Reste chez toi.
« Je sauve des vies. Je reste chez moi. »
Oui, reste chez toi et sauve des vies. Reste chez toi ! Pour une fois que tu rentres, pas du travail ou de tes loisirs, mais du marché où tu as fait tes courses… au pas de course. Pour une fois, le mot « courses » prend tout son sens.
Reste chez toi, d’où tu ne ressortiras pas de sitôt, sinon à la sauvette, pas pour te sauver, mais pour faire des emplettes, puis revenir et sauver, par ton retour, de nouvelles vies. Reste chez toi pour éviter un « sauve-qui-peut » qui ne serait pas si salvateur. Il faut quand même rendre crédit à ce maudit virus qui donne à chacun la possibilité de se racheter et de sauver des vies tout simplement en restant chez soi. Qui sait combien de vies tu sauveras ou tu as déjà sauvé ! Penses-y! Ça t’encouragera à y rester et trouver le temps moins long. Outre que tu seras toi-même sauvé(e). Le salut à double sens, alors qu’avant ta réclusion, forcée ou facultative, il allait juste dans ton sens. C’était le salut rien que pour soi, et pour sa famille. Maintenant, c’est aussi pour la société. On s’humanise, enfin !
Le coronavirus nous a rendus philanthropes, malgré notre misanthropie forcée, notre « distanciation sociale », en plus de nous avoir sensibilisés à l’écologie et nous avoir conduits, par notre claustration, à épurer notre atmosphère de notre pollution et à réduire notre empreinte carbone.
Reste donc chez toi ! Pour une fois que tu ne le feras pas en retraité(e), que tu le sois ou pas. Reste activement chez toi ! Occupe-toi un peu des enfants. Joue avec eux, maintenant que tu as le temps. Pas les jeux vidéo débilitants, mais les jeux de société éducatifs d’un autre temps. Tu devrais les trouver dans ton grenier, oubliés par toi ou par tes parents. Dépoussière-les, ouvre-les, et apprends à tes mômes à s’instruire et à socialiser en jouant en groupe, avec des êtres humains, et non plus avec une machine comme ils en ont pris la fatale habitude depuis leur nativité numérique.
Il y a aussi ton conjoint ou ta conjointe. C’est le moment de dialoguer, de communiquer ! Pas via WhatsApp, mais directement, en profondeur. Aborder vos problèmes en face, pas sur l’interface. Mettre son couple sur la table et en perspective, et pas seulement sur le lit, et encore ! Regarder devant, ensemble, vers le lointain, qui sera là demain, sans se tourner vers le passé et se contaminer de ses virus. Ils peuvent être pires que le corona ! Bien plus asphyxiants ! Ouvrir donc la fenêtre, celle aussi de l’esprit et du cœur, se tenir la main et contempler l’avenir pour mieux l’appréhender et l’apprivoiser. Le spectacle est beau, tu verras. Pas de klaxons, pas de nuisance sonore ni olfactive. Pas de smog. C’est le calme. L’atmosphère est pure. L’air, pour une fois, respirable. Pourvu que ça dure !
Reste chez toi ! Il y a plein de choses utiles que tu pourrais faire, et d’inutiles dont tu pourrais te défaire, comme l’internet à haut débit de « chats » et de papotages sur les réseaux sociaux. Pas très utiles. Nuisibles même. J’espère que tu as pensé faire descendre du grenier, avec les anciens jeux de société, quelques livres que tu n’as jamais lus. C’est le moment de le faire ! Tu pourrais, après avoir lu, t’essayer à l’écriture et te découvrir quelque talent. Qui sait ?
Tu as la bougeotte ? Fais du sport ! Il y a plein d’exercices qui peuvent se faire sans besoin d’appareils si tu n’en as pas. Fais la vaisselle ! Laisse reposer le lave-vaisselle ! Fais le ménage ! La maison et ton ménage s’en trouveront mieux !
Reste chez toi et ne te dis pas « je m’ennuie ». Ne fais pas comme la chèvre de Monsieur Seguin qui s’est enfuie dans la forêt et qui s’est battue toute la nuit, jusqu’à l’aube, contre le loup pour finalement succomber. La forêt, ici, c’est l’extérieur, infecté du coronavirus, ce loup sournois et invisible.
Reste, je t’en prie, chez toi ! Et pas seulement pour nous, ou pour ta famille, mais pour toi, uniquement pour toi. Tu en as le droit, et pas seulement le devoir. Tu verras. Tu finiras par t’y plaire ! Il y a tant de bonnes choses à faire ! Chez toi, tu pourras entrer en toi, au tréfonds de toi, et découvrir des trésors, des mondes insoupçonnés. Tu pourras apprendre à rêver, à t’introspecter, à « sentir » ton existence, à saisir ta conscience, à l’approfondir et à l’élever jusqu’à la plénitude, à t’en émerveiller. Tu pourras méditer, chercher et peut-être trouver un sens à ce qui arrive, à ce qui t’arrive. Ton voyage intérieur pourrait te mener « quelque part », te révéler « quelque chose » ou « quelqu’un » de réconfortant, de consolant, qui te procurerait, si ce n’est l’espérance, une bonne dose d’espoir : l’espoir d’un monde meilleur après ce malheur. Un monde plus sage, ou moins fou. Un monde rajeuni, revivifié, endeuillé certes, mais éclairci et… éclairé.
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