Le ministre libanais de l’Économie Raoul Nehmé. Photo d’archives AFP
Le ministre de l’Économie, Raoul Nehmé, a affirmé hier que le Liban attend actuellement de savoir si ses créanciers « vont coopérer à la restructuration de la dette ou engager des poursuites en justice », suite à la décision annoncée samedi par le gouvernement de ne pas honorer ses engagements auprès des détenteurs d’eurobonds. Dans un entretien à l’agence de presse Reuters, M. Nehmé a indiqué « ne pas encore savoir quel sera le choix des investisseurs », estimant que leur décision devrait être prise « d’ici à quelques semaines ». Le Liban a l’intention de restructurer sa dette « une fois pour toutes », a-t-il déclaré. Samedi, le Premier ministre Hassane Diab avait annoncé dans un discours solennel la décision du Liban de ne pas rembourser les eurobonds (titres de dette émis en dollars) d’une valeur de 1,2 milliard de dollars arrivant à échéance aujourd’hui et de procéder à une restructuration de l’ensemble de sa dette.
Raoul Nehmé a indiqué à Reuters avoir proposé aux détenteurs d’eurobonds de « travailler main dans la main pour trouver une solution, ce qui est préférable à une situation de contentieux ». « Mais la décision de coopérer ou d’avoir recours à la justice leur revient. » Il a souligné que « les banques libanaises ont annoncé leur intention de coopérer et nous savons qu’elles sont en contact avec d’autres détenteurs d’eurobonds afin de les convaincre de négocier ».
Selon le ministre de l’Économie, le gouvernement n’ayant pas beaucoup d’avoirs hors du Liban, des actions en justice viseraient à « faire pression » sur le pays plutôt qu’à « récupérer réellement des fonds ». « Ils (les créanciers, NDLR) peuvent toujours attaquer le pays en justice et essayer de saisir des actifs, mais légalement parlant, cela ne fonctionnera pas », a-t-il estimé. « À New York et ailleurs, les lois sont très claires concernant l’immunité des avoirs gouvernementaux et des banques centrales », a-t-il précisé.
« Un front uni »
Dans ce contexte, Raoul Nehmé a appelé les Libanais et les responsables politiques à afficher un « front uni ». « Nous allons traverser des moments difficiles, mais je suis sûr qu’il y aura de la lumière au bout du tunnel », a-t-il lancé.
La dette du Liban s’élève à 90 milliards de dollars au total (dont près de 30 milliards en dollars et le reste en livres) et ne représente pas moins de 170 % du PIB, selon les estimations de Hassane Diab.
À ce propos, le ministre de l’Économie a souligné qu’un ratio de 90 % serait « plus soutenable, mais qu’un ratio de 60 à 80 % serait toutefois préférable ». « Nous devons réfléchir aux moyens qui nous permettront d’y arriver et cela entre dans le cadre du plan de réformes auquel nous travaillons », a-t-il ajouté, indiquant qu’il s’agit là d’un objectif « à long terme ». Et de déclarer qu’un « plan économique, fiscal et monétaire exhaustif sera finalisé dans les deux prochains mois ».
Interrogé par l’agence de presse sur le sort de la dette en livre libanaise, Raoul Nehmé a affirmé que les solutions à ce sujet étaient « plus faciles à trouver parce que le gouvernement n’a qu’une seule contrepartie » avec qui traiter de cette question, l’Association des banques du Liban (ABL). Une source gouvernementale avait dans ce cadre confié à L’Orient-Le Jour que le gouvernement prévoyait d’annoncer un défaut sur les bons du Trésor (titres de dettes émis en livres).
Le ministre a en outre estimé que le secteur bancaire libanais allait « nécessairement être réduit », en allusion à l’annonce faite samedi par le président du Conseil d’une future restructuration de ce secteur. « Il a même déjà commencé à se réduire », a ajouté M. Nehmé, qui prédit que « des augmentations de capital vont être nécessaires et des fusions pourront éventuellement avoir lieu » entre les banques. « Cela relève des responsabilités de la Banque centrale plus que du gouvernement », a-t-il poursuivi.
Enfin, concernant une éventuelle dévaluation de la livre, le ministre Nehmé a souligné que « peut-être la situation restera comme elle l’est actuellement, avec deux marchés parallèles, ou peut-être pas. Personne ne peut encore le dire ».
Face à un creusement continu de la balance des paiements (flux de biens, de services et de capitaux entre le pays et le reste du monde), que la BDL a dû couvrir en puisant dans ses réserves en devises, les banques avaient vu leurs quotas journaliers de devises fournis par la BDL réduits. Elles avaient donc fini par limiter fortement les retraits de dollars à travers les distributeurs automatiques et les guichets, entraînant l’apparition en septembre d’un taux de change parallèle qui a atteint la semaine dernière les 2 700 livres.


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