Covid-19

Ce que l’on sait aujourd’hui sur l’épidémie, la transmission du coronavirus et les mesures à prendre

Les infections au nouveau coronavirus continuent de soulever de multiples questions et de susciter la peur. « L’Orient-Le Jour » fait le point sur les nouvelles connaissances acquises sur le virus.

Le PCR est le seul test validé à ce jour pour le dépistage du coronavirus. Kaylianna Genier/US Navy/AFP

Le nouveau coronavirus (SARS-Cov-2) ne cesse de dévoiler ses secrets au fil de la progression de la pandémie dans le monde. Quelles sont les nouvelles connaissances acquises sur ce virus ? Le point avec le Dr Jacques Mokhbat, spécialiste en maladies infectieuses et membre du comité de suivi du coronavirus.


Comment expliquer la décision de certains pays de permettre à l’épidémie d’évoluer ?
En optant pour une telle stratégie, comme l’a fait le Royaume-Uni avant de se rétracter, les autorités sanitaires de ces pays s’attendaient à une explosion massive et rapide de l’épidémie sur leur territoire. On sait que 80 à 85 % des personnes qui attraperont le coronavirus n’auront pas besoin d’hospitalisation. Elles seront immunisées et ne transmettront plus le virus, créant ainsi une barrière immunitaire autour des personnes moins jeunes et vulnérables, qui devraient par ailleurs être protégées tout au long de ce processus. C’est le principe même de la vaccination. On sait que la réponse immunitaire à un vaccin n’est pas la même chez tout le monde. Mais en vaccinant le plus grand nombre de personnes possibles on empêche la transmission du virus aux personnes les plus vulnérables. Tel est le cas de la vaccination de la grippe et de la rougeole, à titre d’exemples.

Les Britanniques ont estimé pouvoir suivre cette stratégie en pensant que leur système de santé est capable de subir le choc, mais ils ont fini par se rétracter. Ils se sont rendu compte que cela va les obliger à faire des choix thérapeutiques et du triage médical, ce qui est difficile pour un médecin et pour un système politique. Avec une épidémie d’une telle amplitude, il est virtuellement impossible pour quelque pays que ce soit d’absorber le choc.


Quel est l’avantage de la stratégie de confinement ?
Elle permet d’étaler l’épidémie sur le temps et, peut-être, de diminuer le nombre des contaminations par le coronavirus, puisque les personnes qui l’auront attrapé seront protégées et créeront des ruptures dans le maillon de la transmission épidémique. De plus, le nombre de patients pouvant avoir besoin d’hospitalisation dans des unités de soins intensifs est aussi étalé dans le temps, ce qui doit permettre aux services de santé des différents pays d’absorber le choc. Le seul souci, c’est qu’en prolongeant l’épidémie, on risque de donner plus de chances au virus de muter. Ce risque est accru si, en plus, on impose au virus des contraintes thérapeutiques et génétiques, c’est-à-dire si on prend des médicaments de manière abusive et sans aucune indication thérapeutique. Comme le virus se réplique à plusieurs millions de copies par jour, il va nécessairement faire des erreurs de copiage jusqu’à aboutir à un virus qui ne sera pas sensible au traitement initialement efficace contre le virus sauvage. Ce virus mutant et résistant va échapper au traitement et dominer la population de virus, entraînant une prolongation de l’épidémie.

Par conséquent, pour freiner cette pandémie le plus rapidement possible, il est essentiel de respecter les règles de confinement et d’hygiène (se laver fréquemment les mains, tousser dans un mouchoir jetable ou dans le coude, ne pas se toucher les yeux, le nez et la bouche…).



(Lire aussi : Au Liban, un relâchement inquiétant du respect des règles de confinement)



Quels sont les traitements utilisés au Liban ?
Ceux actuellement administrés visent essentiellement à faire baisser la fièvre à l’aide du paracétamol, en évitant tout autre médicament contre la fièvre, notamment les anti-inflammatoires, comme l’ibuprofen. Cette classe de médicaments a été associée à un grand nombre de complications pulmonaires. Il est donc absolument déconseillé d’en prendre.

