Une photo de Tirana complètement vide hier. Gent Shkullaku/AFP
Frontières closes, écoles et lieux publics fermés, déplacements limités, événements sportifs et culturels annulés : de plus en plus de pays, notamment en Europe, s’isolent et gèlent leurs activités pour lutter contre la progression du coronavirus qui a fait plus de 5 000 morts dans le monde.
Avec 134 000 personnes contaminées dans 121 pays et territoires, la pandémie a été qualifiée de « plus grave crise sanitaire depuis un siècle » par le président français Emmanuel Macron, en référence à la grippe espagnole de 1918 qui avait tué 30 millions de personnes à travers le monde. L’Organisation mondiale de la santé a indiqué hier que l’Europe était le nouvel « épicentre » de la pandémie et estimé « impossible » de prévoir quand « le pic serait atteint au niveau mondial ».
Après la fermeture totale ou partielle de leurs frontières par plusieurs pays européens en ordre dispersé, M. Macron a proposé hier à l’Union européenne la mise en place de contrôles renforcés aux frontières autour de l’espace Schengen – 26 pays européens membres ou non de l’UE –, voire de les fermer dans des zones à risque. La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a, elle, rappelé que « les interdictions de voyage générales ne sont pas considérées comme très efficaces par l’OMS » et plaidé pour des contrôles sanitaires.
Hors UE, l’Ukraine a aussi annoncé la fermeture de ses frontières, et le Pakistan celles avec l’Iran et l’Afghanistan.
L’Espagne, où plus de 4 200 cas et 120 décès ont été recensés, et le Portugal (112 cas, aucun décès) ont décrété l’état d’alerte, ce qui permet aux gouvernements de mobiliser des moyens exceptionnels.
À Madrid, le maire a recommandé aux bars et restaurants de fermer d’eux-mêmes. « J’ai envoyé un message à un ami : buvons un verre ensemble avant qu’ils ne nous l’interdisent ! » a témoigné à Madrid Victor Rodriguez, 43 ans, en buvant un vermouth dans un bar populaire quasi vide. Le chef du gouvernement espagnol Pedro Sanchez n’a pas exclu que la barre des 10 000 cas soit franchie dans la semaine à venir et a appelé ses concitoyens à « se laver les mains et rester chez soi ».
Ville fantôme
Après l’Italie, qui a enregistré 250 décès en 24 heures, un record, l’Autriche, puis la Bulgarie et la Grèce ont annoncé hier la fermeture des commerces non essentiels. En Grèce, seuls les supermarchés, pharmacies, dispensaires et cabinets médicaux resteront ouverts.
« À partir de lundi, nous devons réduire notre vie sociale au minimum », a déclaré le chancelier autrichien Sebastian Kurz.
Comme la France, la veille, la Suisse a décidé de fermer les écoles et d’interdire les rassemblements de plus de 100 personnes. Les élèves restent déjà chez eux en Italie, au Liechtenstein et dans la majorité des régions allemandes. En France, les élections municipales de dimanche sont maintenues, à la différence de la Grande-Bretagne où les élections locales de mai ont été reportées d’un an.
Hauts lieux du tourisme mondial, à Paris, le musée du Louvre, la tour Eiffel et le château de Versailles sont fermés, tout comme les musées et sites archéologiques grecs.
Capitale de l’Irlande où écoles, crèches, universités et institutions culturelles sont fermées, Dublin avait vendredi des airs de ville fantôme avec des rues désertes. En Iran, qui a annoncé hier 85 nouveaux décès, les forces armées ont été appelées « à vider les magasins, les rues et les routes » dans les 24 heures.
La pandémie sème aussi le chaos dans le calendrier sportif, avec notamment la suspension des matchs de football professionnel en Angleterre, Italie, Espagne, France et désormais Allemagne. Les matches de Coupes européennes sont également reportés.
Le tour d’Italie cycliste a été reporté, de même que le marathon de Londres et le match du tournoi des Six-Nations de rugby Galles-Écosse.
Le Grand Prix d’Australie de formule 1, prévu ce week-end à Melbourne, a été annulé et le parcours de la flamme olympique raccourci.
Dizaines de milliards de dollars
Un haut fonctionnaire européen a évoqué hier une récession « très probable » dans la zone euro en 2020. Face au risque de paralysie de leurs économies, plusieurs pays européens ont annoncé des plans de soutien aux entreprises. En France, les mesures– indemnisation des salariés en chômage partiel, et report des paiements des cotisations et impôts notamment– coûteront des dizaines de milliards de dollars.
Berlin a annoncé hier des prêts « sans limite » pour aider les entreprises du pays confrontées à des problèmes de trésorerie en raison de l’épidémie, d’une valeur d’au moins 550 milliards d’euros. Au lendemain d’un effondrement quasi général, sur fond de crainte de récession mondiale, les marchés européens, comme Wall Street, se sont repris hier, certains rebondissant fortement.
L’épidémie continue à progresser. De premiers cas de coronavirus ont été enregistrés hier en Afrique de l’Est, l’un au Kenya, l’autre en Éthiopie. Mais en Chine, point de départ de l’épidémie, le nombre de nouvelles contaminations a chuté hier à huit, chiffre le plus bas depuis la mi-janvier. Au Canada, le Premier ministre Justin Trudeau, « en bonne santé », est à l’isolement pour 14 jours, après que son épouse ent été testée positive jeudi au coronavirus. Le président brésilien Jair Bolsonaro a, lui, annoncé hier ne pas être porteur du coronavirus.
Source : AFP


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