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Moyen Orient et Monde

À Idleb, pas de désescalade en vue entre Ankara et Damas

Syrie

Tandis qu’au sol les combats font rage, Turcs et Russes ne parviennent pas à s’entendre sur un accord équitable en vue d’une cessation des hostilités dans la zone.

11/02/2020

Les pourparlers russo-turcs qui ont lieu ce week-end laissaient entrevoir une désescalade entre Ankara et Damas qui s’affrontent dans des combats d’une ampleur inédite à Idleb. Mais c’est l’exact contraire qui s’est produit. Cinq soldats turcs ont trouvé la mort hier dans une attaque des forces progouvernementales syriennes sur le poste d’observation de Taftanaz, au nord-est de la ville d’Idleb (Nord-Ouest syrien)–, l’un des douze mis en place par Ankara dès 2017 dans la dernière grande province aux mains des rebelles. Cinq autres militaires turcs ont été blessés. Les forces turques ont répliqué dans la foulée. Selon un communiqué du ministère turc de la Défense, elles ont « neutralisé » 101 soldats du régime de Damas, détruit trois chars, deux canons et touché un « hélicoptère ». À l’heure de mettre sous presse, le ministère a indiqué que la Turquie continuait hier soir de bombarder des positions syriennes.

L’attaque des forces du régime constituait une réponse à l’opération lancée quelques heures auparavant par les forces turques sur la ville de Saraqeb, reconquise samedi par Damas. Ankara avait alors ouvert le feu sur les positions du régime afin de préparer le terrain pour permettre à ses supplétifs rebelles de l’Armée syrienne libre de la reprendre. Saraqeb constitue une place stratégique, le point d’intersection des autoroutes M4 et M5 reliant Damas, Alep et Lattaquié. Elle abrite également plusieurs postes turcs d’observation qui ont été visés la semaine dernière par des tirs des forces progouvernementales syriennes, donnant lieu à une escalade de tensions entre Ankara et Damas. Huit soldats turcs avaient trouvé la mort dans les seuls affrontements du lundi 3 février. Cela fait donc un total de 13 militaires turcs tués en une semaine.

Malgré ces pertes, « les forces turques resteront en Syrie et continueront à répondre à ceux qui violent le droit international », a expliqué hier le vice-président turc Fuat Oktay. Ömer Celik, le porte-parole de l’AKP (Parti de la justice et du développement), la formation du président turc Recep Tayyip Erdogan, a de son côté affirmé qu’un retrait des postes d’observation de la part des forces turques « n’est pas d’actualité ». Au contraire, la stratégie turque vise à renforcer ses positions à Idleb.

L’armée turque a déployé, tout le week-end, d’importants renforts afin d’assurer la sécurité de ses points d’observation dans la région et de répondre à une éventuelle nouvelle attaque. Des véhicules blindés, des chars, des munitions et des membres des forces spéciales turques ont ainsi fait le chemin jusqu’aux provinces de Hatay et de Kilis (toutes deux au sud-est de la Turquie, à la frontière avec la Syrie). Une partie de ces renforts est restée stationnée à la frontière. L’autre s’est rendue sur les points d’observation que la Turquie possède dans la province d’Idleb. Des images diffusées hier sur les réseaux sociaux montraient également des hélicoptères turcs survolant la frontière turco-syrienne. Reuters avance le chiffre de 5 000 soldats dépêchés dans la zone d’Idleb. « Toutes les options sont sur la table », a déclaré dimanche un haut responsable turc cité par Reuters. Le ministre turc de la Défense, Hulusi Akar, avait réitéré dimanche l’ultimatum imposé quelques jours auparavant par le président Erdogan. « Si les forces du régime ne se sont pas retirées fin février, nous prendrons des mesures », avait-il déclaré au journal Hürriyet (prorégime). Ankara veut assurer une ceinture de sécurité dans la province d’Idleb et éviter à tout prix un nouvel afflux massif de réfugiés à sa frontière, alors que 700 000 personnes ont été déplacées par l’offensive loyaliste depuis début décembre. Ankara accueille déjà sur son territoire trois millions et demi de réfugiés qu’elle souhaite relocaliser dans le Nord syrien.



(Lire aussi : "Nulle part où aller" : les déplacés d'Idleb abandonnés à leur sort)


Diplomatie

Dans le même temps, des discussions entre la Turquie et la Russie – parrain de Damas – se poursuivaient hier à Ankara. Une première réunion avait déjà eu lieu samedi après la venue d’une délégation russe à Ankara. Elle n’avait abouti à rien de concret.

Aucun arrangement ou accord n’a été trouvé et les envoyés du Kremlin ont fait savoir que la Russie ne comptait pas revenir à la zone établie par l’accord de Sotchi, de septembre 2018. Ce dernier, signé entre Recep Tayyip Erdogan et Vladimir Poutine, avait établi une zone démilitarisée de 15-20 kilomètres autour de la province d’Idleb.

Entre les Turcs d’un côté et l’armée syrienne soutenue par la Russie de l’autre, tout le monde campe sur ses positions et personne n’accepte de reculer. Le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Çavusoglu, a néanmoins affirmé hier matin que si les pourparlers avec la délégation russe à Ankara n’aboutissaient pas, le président Erdogan et Poutine « pourraient se rencontrer ».

« Le président Erdogan peut choisir l’escalade ou reculer face à Damas (…). Reculer est impossible compte tenu de l’importance que le président turc accorde à Idleb », explique Will Toddman, membre du programme Moyen-Orient au Center for Strategic and International Studies (CSIS), contacté par L’Orient-Le Jour. Reculer serait synonyme de défaite et d’humiliation pour la Turquie, et engendrerait une avancée encore plus importante du régime dans la province qu’il cherche à reconquérir à tout prix. « L’envoi de troupes turques est un message adressé à Moscou, expliquant que les choses peuvent dégénérer à tout moment (…) mais aussi un message adressé à sa population, montrant qu’il veut faire payer la mort des soldats turcs », ajoute-t-il.

Les tensions entre le Saray (palais présidentiel turc) et Damas – et par conséquent le Kremlin – pourraient mettre à mal le partenariat turco-russe en Syrie et plus globalement le partenariat entre les deux puissances.



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