Comme traitement spécifique antiviral, le protocole utilisé actuellement est celui préconisé par l’équipe du Pr Didier Raoult (spécialiste en maladies infectieuses et directeur de l’IHU Méditerranée Infection à Marseille). Il consiste à administrer de l’hydroxychloroquine (un antipaludéen), en combinaison avec l’azithromycine (un antibiotique), selon les cas. D’autres protocoles sont utilisés conformément aux recommandations émises par la Société libanaise des maladies infectieuses et de microbiologie clinique, notamment le lopinavir/ritronavir (médicament déjà utilisé contre le VIH), le remdesivir (initialement développé contre le virus Ebola et qu’on pourrait obtenir comme aide humanitaire) et le favipiravir (un antiviral contre la grippe, mais non encore disponible sur le marché).


À la lumière de la courbe des contaminations, à quoi peut-on s’attendre au Liban ?
La question est très complexe. Il est difficile de prévoir actuellement l’évolution de l’épidémie tant qu’on n’a pas atteint le pic et tant qu’on ne dispose pas de toutes les données sur l’évolution de l’épidémie dans le monde. Il est vrai que depuis la fermeture des frontières aériennes, terrestres et maritimes du Liban (le 18 mars), nous n’avons plus eu de nouveaux cas importés, les seules nouvelles contaminations étant actuellement limitées à des cas de transmission locale. Toutefois, on ne peut que se demander ce qui risque d’arriver quand les frontières seront rouvertes pour le rapatriement des Libanais de la diaspora, comme cela a été décidé par le gouvernement.



(Lire aussi : Le coronavirus a déjà contaminé près d’un million de personnes)



Le PCR est le test de référence à ce jour. En quoi consiste-t-il et quelle est la marge d’erreur ?Il s’agit d’un test moléculaire qui recherche un fragment spécifique de l’acide nucléique viral (fragment de gène) qu’on fait se multiplier en laboratoire. La polymérisation (réplication) en chaîne (PCR ou Polymerase Chain Reaction) va produire une quantité importante de copies du gène en question, ce qui permet de le détecter. La présence du gène permettra donc de diagnostiquer le virus dans un échantillon, en général dans un prélèvement nasopharyngé (relatif au nez et au pharynx), intrapulmonaire ou dans des crachats. Par ailleurs, des études menées sur ce test font état de faux négatif de l’ordre de 30 à 40 %.


Quid des tests rapides ?
On peut utiliser un test PCR rapide effectué sur des machines bien spécifiques. Une recherche des anticorps (protéine du sérum sanguin sécrétée par les lymphocytes B, à savoir les globules blancs intervenant dans l’immunité, en réaction à l’introduction d’une substance étrangère, un antigène, dans l’organisme, NDLR) est peu utile pour le diagnostic d’une infection aiguë, puisqu’ils ne se retrouvent malheureusement dans le sang du malade qu’à partir du cinquième au septième jour de la maladie. Une recherche d’antigène (substance qui, introduite dans un organisme, est capable d’y provoquer la stimulation des cellules immunocompétentes responsables de la production d’anticorps, NDLR) qui indiquerait la présence du virus lui-même serait certes intéressante, rapide et moins dangereuse pour le personnel technique et moins coûteuse. Ce test attend d’être validé.


Où en sont les recherches concernant un vaccin contre ce coronavirus, sachant que lors des épidémies précédentes (SARS et MERS) aucun vaccin n’a été développé ?
Plusieurs pays et compagnies pharmaceutiques travaillent d’arrache-pied pour découvrir et produire un vaccin. Que ce soit dans un but humanitaire ou purement commercial, la compétition est intense. Nous ne pouvons qu’espérer leur succès puisqu’il semble que seul un vaccin puisse venir à bout de cette pandémie.



(Lire aussi : Les gestes qui protègent face au coronavirus expliqués aux enfants)



Est-ce que des symptômes autres que ceux connus dans le cadre d’un épisode grippal peuvent apparaître ?
On note une palette de symptômes inhabituels dans un syndrome grippal, ce qui pourrait devenir une caractéristique de ce virus. Nous retrouvons beaucoup de maux du dos, souvent une perte transitoire de l’odorat et du goût, des diarrhées…


Toute personne ressentant l’un de ces symptômes doit-elle se faire tester pour le coronavirus ?
Toute personne ayant un syndrome respiratoire supérieur avec fièvre et en général une toux sèche doit se faire tester après avoir consulté son médecin. En reprenant l’exemple allemand et coréen, il faut encourager le plus grand nombre de personnes, notamment celles qui pensent avoir été exposées au virus, à se faire tester (dans les hôpitaux ou les laboratoires accrédités dont la liste figure sur le site du ministère de la Santé publique, NDLR) pour détecter les infections au coronavirus à un stade précoce.


