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Éclairage

Jusqu’où ira la mise en quarantaine des musulmans en Inde ?

L’exclusion de cette communauté de 182 millions de personnes a débuté bien avant le Covid-19, mais elle s’est renforcée et a été systématisée à la faveur de la crise sanitaire.


Un magasin vandalisé dans le quartier de Bhajanpura, à New Delhi, lors de violences envers les musulmans, le 24 février 2020. Sajjad Hussain/AFP

Peut-on parler, comme le fait la romancière et activiste indienne Arundhati Roy, d’une « approche génocidaire » pour qualifier la politique de discrimination systématique du gouvernement nationaliste de Narendra Modi à l’égard des 182 millions de musulmans en Inde ? L’usage de l’expression fait débat. Pour certains, elle incarne la détérioration de la situation. « L’emploi du terme » génocidaire « reflète, d’une part, la propension du gouvernement à nourrir une islamophobie galopante et, d’autre part, le relais systématique des médias vendus au pouvoir », observe Prashant Bhushan, avocat à la Cour suprême indienne et militant politique.

D’autres réfutent le terme. « Je ne qualifierais pas la situation en ces termes : nous assistons à l’émergence d’une politique qui vise à redéfinir les termes d’appartenance à la nation indienne, ce qui se fera par des lois, mais aussi via des normes et coutumes sociales », estime Milan Vaishnav, directeur du programme Asie du Sud au centre Carnegie Endowment for Peace. Pour d’autres encore, il est trop tôt pour poser un diagnostic. « Je ne voudrais pas commenter dans l’immédiat, il s’agit d’une situation en développement à laquelle il faudra certainement rester vigilant », note le Dr Priyasha Kaul, sociologue à la Ambedkar University Delhi (AUD).

Corona-jihad
Mais au-delà du choix des mots, le débat est révélateur de la tendance. Et le constat est unanime : l’arrivée de l’épidémie marque une nouvelle flambée des pratiques autoritaires, des crimes haineux et des méthodes répressives à l’encontre des musulmans, mais aussi des étudiants, journalistes et autres voix dissidentes.

« C’est le contexte plus large d’une fracture sociale croissante, de stigmatisation et de haine qui a défini la manière dont le pays fait l’expérience du coronavirus, aboutissant à ce que la communauté musulmane soit aujourd’hui devenue le bouc émissaire de cette crise », observe le Dr Kaul. La sociologue fait notamment référence aux accusations des autorités à l’encontre des musulmans, soupçonnés d’avoir propagé le virus. C’est le discours connu en Inde sous le terme de « corona-jihad », signe que le virus a catalysé les tensions et accentué la diabolisation de toute une communauté.

On observe « une communautarisation de la rhétorique post-Covid, certains parlant de virus islamique : il est clair qu’un rassemblement musulman à Delhi a été un vecteur de diffusion, mais c’est loin d’être le seul », note pour sa part Milan Vaishnav. « Les marchands de fruits et légumes musulmans font de plus en plus l’objet de menaces et de violences lorsqu’ils pénètrent dans des zones résidentielles hindoues afin de vendre leurs produits », remarque Arfa Khanum, journaliste politique basée à New Delhi. À l’image également de cette vidéo ayant fait le tour des réseaux sociaux, où un habitant hindou refuse une commande sous prétexte que le livreur est musulman.

Fin de l’idéal démocratique

Mais les manifestations de violence trouvent leurs origines bien en amont de la crise sanitaire, rendues possibles ou préparées par plusieurs années de normalisation des discriminations à l’encontre des musulmans. En 2014, l’arrivée au pouvoir de Narendra Modi marque l’entrée du pays dans une période trouble caractérisée par la surenchère nationaliste promouvant l’« hindouité » et pratiquant l’autoritarisme. La montée des violences communautaires se manifeste par la multiplication des lynchages et émeutes antimusulmans. En 2019, l’islamophobie s’inscrit dans le droit avec l’adoption du Citizenship Amendment Act, qui introduit la religion comme critère d’accès à la citoyenneté et exclut les musulmans.

