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Société - Crise

Des centaines de milliers de fleurs seront jetées ce week-end au Liban

Horticulteurs, grossistes et fleuristes qui avaient misé sur la fête des Mères pour faire leur chiffre d’affaires sont complètement à genoux.

Après la crise économique et les restrictions bancaires, l’épidémie de coronavirus pourrait porter un coup fatal au secteur des fleurs, au Liban. Photo DR

« C’est à pleurer, c’est un drame, une catastrophe. » Hanna Azzi, horticulteur, importateur de fleurs et grossiste, propriétaire du Flower Center à Jdeideh et propriétaire de pépinières dans le Chouf, ne trouve pas les mots pour décrire la situation. « Ce week-end, les horticulteurs perdront plus de 5 millions de dollars, cela sans compter les pertes des fleuristes ou des importateurs », déclare-t-il.

Pour ce week-end de la fête des Mères, des centaines de milliers de fleurs coupées seront jetées. Cela sans compter les plantes à fleurs et les fleurs à bulbe offertes avec leurs pots, généralement importées. Le confinement dicté par le coronavirus et la fermeture des fleuristes achèveront probablement un secteur en difficulté depuis novembre dernier, dans un Liban en crise économique où de sévères restrictions bancaires sont, de surcroît, imposées.

« Il n’y a pas de consignes claires pour l’ouverture. Le ministère de l’Agriculture a soutenu notre demande d’ouvrir trois jours pour la fête des Mères alors que le ministère de l’Intérieur n’a pas donné son feu vert. Et partout au Liban, depuis vendredi matin, de nombreux fleuristes qui ont ouvert ont reçu des contraventions », rapporte Hanna Azzi, en contact avec 1 500 fleuristes à travers le Liban.

« Toute la saison était mauvaise et tout le monde a misé sur la fête des Mères pour faire quelques gains. Et voila ce qui est advenu avec le coronavirus. Nous ne tenons plus debout », soupire-t-il tristement. « Cette année aussi, 90 % des fleurs et des plantes sont produites au Liban. Avec les nouvelles restrictions bancaires, nous n’avons plus les moyens d’exporter comme avant », ajoute-t-il.


(Lire aussi : Au Liban, les entreprises face aux défis de l’état d’urgence sanitaire)


« L’ouverture dépend des municipalités et des Forces de sécurité intérieure... Les consignes changent donc selon chaque localité », note de son côté Émile Jalkh, fleuriste, propriétaire des Fleurs de Rabieh. « Le peu d’argent qui nous restait, nous l’avons utilisé pour acheter de quoi manger et pour désinfecter la boutique, conformément à la demande du gouvernement, en espérant pouvoir ouvrir », ajoute-t-il, assis devant sa boutique dont le rideau de fer est à moitié baissé.

« Depuis novembre dernier, le secteur se porte mal. À Noël rien n’a été vendu, nous nous sommes retrouvés avec des milliers de Poinsettia (étoiles de Noël) sur les bras. Pour la Saint-Valentin et la fête des Profs aussi… Je ne sais pas dans quelle situation on va se réveiller quand le pays se remettra en marche. Je pense surtout aux horticulteurs. C’est la catastrophe », déplore M. Jalkh dont la devanture de la boutique est ornée d’hortensias.


Produit de luxe et périssable

« L’hiver, fleuristes, grossistes et horticulteurs comptent sur quatre fêtes pour pouvoir atteindre leur chiffre d’affaires. Noël, la Saint-Valentin, la fête des Professeurs (le 9 mars) et la fête des Mères qui tombent avant le mois de juin, quand commence la saison des mariages… », explique, de son côté Marc Beyrouthy qui possède un commerce all in one (boutique, serres, produits agricoles…), baptisé Nature by Marc Beyrouthy. « Depuis novembre, les affaires sont au plus mal. Pour la fête des Profs, les écoles avaient déjà fermé leurs portes pour lutter contre la propagation du coronavirus, et pour la fête des Mères, il n’y a pas de consignes claires du gouvernement quant à la possibilité d’ouvrir ou pas. Généralement, nous faisons 40 % du chiffre d’affaires de l’hiver le 21 mars. Pour cette fête, le client ou la cliente offre des fleurs à sa mère, sa belle-mère, sa tante, sa grand-mère… », dit-il.

Or même si les fleuristes ouvrent boutique, de nombreux clients bouderont les fleurs par précaution : beaucoup préfèrent ne pas rendre visite aux seniors de leur famille afin de les protéger de tout risque de contamination.

« L’année dernière, j’avais gagné 7 millions de livres pour la fête des Profs, cette année ce chiffre a chuté à 300 000 livres. L’année dernière, j’ai servi 950 clients pour la fête des Mères, depuis vendredi matin, je n’ai eu que 87 clients. Et moi, contrairement à de nombreux autres fleuristes, j’assure des commandes via internet. C’est vous dire l’ampleur des pertes ! » note un marchand de fleurs qui a requis l’anonymat.

Rania Younes, horticultrice propriétaire des Fleurs du Liban dont les serres se trouvent au Liban-Nord et qui vend en gros au marché Nova Flor à Dekouané, souligne pour sa part : « J’ai fait chauffer les serres des roses durant tout l’hiver en misant sur la fête des Mères… Depuis novembre, la situation est catastrophique. Les fleurs sont un produit de luxe et périssable. Ce week-end, 90 pour cent de la production sera jetée. Avec la crise économique, et les grands mariages qui n’auront pas lieu cet été, je ne sais pas comment nous pourrons continuer. Peut-être faudra-t-il se recycler et faire autre chose... ».


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