Combien de temps dure la maladie ? Et comment évolue-t-elle ?
En moyenne, entre cinq à dix jours selon la sévérité des symptômes. Il faut savoir que l’atteinte pulmonaire, en général porteuse de gravité et qui survient habituellement chez les personnes à risque, est possible (quoique rarement) chez les personnes qui ont déjà des problèmes respiratoires.


Combien de temps un patient reste-t-il contagieux après la disparition des symptômes ?
En général, le virus est présent dans les sécrétions respiratoires deux à trois jours après l’infection et les symptômes infectieux apparaissent dans les trois à cinq jours qui suivent l’infection. La majorité des gens tombent malades au bout de cinq à sept jours. Peu de gens vont tomber malade entre le septième jour et le quatorzième jour. Une toute petite minorité des gens continue de porter le virus jusqu’à trois ou quatre semaines. Mais ce sont des cas exceptionnels et rares. On peut rester contagieux pendant plusieurs jours ou un mois après la disparition des symptômes, tant qu’on a une charge virale positive. D’où la nécessité de rester isolé jusqu’à ce que celle-ci devienne négative.


Peut-on retomber malade après une première contamination ?
Apparemment non. Très peu de patients sont retombés malades. En ce qui concerne ceux qui seraient retombés malades, on ignore si ce sont, en fait, des malades qui n’ont pas guéri et qui ont gardé le virus, ou encore s’ils ont attrapé une forme mutante du virus. C’est aussi une hypothèse soulevée.


Ce virus se transmet-il dans l’air ?
Pour qu’il soit transmis dans l’air, il faut qu’il y ait une aérosolisation (une diffusion dans l’air sous forme d’aérosol) des crachats et des sécrétions respiratoires. Cela ne peut se produire spontanément, mais seulement à la suite d’une procédure technique sur les voies respiratoires en général à l’hôpital. Pour se protéger au mieux dans sa vie de tous les jours, il est impératif de garder une distance d’au moins un mètre et demi avec son interlocuteur.


Ce nouveau coronavirus peut-il devenir un virus saisonnier ?
Nous l’ignorons encore, mais la communauté scientifique le craint.


Peut-on avoir des relations sexuelles ?
Oui, à condition de ne pas s’embrasser puisque le virus se trouve dans la salive. Il est possible de s’embrasser si on est sûr de ne pas l’avoir contracté.


Faut-il se déchausser et enlever ses vêtements avant d’entrer à la maison ?
C’est une routine sanitaire correcte. Il n’y a pas de preuves que cela serve à quelque chose pour se protéger du coronavirus. Idem pour les vêtements. Sauf pour les professionnels de santé qui ne doivent pas porter les mêmes vêtements à l’hôpital et à la maison.



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Comment expliquer la décision de certains pays de permettre à...

commentaires (8)

Dans le top 10 des pays les plus sûrs le Maroc est en tête, devant Singapour et la Slovaquie . L'Allemagne est en 9eme position , pour vous dire que le Maroc a décidé au 1er jour d'administrer la CHLOROQUINE associé à cet antibiotique. Le Sénégal qui suit le même protocole vient de déclarer avoir guérir 11 patients infectés, et la Zambie en est encore à 37 personnes infectées sans que depuis 2 jours d'affilée il ne s'en est rajouter un nouveau cas . Au cas de morts en Zambie. En France la guerre des communiqués sur l'efficacité de la CHLOROQUINE bat son plein à cause de la voracité des compagnies pharmaceutiques aux dents aiguës. Quand on voit Conbenditt, un raté avorton de mai 68 dire au docteur Raoult de "fermer sa gueule" , on comprend la lutte qui sous-tend ce qui n'est dans le fond qu'un gros moyen de faire des sous sur le dos des plus pauvres . À vous de tirer vos conclusions .

