Liban

Un État schizophrène

Les échos de l’Agora
09/03/2020

Le 7 mai 2008, suite à la razzia du Hezbollah contre Beyrouth, le Liban entama sa descente aux enfers. Le 7 mars 2020, par la bouche du Premier ministre, le pays a atteint le fond de l’abîme et se trouve réduit à un État mendiant. Un siècle après sa création dans ses frontières actuelles, l’État libanais est devenu, au pire, une dépouille cadavérique livrée aux charognards et, au mieux, un vagabond sans domicile fixe (SDF) réduit à la mendicité. Sous le mandat de Aoun-2, le Liban est revenu à la situation catastrophique qui prévalait financièrement sous Aoun-1, avant l’entrée en scène de feu Rafic Hariri assassiné par des hommes du Hezbollah qui tient en otage le Liban pour le compte d’une puissance étrangère.

Pourquoi et comment vit-on une telle catastrophe, dont les Libanais ne se relèveront pas avant une ou deux générations au moins ?

Y aura-t-il quelqu’un en 2100 qui leur racontera le Liban de la prospérité insouciante et de la douceur de vivre des années 1950-1960 ? Quelqu’un leur dira-t-il la vérité du Liban qui s’est offert lui-même comme otage à la voracité des autres depuis le funeste accord du Caire ? Quelqu’un leur rappellera-t-il objectivement les crimes d’une caste politique pourrie et corrompue qui a pillé le pays sous l’œil protecteur et narquois d’une milice armée composée de Libanais, mais dont le Liban n’est pas la patrie d’appartenance ? Comment évoquera-t-on en 2100 ce 17 octobre 2019 où une population aux abois a dit « non » de manière si brouillonne ?

Un constat doit être fait. Aujourd’hui, la République libanaise, un État-nation inachevé, vit un drame familial peu commun en géopolitique. L’État et la nation se sont séparés l’un de l’autre comme un couple qui divorce ou comme un patient qui entre en schizophrénie. Recevant récemment le corps consulaire, le Premier ministre Hassane Diab avait publiquement déclaré : « En toute franchise, compte tenu de la situation dans laquelle il se trouve, l’État n’est plus en mesure de protéger les Libanais et de leur assurer une vie décente. »

Ainsi, l’État ne garantit plus cette « unité du multiple », pierre angulaire du vivre-ensemble. L’État, en tant que personne morale, est souverain dans la mesure où il peut protéger ses citoyens. Toute faillite à ce devoir signifie la mort de l’entité souveraine. Le risque est grand d’un retour à l’état tribal, voire à l’état sauvage. L’État libanais, pas la nation, souffre d’un syndrome de dépersonnalisation risquant de le mener à l’implosion schizophrénique qui le démembrera définitivement.

Cette condition tragique est due à l’aliénation de la personnalité de l’État par la discorde qu’entretient la mainmise du Hezbollah pour le compte de l’Iran. L’État ressemble à ces patients des cliniques psychiatriques qui disent : « Je sens comme si je n’avais pas de corps… Mes pensées ne semblent pas être les miennes… Mon bras décide ce qu’il veut, etc. » L’État libanais n’est plus qu’un agglomérat de composantes sectaires qui voguent chacune pour son compte. Leur seul point commun est leur caractère mafieux, et piller impunément est la règle. Aliéné, étranger par rapport à soi, dépouillé de sa volonté propre par l’Iran des mollahs, l’État libanais a perdu toute cohérence lui permettant de jouer son rôle premier de régulateur constitutionnel de la vie publique. En son sein, les forces politiques qui monopolisent le pouvoir sont des partis uniquement habités par les intérêts de l’esprit sectaire et non citoyen. Cet État schizophrène ne peut qu’user de violences physiques face au désarroi du peuple.

La nation libanaise, depuis le 17 octobre, a entrepris un réveil citoyen salutaire qu’elle n’a pas traduit en un projet politique. Elle rejette l’esprit sectaire et tout ce qui ressemble à l’establishment institutionnel. Le social de la société dite civile ne parvient pas à triompher de l’ordre politicien en décomposition avancée. Cependant, ce face-à-face n’est pas réductible à la seule lutte des classes. Le maillage réticulé des « sahate » (places révolutionnaires) révèle des masses d’individus conscients de leur identité citoyenne commune qui n’élimine pas les appartenances confessionnelles mais les contient toutes.

