circonscriptions. Mais pour cela, il devrait déjà s’imposer sur la scène populaire et c’est ce qu’il compterait faire en cherchant à profiter des erreurs de son frère. Les sources sunnites hostiles au courant du Futur avancent même que Baha’ Hariri bénéficierait d’un feu vert américain, notamment de la part du Parti démocrate et de certaines parties influentes aux États-Unis, tout comme il aurait obtenu une sorte de neutralité positive de la part des États du Golfe, alliés traditionnels des leaders sunnites au Liban. C’est ainsi que, selon les mêmes sources, la visite de l’ambassadeur d’Arabie saoudite au Liban à Saad Hariri il y a trois jours a été faussement interprétée comme un message d’appui de la part des autorités saoudiennes à ce dernier, alors qu’en réalité le message délivré par l’ambassadeur Walid Boukhari portait essentiellement sur la nécessité d’apaiser la rue sunnite.
Selon ces mêmes sources, Baha’ Hariri aurait donc toutes ses chances et il a sciemment choisi d’entamer ses activités politiques assez tôt pour ne pas être accusé d’avoir été parachuté juste avant les élections législatives.
Mais face à cette approche, il y en a une autre qui dit que Baha’ a raté son arrivée et qu’au contraire, il a permis à son frère Saad de faire remonter ses chances auprès de la plupart des parties politiques locales. Selon cette seconde approche, à peine le nom de Baha’ Hariri a-t-il commencé à circuler dans les milieux politiques et populaires qu’il y a eu une sorte de levée de boucliers en faveur de son frère. Le « maître des surprises », le chef du Parti socialiste progressiste Walid Joumblatt, s’est rendu chez Saad Hariri dans un message clair de soutien. En filigrane, derrière l’appui du leader druze, se profile l’appui du président de la Chambre Nabih Berry qui n’a jamais caché sa préférence pour le retour du cadet des Hariri à la tête du gouvernement. Le chef des Marada, Sleimane Frangié, et même Nouhad Machnouk, qui semblait avoir pris ses distances avec l’ancien Premier ministre, lui ont aussi réitéré leur appui. Même du côté du Courant patriotique libre que Saad Hariri n’a pas ménagé récemment, il n’y a eu aucune tentative de miser sur Baha’ au détriment de son frère. Le chef du CPL, Gebran Bassil, avait même, dans un tweet relativement récent, évoqué la possibilité du retour du chef du courant du Futur à la tête du gouvernement, tout en précisant toutefois qu’à la lumière de ses dernières prises de position, « le chemin pour lui sera plus long ». De même, le retour aux mesures strictes du confinement a mis un terme aux protestations populaires qui avaient repris, en particulier à Tripoli et à Saïda, et sur lesquelles Baha’ Hariri semblait miser. Tous ces éléments ont donc atténué en quelque sorte le choc que ce dernier voulait provoquer au sein de la rue sunnite.
Selon plusieurs sources politiques, la tentative de Baha’ Hariri a donc perdu de son impact et a permis à son frère Saad de resserrer les rangs autour de lui, la plupart des parties politiques locales laissant entendre qu’avec lui, au moins, elles savent à quoi s’en tenir, alors que dans cette période particulièrement difficile, le pays ne supporterait pas de nouvelles aventures aux résultats non garantis ni de nouveaux conflits.


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine
Le Liban restera malheureusement toujours à la merci des dynasties existantes depuis des lustres. Sans compter l'héritage forcé de pères en fils. N'en parlons pas non plus de la présence exécrable des religieux qui se permettent de faire la pluie et le beau temps en défendant l'indefendable.
08 h 48, le 15 mai 2020