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Moyen Orient et Monde

Quand Téhéran s’invite dans la bataille à Idleb

Éclairage

L’élimination de Kassem Soleimani semble avoir poussé les Iraniens à se montrer plus visibles en Syrie.

07/02/2020

Alors que les forces loyalistes tentent de récupérer depuis des mois la dernière province aux mains des rebelles, l’Iran, parrain du régime syrien aux côtés de la Russie, était jusqu’alors en retrait de cette offensive. Des médias turcs ont pourtant fait état fin janvier d’un déploiement de forces pro-iraniennes dans la région, dans le but « d’en finir avec cette zone de désescalade ».

« Les combattants soutenus par Téhéran ont joué un rôle mineur dans l’opération militaire d’Idleb pendant des mois, mais la recrudescence des combats sur plusieurs fronts a obligé les groupes pro-iraniens à participer de plus en plus. La majeure partie de leurs forces se trouvent sur l’axe Alep-Idleb et autour de la ville stratégique de Khan Touman », explique Danny Makki, un analyste syro-britannique, contacté par L’Orient-Le Jour. Le week-end dernier, al-Hajj Ali Acghar, un officier de la brigade al-Qods (Unité d’élite des gardiens de la révolution iraniens), à la tête des forces défensives iraniennes du secteur d’Idleb, a été tué lors de combats à Khan Touman. De nombreux combattants iraniens et des miliciens irakiens et libanais auraient également été tués, selon des informations partagées par des comptes Twitter et Telegram pro-rebelles. Des photos de cartes d’identité de combattants iraniens et de rials iraniens circulent également sur les réseaux sociaux.


(Lire aussi : À Idleb, la Turquie à la peine)


Voies stratégiques
En janvier, les forces iraniennes ont ouvert un nouveau front dans le sud d’Alep dans l’optique de parvenir à établir une jonction avec celui d’Idleb mené par Damas et Moscou. Le 30 janvier, les milices chiites se sont emparées des villes de Khalidiya et de Khan Touman. Dans une vidéo publiée sur son compte Twitter, une milice irakienne pro-Téhéran affirme que l’opération pour reprendre cette ville avait pour objectif de venger le général Kassem Soleimani, tué lors d’une frappe américaine le 3 janvier dernier. On y voit notamment un milicien inscrire au feutre « de la part de Soleimani » sur une roquette.

Le 28 janvier, les forces loyalistes se sont emparées de la ville stratégique de Maarret al-Naaman et Saraqeb, située à une vingtaine de kilomètres d’Idleb. « Des milices pro-iraniennes, syriennes et étrangères, sont présentes à Alep depuis la reconquête de la ville en 2016. Leur présence à Idleb est cependant nouvelle », explique Nick Grinstead, analyste concernant la sécurité régionale à LeBeck International, un think tank basé à Bahreïn. La connexion entre les deux fronts permettrait au régime d’assurer le contrôle des voies stratégiques M5 (reliant Alep à Damas), et à l’avenir de l’autoroute M4 (reliant Saraqeb à Lattaquié, bastion de la famille Assad dans l’Ouest). « Si l’Iran peut aider Assad à reprendre l’autoroute M5, il sera probablement récompensé par une certaine forme de concessions économiques, formelles et informelles », poursuit Nick Grinstead. « Au vu des avancées du régime, les pasdaran se sont dit qu’ils doivent jouer un rôle dans la bataille. L’idée est de porter l’estocade aux rebelles et à la Turquie et qu’il faut que tout le monde participe », affirme Thomas Pierret, chargé de recherche au CNRS (Paris) et à l’Iremam (Aix-en-Provence).


(Lire aussi : Qu’attend Moscou pour siffler la fin de la partie entre Ankara et Damas ?)



Message à Washington
Téhéran est plus ou moins resté discret sur le plan militaire en Syrie depuis 2018, essentiellement en raison des frappes israéliennes récurrentes contre ses positions sur le territoire, notamment dans le sud du pays. Les Américains et les Israéliens, et dans une certaine mesure les Russes cherchent à limiter l’influence iranienne en Syrie. L’élimination du général iranien Kassem Soleimani le 3 janvier dernier lors d’une frappe américaine a probablement poussé les Iraniens à se montrer plus visibles en Syrie, pour prouver qu’ils ne peuvent pas être mis de côté.

Loin de se retirer après la mort de leur stratège en Syrie, les Iraniens ont décidé d’appuyer une nouvelle fois Assad dans sa reconquête du dernier fief qui lui échappe. Cette nouvelle démonstration de force des troupes pro-iraniennes à Idleb et à Alep est également un message adressé à Washington. Ali Akbar Velayati, le conseiller spécial du guide suprême iranien Ali Khamenei, a déclaré lors d’une conférence de presse le 30 janvier dernier que « le gouvernement syrien et ses alliés du front de résistance iront d’Idleb jusqu’à l’est de l’Euphrate pour en expulser les Américains ».

Cette posture plus offensive pourrait en revanche se heurter aux ambitions d’un autre acteur sur le terrain : la Turquie, qui parraine l’opposition et dont les troupes combattent actuellement les forces loyalistes dans la province rebelle. Pour l’heure, l’Iran ne serait toutefois pas « trop préoccupé par la réaction turque », car ses forces sont « principalement basées autour d’Alep et ont été utilisées à des fins défensives ou pour reprendre des zones tombées en raison de contre-attaques de l’opposition », affirme Danny Makki.


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VIRAGE CONTRÔLÉ

Haro sur les bactéries wahabites injectées chez nous par les américano bensaoudo sionistes , introduites par les ottomans .

Je ne vois pas pourquoi les populations victimes de ces criminelles iraient s'en plaindre .

Il y a 9 ans de cela le héros syrien Bashar l'avait dit , on ne tolèrera aucune présence wahabito américano sioniste en Syrie libre et indépendante sous couverture ottomane .

Ca se réalise sous nos yeux . A la Barakett Allah .

Revoltution

Ces Pasdarans Iraniens tout ce qu’ils savent c’exciter contre des civils qui fuient leur propre pays .
Allez donc montrer vos crocs bande de lâches avec les Israéliens qui vous donnent des tannées tous les jours misérables !

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