On dirait que cette fois, le phénix avec son éternelle promesse de renaissance ne verra pas le jour de sitôt.
Cet espoir qui nous soutient et nous fait rester, au nom du patriotisme, de la belle vie, de ce Liban qu’appellent les enfants… Il s’amenuise, se meurt sans que le peuple, impuissant, puisse le ranimer.
Ni Mar Charbel, ni le Imam, ni la Vierge qui transpire de l’huile ne pourront le ranimer…
Il est mort ? Pas encore ! Les charognards le dépècent encore et encore…
Mais ne montrons personne de spécifique du doigt !
Le cancer, c’est nous tous ! Sans exception ! C’est la faute de tous ! Les choix de tous ! L’action de tous ! L’inaction de nous tous, qui l’avons abattu… et continuons de le faire ! Sans merci !
À tort, à raison, par ignorance, par égoïsme, par avidité !
Gouverneurs, gouvernés, tous fautifs.
Non… Le pays ne nous doit rien ! Nous lui devons !
Il nous a tout donné et nous avons pris ! Sans arrêt ! Sans remords ! Sans jamais donner !
Le phénix est à bout. Il se meurt. De faim, de soif, de douleur et de désespoir.
Il a essayé de renaître… Ultime étincelle, ultime sursaut.
Une révolution… Qui a donné l’espoir !
Sauf que le désenchantement a tout de suite suivi !
Les discours se sont scindés en deux camps...
Ceux qui veulent qu’on leur donne et ceux qui n’ont pas pu, parce que…
Des verbes passifs ! Comme les gens de ce pays ! Discours de victimes !
On subit !
On subit la crise. On subit les politiciens. On subit les voleurs. On subit l’endettement. On subit les forces externes ! On subit les banques ! On subit le taux de change ! On subit le manque de denrées ! On subit l’archaïsme !
La peur s’infiltre. Mais la réalité est là. Immuable. Le phénix se meurt.
Et nous ? On attend qui ? On attend quoi ?
Mais levons-nous ! Qu’on arrête les plaintes !
Où est le plan et l’action qui le suivront ?
Le tic d’être une tique, le discours de l’idéologie, les rêves de héros… Il faut que cela s’arrête.
Peuple de survivants ! La survie n’est pas une qualité !
Mon vœu pour ce pays est que les gens réalisent que nous méritons plus que la survie.
Que pour vivre il faut se tenir debout, sur ses deux jambes !
Que pour être indépendant, il faut tenir en main sa destinée. Agir. Ne plus mendier ! Lever la tête, avancer et être prêt à travailler dur, fort, inlassablement.
Que le rendement ne vient pas en un jour, ni en une génération…
Que la force vient de la collectivité. Que si moi et l’autre avançons dans la même direction, le chemin sera plus facile, moins solitaire. Que si l’autre a plus, cela ne veut pas forcément dire que j’aurai moins. Que l’autre n’est pas autre, mais une partie du même corps.
Et cette vérité… Ce n’est pas la politique qui nous le dira.
Il nous manque une personne de cœur qui dirige le pays, pas une personne politique, pas une personne ayant de l’expérience, pas une personne de succès.
Un businessman aura toujours à cœur la balance financière au détriment de l’humain.
Le politicien aura toujours, comme priorité, la quête du pouvoir, et pour cela il faudra toujours un « autre », un ennemi à abattre.
Un homme de religion, non plus… Ces hommes-là n’ont pas peur de la mort ! Il vaut mieux quelqu’un qui aime plus les vivants !
Il nous faut une personne de cœur, qui aime ce pays, qui aime ses gens, qui sache jouer les cartes de richesses de ce pays (eau, gaz, position géographique clef…) sur le plan international, avec à cœur l’intérêt de ceux qui y vivent !
Qui permette à toutes les catégories de gens de s’épanouir librement (figurez-vous que cela peut exister).
Une personne qui laissera l’homme d’affaires remonter la pente, mais pas au détriment de l’homme. Qui permettra aux religieux d’exercer leur foi, sans que cela étouffe la vie quotidienne. Qui permettra aux politiciens de politiser, sans monter les gens les uns contre les autres. Une personne qui osera, pour changer, ne pas nous bourrer le crâne de mensonges. Qui osera trancher au nom de l’homme et non de la politique.
Une personne patriotique, nationaliste qui nous mette en valeur au lieu de se mettre, lui, en valeur.
Une personne plurielle dans un pays d’individus.
Une personne qui, pour changer, est prête à donner sans discrimination.
Qui, je l’espère, donnera envie aux gens de se lever, d’agir et pour une fois, de donner au pays autre chose que du sang.
Le phénix n’arrive plus à renaître et peut-être ne devrait-il plus renaître.
Il est temps de laisser la place à autre chose.
De plus durable, de moins cyclique, de plus rassurant.
Peut-être que le phénix doit mourir pour que le Liban puisse, pour une fois, naître au lieu de renaître.
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