La nation n’est point schizophrène ; elle est traversée de turbulences. Le peuple des dominés affronte une caste de dominants qui forment un club fermé, vaste réseau mafieux où la vie politique se résume au partage d’un butin.

Le gouvernement de Hassane Diab est-il en mesure de sortir le pays d’une telle situation ? Il est permis d’en douter tant que la souveraineté de l’État n’est pas reconquise afin que ce dernier puisse se réconcilier avec la nation.


Dans la même rubrique
Veillée d’armes

Pourquoi leur faire confiance ?

Vers la IIIe République

Les flibustiers du Liban centenaire

Hassane Diab : un baiser de Judas pour les étrennes ?

Les deux visages du religieux

État infanticide et citoyens parricides

À la une

Retour à la page "Liban"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Georges MELKI

"Le Hezbollah est l'extension de la politique de deux pays au Liban, l'Iran et la Syrie. Leurs activités(sic) sont sous la supervision de ces deux pays. Quand la Syrie est "traitée"(je n'arrive pas à traduire تتعالج comme il faut), le Hezbollah disparaîtra du Liban. Mais si le Hezbollah est frappé au Liban, la Syrie continuera à nous envoyer un second, troisième, quatrième et cinquième Hezbollah..."
Traduction d'une allocution faite en 2002 aux EU par une personnalité libanaise de très haut niveau...

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

JE DIRAIS PLUTOT UN ETAT DE SCHIZOPHRENES !

VIRAGE CONTRÔLÉ

Connaissez vous la définition entre une révolte et une révolution ?

Dans une révolte on se soulève, on rouspète mais on ne touche pas à l'ordre établie.

Une révolution on renverse la table , on décapité et on transforme la société de fond en comble.

A quel moment de ce qui s'est passé le 17 octobre avons nous eu une révolution ?

Pourrons nous un jour avoir une révolution, une vraie de vraie ?

La composition de la société libanaise actuelle ne le permettra jamais , et l'esprit révolutionnaire est inexistant dans une société nation inachevée.

Citoyen libanais

C'est le régime syrien qui a offert le Liban au régime des mollahs et qui continue de servir de passe-plat entre les deux, ne jamais l'oublier.
Le Hezbollah n'est pas le seul instrument de cette servitude mais toute la classe politique corrompue imposée directement par le régime syrien ou par d'autres puissances étrangères mais toujours avec la bénédiction de Assad, depuis 1990. Essentiellement la bande des 5: Aoun Hariri Joumblatt Nasrallah Berri.

La révolte du 17 octobre a échoué à identifier clairement les coupables en se cachant dans un "kellon ya3né kellon" qui ne veut rien dire.

gaby sioufi

LES REVOLUTIONNAIRES DU 17 OCTOBRE N'EN ONT PAS FINI DE FAIRE FACE AUX GENS DU POUVOIR, QUI SOURNOISEMENT POUR CERTAINS(CPL), OUVERTEMENT POUR D'AUTRES FONT DE LEUR MIEUX POUR L'AFFAIBLIR,
LES REVOLUTIONNAIRES DU 17 OCTOBRE FONT FACE A QUELQUE CHOSE DE PLUS DUR A COMBATTRE :
LE SUIVISME AVEUGLE, INCOMPREHENSIBLE,MALADIF DE PLUS DE 85% DU PEUPLE LIBANAIS,
LES 15% RESTANTS SEULS LIBRES DE CETTE MALADIE.

Dernières infos

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

A WEEKLY EDITION CURATED AND
PERSONALIZED BY OUR EDITORIAL TEAM

SIGN UP TO OUR NEWSLETTER IN ENGLISH

More Info See Sample
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

L'OLJ vous offre 5 articles

Nous sommes un journal indépendant, nous chérissons notre liberté qui découle de notre autonomie financière comme de nos principes éthiques. Votre soutien, cher lecteur, est plus que nécessaire pour pérenniser nos initiatives.

Je poursuis la lecture

4

articles restants