Nominations

Une entente précaire menacée par la politique politicienne

Sleiman Frangié menace de claquer la porte du gouvernement s’il n’obtient pas le tiers des postes chrétiens.

Le chef de l'Etat, Michel Aoun (c), présidant un Conseil des ministres, le 26 mars 2020 au palais de Baabda. Photo Dalati et Nohra

Bien au-delà du futile partage du gâteau entre les divers protagonistes, l’épineuse question des nominations des vice-gouverneurs de la Banque du Liban et des membres de la commission de contrôle des banques est à interpréter sous un angle éminemment politique. D’autant qu’un véritable bras de fer semble opposer le gouvernement de Hassane Diab à ses propres parrains, tels que le mouvement Amal du président de la Chambre Nabih Berry et les Marada de Sleiman Frangié.

Après avoir approuvé un mécanisme pour le rapatriement des expatriés dans la foulée de la pandémie de coronavirus, le cabinet Diab se trouve désormais face à un autre défi : réussir à nommer loin des règlements de comptes politiques, lors du Conseil des ministres prévu demain à Baabda, les vice-gouverneurs de la BDL.

Selon notre correspondante Hoda Chedid, une entente de principe aurait été atteinte autour de quelques noms qui pourraient être choisis pour pourvoir aux postes vacants au sein de la Banque centrale. Les principaux protagonistes se seraient entendus pour nommer quatre nouveaux vice-gouverneurs comme le veut le Premier ministre, dans une volonté manifeste d’assurer sa détermination à opérer les changements attendus par le mouvement de contestation.

Parmi les candidats donnés favoris figureraient les noms de : Wassim Mansouri (chiite, proche de Nabih Berry), Fouad Abou el-Hosn (gravitant dans l’orbite du chef du Parti démocratique libanais, Talal Arslane) et Fadi Fleyhane (proche du chef du Parti socialiste progressiste, Walid Joumblatt). Dans certains milieux politiques, on évoque le nom de Khaled Abdel Samad, candidat consensuel au poste druze.

Pour ce qui est des sunnites, ils seront représentés par Salim Chahine, nommé par Hassane Diab. Il remplacerait Mohammad Baassiri auquel le courant du Futur s’est montré attaché à plusieurs reprises. De son côté, Alexandre Mouradian pourrait succéder à Harout Samuelian. Le parti Tachnag pourrait ainsi conserver ce poste.

En ce qui concerne les futurs membres de la commission de contrôle des banques, il s’agirait de Kamel Wazni (chiite, appuyé par le tandem Amal-Hezbollah), Joseph Haddad et Marwan Mikhaël (soutenus par Baabda et le Courant patriotique libre) et Adel Dreik (grec-orthodoxe, appuyé par les Marada).

Toujours selon Hoda Chedid, le gouvernement pourrait nommer Christelle Wakim, chef du département de contrôle au sein de la Cedrus Bank, commissaire du gouvernement près la banque centrale.

Le train de nominations attendu demain concernerait également la commission de contrôle des marchés financiers. Celle-ci pourrait inclure Wajeb Ali Kanso, nommé par le tandem chiite. Rabih Kerbage (proche de Talal Arslane) et Tarek Zebiane se disputent quant à eux le siège druze.


(Lire aussi : En pleine épidémie, le gouvernement attaqué par ses alliés et ses adversaires)



Marada-CPL

Tous les regards seront donc braqués sur le Conseil des ministres qui devrait, en principe, concrétiser cette entente élargie. Pour le moment, une chose est sûre : cet accord traduit à la perfection la futile logique du partage du gâteau adoptée par les protagonistes au pouvoir. Il prouve aussi, si cela était encore nécessaire, que le cabinet de Hassane Diab est loin d’être un « gouvernement de spécialistes indépendants des parties en présence », comme l’avait promis le Premier ministre lui-même lors de la formation de son équipe.

Preuve en est, l’entente élargie a été atteinte dans un contexte marqué par des règlements de comptes entre les diverses composantes gouvernementales. Une semaine après avoir demandé le report de ces nominations, le leader des Marada, Sleiman Frangié, a ouvertement menacé, dans une déclaration au site web du courant du Futur, de claquer la porte du gouvernement s’il n’obtenait pas deux des six postes chrétiens à pourvoir demain. « Nous ne garderons pas les bras croisés face aux tentatives de monopoliser la représentation des chrétiens », explique à L’Orient-Le Jour une source proche de M. Frangié, dans ce qui sonne comme une pique à l’adresse du chef du Courant patriotique libre, avec qui les rapports des Marada sont pratiquement gelés depuis la présidentielle de 2016.

