La Bourse de Francfort a connu hier sa pire séance depuis 1989, plongeant de 12,24 % sur fond de panique des marchés déclenchée par l’épidémie de coronavirus. Ralph Orlowski/Reuters
La panique a gagné hier les marchés face à la pandémie de coronavirus et son impact redouté sur l’économie mondiale, paralysée par une cascade de mesures de protection dans le sillage de l’interdiction temporaire d’entrée aux États-Unis des voyageurs en provenance d’Europe.
En Europe notamment, où plus de 20 000 cas sont déjà signalés, l’épidémie poursuit sa progression inexorable, bouleversant la vie quotidienne des populations, de la limitation de déplacements aux fermetures de frontières.
L’Italie a enregistré hier son 1 000e mort, entre 5 et 10 000 personnes sont probablement infectées au Royaume-Uni – où seulement 590 cas sont recensés – selon le gouvernement, et le nombre de cas a explosé en Espagne.
Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) a averti hier d’un risque « élevé » de voir le système de santé dans l’UE et au Royaume-Uni être débordé par l’épidémie.
En Chine en revanche, point de départ de l’épidémie, le nombre de nouvelles contaminations a chuté hier à 15, au plus bas depuis la mi-janvier.
Affolées par l’épidémie et déçues par les annonces dans la journée de la Banque centrale européenne, les Bourses ont sombré. Des débâcles historiques à Paris, Londres, Francfort : les marchés ont cédé une nouvelle fois à la panique hier, ayant visiblement perdu l’espoir d’une réponse économique efficace à la pandémie. L’une après l’autre, les places européennes ont affiché des chutes historiques : pire séance de l’histoire du CAC 40 à Paris (-12,28 %), Francfort au plus mal depuis la réunification (-12,24 %), Londres qui n’avait jamais dévissé à ce point depuis octobre 1987. À Milan aussi, pire baisse jamais enregistrée : 16,92 %. Madrid a lâché plus de 14 %.
En données cumulées, la violence de la correction boursière apparaît encore mieux : les grandes places européennes ont perdu 30 % ou plus depuis le début de l’année. À Wall Street, en fin d’après-midi, le Dow Jones était en recul de 4,71 %, après avoir chuté de plus de 9 % en séance. En Amérique latine, curée également, à Buenos Aires comme à São Paulo.
L’impact de l’épidémie sur l’économie mondiale reste « difficile à prédire » et dépendra de l’ampleur de la pandémie et des réponses apportées par les pays touchés, a indiqué le FMI hier, précisant que la croissance mondiale en 2020 serait inférieure à celle de 2019.
La BCE constate une « considérable aggravation des perspectives de croissance à court terme » en zone euro, a de son côté averti sa présidente, Christine Lagarde.
Après les aides massives déjà annoncées par les grands argentiers de la planète, la BCE a dévoilé hier un arsenal de mesures visant à endiguer la panique financière et limiter l’impact économique de la pandémie, mêlant prêts aux banques – afin qu’elles aident les entreprises en vue d’éviter une vague de faillites – et rachat de dettes publiques et surtout privées. Elle n’a en revanche pas touché à ses taux directeurs, un statu quo qui a accéléré la dégringolade des marchés actions.
« Le choc actuel est sévère, mais pourrait être temporaire si les bonnes mesures sont prises par l’ensemble des acteurs », a estimé Mme Lagarde, recommandant une « réponse budgétaire ambitieuse et coordonnée » des gouvernements de la zone euro.
Ordre dispersé
L’UE va d’ores et déjà se pencher sur l’impact économique de la décision américaine, la veille, d’interdire l’entrée aux États-Unis – qui recense 1 100 cas – à compter de samedi et durant 30 jours, des voyageurs en provenance de 26 pays européens. Celle-ci aura un « fort impact » sur l’économie, a concédé le président Donald
Trump, à propos de sa mesure surprise, qui a poussé de nombreux Américains, inquiets d’être bloqués en Europe, à se précipiter dans les aéroports à Paris, Londres ou Amsterdam, écourtant vacances ou déplacement professionnel. L’UE a, elle, critiqué une décision prise « sans consultation ».
Mais deux pays européens ont pris hier des décisions similaires : la Slovaquie a annoncé la fermeture de ses frontières à tous les étrangers à l’exception des Polonais et la République tchèque voisine a interdit l’entrée aux voyageurs arrivant de 15 pays. Les deux pays ont également fermé de nombreux lieux publics.
Aux Pays-Bas, ce sont les grands musées d’Amsterdam, le Rijksmuseum et le musée Van Gogh, qui ont fermé. Par ailleurs, en Israël, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a ordonné hier soir la fermeture des écoles publiques.
Calendrier sportif
Dans le monde, 131 460 cas ont été recensés dans 116 pays et territoires, causant la mort de 4 923 personnes, selon un bilan établi à partir de sources officielles hier après-midi. En Italie, qui compte désormais plus de 15 000 cas, dont plus de 1 000 morts, tous les commerces, sauf ceux jugés essentiels, sont désormais fermés.
Des mesures qui ont laissé perplexes les Italiens, peinant à juger lesquels étaient essentiels. Hier, il était par exemple impossible de trouver une laverie ouverte, un commerce pourtant exempté de fermeture. En Espagne, le nombre de cas a bondi à près de 3 000 cas – dont une ministre – et le nombre de morts a presque doublé à 84. Les écoles de la région de Madrid ont été fermées. L’ensemble du gouvernement était soumis au test du coronavirus.
La pandémie continue aussi de semer le chaos dans le calendrier sportif : matches de basket de la NBA suspendus après un cas de coronavirus chez un joueur, championnat d’Italie de football suspendu jusqu’au 3 avril, championnat d’Espagne suspendu pour les deux prochaines journées, après le placement en quarantaine du Real Madrid et de possibles cas chez des joueurs d’autres clubs.
La flamme olympique pour les JO de Tokyo a bien été allumée hier sur le site antique grec d’Olympie, lors d’une cérémonie écourtée et en l’absence de spectateurs, alors l’opportunité de maintenir ces jeux fait débat.
Source : AFP


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