FRIK-A-FRAK

15 h 40, le 03 avril 2020

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Commentaires (8)

  • Dans le top 10 des pays les plus sûrs le Maroc est en tête, devant Singapour et la Slovaquie . L'Allemagne est en 9eme position , pour vous dire que le Maroc a décidé au 1er jour d'administrer la CHLOROQUINE associé à cet antibiotique. Le Sénégal qui suit le même protocole vient de déclarer avoir guérir 11 patients infectés, et la Zambie en est encore à 37 personnes infectées sans que depuis 2 jours d'affilée il ne s'en est rajouter un nouveau cas . Au cas de morts en Zambie. En France la guerre des communiqués sur l'efficacité de la CHLOROQUINE bat son plein à cause de la voracité des compagnies pharmaceutiques aux dents aiguës. Quand on voit Conbenditt, un raté avorton de mai 68 dire au docteur Raoult de "fermer sa gueule" , on comprend la lutte qui sous-tend ce qui n'est dans le fond qu'un gros moyen de faire des sous sur le dos des plus pauvres . À vous de tirer vos conclusions .

    FRIK-A-FRAK

    15 h 40, le 03 avril 2020

  • ET COMMENT... OU PEUT-ETRE QUI... ET POUR QUEL OBJECTIF... L,A FAIT PASSER DE L,ANIMAL A L,HOMME...

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    13 h 48, le 03 avril 2020

  • Vraiment bénéfique comme article, clair, précis, scientifique et porteur d'espoir. Merci Docteur Mokhbat

    Chantal Madi

    10 h 51, le 03 avril 2020

  • CLAIR ET PRECIS. MAIS IL Y A ENCORE SCIENTIFIQUEMENT CERTAINES INCONNUES A LA MANIERE DE PROPAGATION DE CE FLEAU.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    10 h 06, le 03 avril 2020

  • il en ressort que l'incertitude prévaut; fort à parier que ce covid est un descendant d'autres coronavirus mutés ,qu'il mutera et que les seules armes sont la recherche et surtout les réactions appropriées et efficaces aux pandémies ;prévoir.J.P

    Petmezakis Jacqueline

    10 h 02, le 03 avril 2020

  • Pathétique, encore de la literature qui ne sert à rien, surtout ne pas dénoncer le fiasco total de la médecine moderne qui n’a que 120 ans alors que nous sommes sur cette planète depuis des centaines de milliers d’années. Nous avons appris tous seule de vivre et vaincre des virus, microbes et autres parasites avec notre système immunitaire et notre fièvre salvatrice. Bravo, au lieu, d’aider notre immunité en arrêtant d’ingurgiter des toxiques et sortir les toxines de notre corps et de se nourrir de vitamines et minéraux, et autres matières premières nécessaires à notre santé, faisons cela, prenons des molécules toxiques chimiques, paracetamol ou autres, du chlore (dans le chloroquine), des antibiotiques qui élimine notre seul allié contre le virus, le microbiot dans notre intestin chef d’œuvre d’ingénierie de la nature pour notre sauvetage. Les chiffres de l’OMS sur la grippe saisonnière 2017/2018 sont affligeants, jusqu’à 650000 morts sur toute la planète,(10000 rien qu’en France, 1000 par semaine), les vaccins ne marchent pas et ceux qui se vaccinent attrape plus facilement la grippe ainsi que des autres virus mortels, alors faisons la même approche pour le Covid19 , faisons ce qui ne marche pas, et en attendant les produits toxiques chimiques miracles des mêmes personnes qui ne savent pas d’où vient les virus, qui ne savent pas prévenir les infections et qui ne savent pas les guérirent, confinons les gens sains à la maison, à l’abri de l’air sain et du soleil.

    Elie Haddad

    09 h 39, le 03 avril 2020

  • Merci pour cet article très clair qui, au passage, tord le cou à nombre de stupidités répandues sur le web.

    Yves Prevost

    06 h 56, le 03 avril 2020

  • EXCELLENT, COMPLET ET EXTRÊMEMENT PRATIQUE . MILLE MERCIS .

    Chucri Abboud

    02 h 07, le 03 avril 2020