En face, le CPL ne l’entend naturellement pas de cette oreille, mais ne manque pas de critiquer l’attitude du leader zghortiote et de l’accuser implicitement de se lancer dans une bataille inopportune et déséquilibrée. Dans certains milieux aounistes, on explique à L’OLJ que demander deux des six postes réservés aux chrétiens revient à en réclamer les deux tiers. Et cela ne correspond aucunement au poids politique et populaire de M. Frangié, ajoute-t-on, assurant que le parti n’appuie aucun candidat et accorde la priorité à résoudre la crise suscitée par le Covid-19.

Le gouvernement Diab sera-t-il victime des querelles secouant le 8 Mars ? La question se pose dans certains cercles politiques, dans la mesure où la menace de Sleiman Frangié fait suite à celle lancée samedi dernier par le chef du législatif. Ce dernier avait déclaré qu’il suspendrait sa participation au gouvernement si celui-ci ne parvient pas à mettre sur pied un mécanisme pour rapatrier les Libanais bloqués à l’étranger.

Mais selon des sources citées par notre chroniqueur politique Philippe Abi Akl, le bras de fer actuel va bien au-delà des querelles habituelles. Il traduit une volonté du tandem chiite de consacrer sa mainmise sur le gouvernement. D’où la farouche opposition du courant du Futur à ses actions et choix, notamment en matière de nominations.


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Bien au-delà du futile partage du gâteau entre les divers protagonistes, l’épineuse question des nominations des vice-gouverneurs de la Banque du Liban et des membres de la commission de contrôle des banques est à interpréter sous un angle éminemment politique. D’autant qu’un véritable bras de fer semble opposer le gouvernement de Hassane Diab à ses propres parrains, tels que...

commentaires (6)

Marche à suivre: D'abord sélectionner tous les candidants possédant un diplôme en finance. Ensuite demander à tous les partis politiques de sélectionner leur(s) favori(s) (plusieurs choix sont possibles). Ensuite éliminer tous les candidats qui auront reçu au moins une nomination d'au moins un parti, et ne garder que les candidats qui n'auront reçu aucun soutien politique. Finalement, tirer au sort parmi les candidats ainsi retenus.

Gros Gnon

17 h 27, le 01 avril 2020

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Commentaires (6)

  • Marche à suivre: D'abord sélectionner tous les candidants possédant un diplôme en finance. Ensuite demander à tous les partis politiques de sélectionner leur(s) favori(s) (plusieurs choix sont possibles). Ensuite éliminer tous les candidats qui auront reçu au moins une nomination d'au moins un parti, et ne garder que les candidats qui n'auront reçu aucun soutien politique. Finalement, tirer au sort parmi les candidats ainsi retenus.

    Gros Gnon

    17 h 27, le 01 avril 2020

  • Ces postes d’adjoints au gouverneur de banques centrales ( au liban et ailleurs) sont des postes sensibles et dangereux. Les années 80 nous reviennent à la mémoire. En occident, ce sont des sièges éjectables ou à scandales organisés pour salir la personne ... pas de raison qu’au liban ca soit différent. Les parrains sont prêts à tout pour ces postes qui les protégeront . Après tout... La BDL connaît tous leurs secrets financiers

    RadioSatellite.co

    16 h 35, le 01 avril 2020

  • quand est ce on nommera les responsables selon leurs compétences plutot que leurs appartenances politico religieux ? PAUVRE LIBAN QUE DIEU AIDE LES LIBANAIS 4 mois de révolution pour rien.

    youssef barada

    16 h 17, le 01 avril 2020

  • A government?...a real cesspool!

    Wlek Sanferlou

    14 h 50, le 01 avril 2020

  • L,ABRUTISSEMENT ET L,IRRESPONSABILITE DE NOS ABRUTIS INCOMPETENTS ET ALIBABIENS CONTINUENT COMME SI DE RIEN N,ETAIT. MEME PIRE QU,AVANT.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    10 h 24, le 01 avril 2020

  • Je ne comprends pas bien l'opposition faite en tête de l'article entre "un angle éminemment politique" et "un futile partage du gâteau". Il me semble que - comme de coutume au Liban - nous avons ici les deux ensemble. De plus en plus, s'impose la dure réalité: il n'y a rien à attendre de ce gouvernement qui "travaille" selon le mêmes méthodes que tous ceux qui l'ont précédé.

    Yves Prevost

    07 h 31, le 01 avril 2020