Le chef du commandement central de l’armée américaine, le général McKenzie, le 18 juillet 2019 en Arabie saoudite. Photo d’archives AFP
Des raids de représailles lancés par les États-Unis en Irak ont tué hier cinq militaires irakiens et un civil, faisant escalader un peu plus les tensions dans un pays où les attaques contre les intérêts américains s’intensifient.
Le ministère irakien des Affaires étrangères a dénoncé une « agression américaine » et convoqué les ambassadeurs des États-Unis et de Grande-Bretagne. Vers une heure du matin, la province de Babylone, bordant Bagdad au sud, a tremblé. Des avions américains ont largué leurs bombes sur ce que Washington a présenté comme cinq unités de stockage d’armements des Brigades du Hezbollah (Kataëb Hezbollah), l’une des factions pro-Iran les plus radicales d’Irak.
Mercredi soir, 18 roquettes se sont abattues sur une base proche de Bagdad, tuant deux soldats américains et un soldat britannique. Comme lors des 21 autres attaques contre des intérêts américains en Irak ces cinq derniers mois, personne n’a revendiqué ces tirs. Mais pour Washington, ce sont les Brigades du Hezbollah. Jeudi, ces dernières ont salué l’attaque meurtrière sur la base de Taji, estimant que ses auteurs avaient choisi « le bon moment » pour frapper.
Escalade dangereuse
Un peu plus de 24 heures plus tard, la réponse arrivait : les avions américains ont bombardé plusieurs provinces du sud de l’Irak. Trois militaires et deux policiers ont été tués dans la province de Babylone notamment, ainsi qu’un civil travaillant sur le site de l’aéroport en construction de Kerbala, selon un communiqué de l’armée irakienne qui dénonce « une escalade menaçant la sécurité ».
Onze militaires, dont certains des unités pro-Iran du Hachd al-Chaabi, ont été blessés, ainsi qu’un civil. Le communiqué de l’armée précise qu’il s’agit d’un premier bilan. Des corps sont encore sous les décombres et des blessés dans un état critique. Les combattants du Hachd étant désormais intégrés aux forces régulières, ils sont généralement présents sur des bases de la police et de l’armée. Les frappes américaines visant le Hachd font aussi régulièrement des morts ou des blessés parmi les forces que la coalition internationale entraîne et accompagne dans le combat contre les jihadistes.
« Souveraineté violée »
« Nous considérons que c’est un succès sur tous les sites et nous sommes très satisfaits du niveau de dommages que nous avons pu infliger », a déclaré hier le chef du commandement central de l’armée américaine, qui couvre notamment le Moyen-Orient et l’Asie centrale. Les frappes ont été menées par des avions de combat – et non des drones– équipés d’armements « précisément calibrés » pour infliger un minimum de dommages collatéraux, a précisé le général McKenzie au cours d’un point presse au Pentagone. La menace posée par le régime iranien « reste très élevée », a-t-il ajouté.
Ces tirs de roquettes et les raids américains font planer le spectre de nouvelles violences en Irak, où les tensions entre Téhéran et Washington, les deux grands alliés du pouvoir à Bagdad, ont déjà dégénéré ces derniers mois. Les forces irakiennes continuent à mener des opérations avec les troupes de la coalition contre les jihadistes, mais le Parlement a récemment voté l’expulsion des 5 200 soldats américains du pays et le gouvernement doit maintenant faire appliquer cette décision.
Et alors même que la coalition avait annoncé suspendre ses activités en Irak en raison des tensions entre Téhéran et Washington, dimanche encore, elle a perdu deux hommes – des Américains – dans des combats contre des jihadistes. Après les raids américains, le président de la République, Barham Saleh, a dénoncé hier « une violation de la souveraineté de l’Irak ». Il a également appelé à empêcher le pays de se transformer en « champ de bataille pour les autres ». Noujaba, une autre importante faction pro-Iran du Hachd, a appelé à expulser les Américains d’Irak et menacé d’augmenter la pression sur leurs troupes.
De son côté, Téhéran a mis en garde le président américain Donald Trump contre toute « action dangereuse », l’exhortant plutôt à « reconsidérer la présence et le comportement de ses troupes dans la région ». Mercredi soir, alors que la coalition annonçait tout juste avoir perdu trois de ses membres à Taji, des frappes aériennes visaient d’autres positions des supplétifs irakiens de l’Iran, cette fois-ci à quelques kilomètres de l’Irak, en territoire syrien. Les Américains ont assuré qu’ils n’étaient pas derrière ces raids et le Hachd, lui, qui a perdu au moins 26 hommes dans ces raids, accuse régulièrement Israël de frapper ses bases.
Source : AFP


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine