Le premier jour de confinement hier au Zimbabwe. Zinyange Auntony/AFP
La perspective que l’épidémie atteigne enfin son pic dans les pays d’Europe les plus meurtris par le coronavirus suscitait de l’espoir hier, même si la récession est désormais un « fait acquis » en raison des mesures de confinement qui affectent quatre habitants de la planète sur dix. La menace d’une hécatombe à venir aux États-Unis, évoquée la veille par le principal conseiller en la matière du président américain Donald Trump, a été symbolisée dans la journée par l’arrivée dans le port de New York d’un immense navire-hôpital de mille lits, destiné à désengorger les hôpitaux de la ville.
Près de 36 000 morts dans le monde, dont un bébé, le cap des 11 000 morts franchis en Italie, 800 nouveaux décès en 24 heures en Espagne et 418, un record, en France : le macabre bilan de l’épidémie a continué à s’alourdir hier. Deuxième pays le plus touché au monde avec 7 340 décès, l’Espagne connaît pourtant depuis mercredi un ralentissement continu du nombre de morts, laissant penser que le pic de l’épidémie est proche, dans une Europe où plus de 26 000 personnes ont déjà succombé au Covid-19.
« Férocité »
Alors que la ville de New York, épicentre de l’épidémie aux États-Unis, compte désormais plus de 33 000 cas et 776 morts, Wall Street a décidé d’être optimiste : la Bourse de New York a ouvert en hausse et progressait de 0,43 % vers 14h15 GMT. De leur côté, les marchés européens limitaient les pertes, voire repassaient carrément dans le vert comme Francfort et Paris, malgré une série de sombres prédictions.
Soulignant la « férocité étonnante » avec laquelle le virus a frappé l’Europe, le Fonds monétaire international a estimé lundi qu’une « profonde récession » en 2020 sur le Vieux Continent était « un fait acquis ». Locomotive de l’Europe, l’économie allemande pourrait se contracter de 2,8 % en 2020, selon le scénario retenu par le Comité des sages économiques qui conseillent le gouvernement.
Plus de 3,38 milliards de personnes étant astreintes à rester chez elles, soit 43 % de la population mondiale, les transports sont au point mort et la demande d’or noir aussi. Hier le Brent a atteint 22,28 dollars, un niveau plus vu depuis plus de 17 ans tandis que le WTI a fait des incursions sous la barre des 20 dollars. Mais la surabondance de l’offre, en pleine guerre des prix entre l’Arabie saoudite et la Russie, tire aussi les cours vers le bas. Donald Trump s’est d’ailleurs entretenu hier à ce sujet, ainsi que sur la manière de juguler l’épidémie, avec son homologue russe Vladimir Poutine. Lequel a appelé les quelque 12,5 millions de Moscovites à « prendre au sérieux » le confinement qui leur est imposé depuis hier. Au Zimbabwe, où la police patrouillait massivement hier dans les rues de la capitale Harare pour faire respecter l’ordre de confinement, des habitants se désolaient de l’arrêt brutal des moyens de transport, qui les empêche de se rendre à leur travail. Or « je ne peux pas nourrir ma famille ici si je ne travaille pas », a témoigné Most Jawure.
En attendant le pic
Partout où le Covid-19 fait des ravages, on guette fébrilement le pic du taux de mortalité, annonciateur d’un reflux et d’un désengorgement des services de réanimation. En attendant, en Italie, pays qui enregistre le record mondial de décès (11 500 pour 97 689 cas recensés), le confinement commence à produire des résultats encourageants après trois semaines. « Nous pouvons espérer atteindre le pic dans sept ou dix jours, puis, raisonnablement, une décrue de la contagion », a déclaré hier le vice-ministre italien de la Santé, Pierpaolo Sileri.
En Grèce, c’est la crainte d’une bombe à retardement sanitaire qui dominait lundi, après l’annonce qu’une grande-mère âgée de 76 ans est décédée du coronavirus à Lesbos, cette île en mer Egée où est situé le camp surpeuplé de migrants de Moria.
En Hongrie, l’opposition craint que la pandémie ne serve de prétexte au pouvoir pour réduire encore les libertés publiques. Le Premier ministre, Viktor Orban, a ainsi obtenu hier le feu vert du Parlement pour légiférer par ordonnances dans le cadre d’un état d’urgence à durée indéterminée pour lutter contre le nouveau coronavirus. « La loi coronavirus » prévoit ainsi que la diffusion de « fausses nouvelles » sur le virus ou les mesures du gouvernement soit punie de cinq ans de prison, alors que les rares médias indépendants du pays font régulièrement l’objet de telles accusations.
Même quand le pic sera dépassé, le retour à la normale n’est pas pour demain. Ainsi, le Mondial de l’Auto, le grand Salon de l’automobile qui ne devait pourtant se tenir que début octobre à Paris, est annulé. Ses organisateurs ont expliqué ne pas pouvoir se permettre de le maintenir sachant que le secteur automobile « joue aujourd’hui sa survie ». Quant aux Jeux olympiques de Tokyo 2020, ils se tiendront bien, mais pas avant le 23 juillet 2021, soit quasiment un an après la date initialement prévue, ont annoncé hier les organisateurs.
Source: AFP


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