Le ministre de l’Industrie, hier, au Conseil économique et social. Photo DR
Le ministre de l’Industrie, Imad Hobballah, a présenté hier au siège du Conseil économique et social (CES) à Beyrouth les grands axes d’une nouvelle stratégie du gouvernement consacrée au développement du secteur. Baptisée « vision industrielle du futur », cette ébauche de plan doit être débattue avec les « principaux partenaires concernés » pour être finalisée puis intégrée au plan de redressement que l’exécutif prépare. Le président du CES, Charles Arbid, le député et industriel Neemat Frem et le président de l’Association des industriels libanais, Fady Gemayel, étaient notamment présents aux côtés du ministre.
Le plan de redressement évoqué par le ministre est l’une des cartes que le gouvernement devra jouer lors des négociations à venir avec ses créanciers en vue de restructurer la dette du Liban, en plein contexte de grave crise économique et financière, aggravée par les mesures de confinement pour faire face au Covid-19. La « vision » présentée par le ministre comprend certaines nouveautés par rapport aux stratégies que les prédécesseurs du ministre avaient tenté de lancer ces dernières années – généralement sans succès, faute de volonté politique ou de moyens alloués.
Industriels agacés
Parmi ces propositions figurent notamment la promotion du commerce électronique directement entre l’industriel et le consommateur (une pratique qui se développe notamment en Chine), la création d’une banque dédiée au développement industriel, ou encore le renforcement des capacités du pays dans le domaine de l’industrie pharmaceutique et des équipements médicaux.
Parmi les pistes déjà annoncées figurent notamment la réhabilitation des zones industrielles du pays, qui revient en boucle depuis des années, ou encore le lancement d’un plan de 100 millions de dollars pour soutenir l’industrie. Le lancement d’un fonds privé de 700 millions de dollars est également sur la table. Ce fonds avait été annoncé par la Banque du Liban en mars. Baptisé plate-forme Oxygène, il viserait à financer les importations de matières premières et serait dirigé par Alexandre Jihad Harkous, ancien financier et fondateur de Startecheus. L’enveloppe de 100 millions est, elle aussi, liée à un mécanisme de la BDL qui n’a toujours pas été finalisé.
Le retard accumulé dans la mise en œuvre de ces deux mesures agace plusieurs industriels contactés par L’Orient-Le Jour, qui affirment être pris en étau entre la crise économique et financière que traverse le pays – qui a mué en crise de liquidités – et les mesures de confinement adoptées depuis le 15 mars pour lutter contre le Covid-19. « Nous ne pouvons pas utiliser nos dollars comme nous le souhaitons pour financer nos importations à cause des restrictions bancaires, et nous ne pouvons pas exporter certains produits sanitaires pour lesquels il y a une demande à l’extérieur alors que les besoins du marché libanais sont comblés », s’est plaint l’un d’entre eux sous couvert d’anonymat. Un autre reproche à la BDL d’avoir « multiplié les annonces sans suite ces deux derniers mois », tandis qu’un troisième appelle à la levée des mesures de confinement pour permettre aux entreprises qui ont des stocks de recommencer à exporter.
P.H.B.


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