Pour beaucoup, le moment marque la fin de l’idéal démocratique et égalitaire promu par le père fondateur de la nation, Jawaharlal Nehru. « Nous avons assisté à une politique islamophobe depuis six ans, qui s’est renforcée durant la dernière année et au cours de laquelle la violence à l’encontre des musulmans, qui était l’apanage d’une minorité, s’est généralisée et banalisée, tout en restant impunie » , affirme Arfa Khanum. Pour la journaliste comme pour la majorité des observateurs, la politique du gouvernement a conduit à des violences antimusulmanes au cœur du pays, comme lors des émeutes de Delhi de février 2020 qui ont fait plus de cinquante morts, dont deux tiers de musulmans.

L’arrivée de la crise sanitaire a également permis aux autorités de briser l’élan contestataire, apparu à travers le pays en décembre 2019 afin de lutter contre la réforme constitutionnelle, tout en poursuivant les vagues d’arrestations par la mobilisation de lois antiterroristes, comme la très controversée UAPA (Unlawful Activities Prevention Act). « Le mouvement de protestation a été indéniablement affaibli par le Covid-19 et le confinement », indique Milan Vaishnav. « Les autorités ont malheureusement exploité le confinement pour procéder à des arrestations et poursuivre en justice des étudiants et activistes qui ont été au premier rang des manifestants », estime Arfa Khanum. C’est par exemple le cas de Safoora Zargar, de l’université Jamia Millia Islamia, arrêtée le 11 avril et jetée en prison alors qu’elle se trouvait au deuxième trimestre de sa grossesse.

Mais pour massif, le mouvement de protestation est resté minoritaire au sein de la majorité hindoue du pays, suggérant que les discours et lois discriminatoires portés par le gouvernement ont trouvé un écho au sein de la population. « Il n’y a jamais vraiment de facteurs pour expliquer rationnellement une haine à l’encontre d’un groupe ou d’une communauté. Un discours sélectif est nourri de manière stratégique pour initier un processus d’exclusion de l’autre rendu étranger, créant un bouc émissaire commode et entraînant des conséquences très concrètes pour la population visée, comme c’est le cas pour les récentes victimes de lynchage », indique le Dr Priyasha Kaul. Comme ailleurs, l’épidémie a confirmé des tendances préexistantes. Elle a brisé l’élan des mouvements de contestation populaires et conforté la légitimité des pratiques autoritaires de l’État dans un contexte d’urgence. Mais en Inde plus qu’ailleurs, la crise marque une nouvelle étape symbolique au sein du processus d’exclusion, parfois meurtrier, de toute une communauté.


Peut-on parler, comme le fait la romancière et activiste indienne Arundhati Roy, d’une « approche génocidaire » pour qualifier la politique de discrimination systématique du gouvernement nationaliste de Narendra Modi à l’égard des 182 millions de musulmans en Inde ? L’usage de l’expression fait débat. Pour certains, elle incarne la détérioration de la situation....

commentaires (2)

A la lecture de certains de vos articles je me pose de fois la Question suivante : pourquoi est ce que je lis encore votre Journal ! Cet article est de la provocation pure et dure contre la communaute Hindoue et contre l’Inde tout entiere! Vous voulez que l’Inde devienne un pays fanatique avec des Madrassat comme le Pakistan ???

Cadige William

09 h 00, le 02 mai 2020

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Commentaires (2)

  • A la lecture de certains de vos articles je me pose de fois la Question suivante : pourquoi est ce que je lis encore votre Journal ! Cet article est de la provocation pure et dure contre la communaute Hindoue et contre l’Inde tout entiere! Vous voulez que l’Inde devienne un pays fanatique avec des Madrassat comme le Pakistan ???

    Cadige William

    09 h 00, le 02 mai 2020

  • C,EST QU,ILS ONT DES ASPIRATIONS PRO PAKISTANAISES CONTRE LES INTERETS DE LEUR PAYS.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    09 h 23, le 01 mai 2020