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Éclairage

En Syrie, la coopération turco-russe en péril

Des affrontements d’une ampleur inédite ont opposé hier les forces turques à celles du régime syrien.

Un convoi turc dimanche dans la province d’Idleb. Aaref Watad/AFP

Énième tournant dans la guerre syrienne ou escalade temporaire qui n’aura pas de conséquences majeures ? Il est beaucoup trop tôt pour répondre à cette question, mais la violence des combats qui ont opposé, lundi, soldats turcs et syriens dans la province d’Idleb est en tout cas inédite. C’est la première fois que des combats d’une telle ampleur opposent la Turquie, qui parraine l’opposition syrienne et qui est présente sur le terrain depuis 2016, et les forces du régime de Bachar el-Assad.

Alors que le régime syrien et son parrain russe poursuivent leur offensive afin de reprendre la province d’Idleb, la dernière aux mains des forces rebelles, Ankara a envoyé dimanche un convoi de 240 camions et blindés qui se sont déployés près de la localité de Saraqeb, prochain objectif dans la reconquête loyaliste. La Turquie dispose de douze postes d’observation dans la province d’Idleb, mais était restée relativement silencieuse face à l’avancée des troupes du régime, se contentant de regretter que la Russie « ne respecte pas » les accords conclus entre les deux pays pour éviter une escalade. Les affrontements ont éclaté lundi avant l’aube avec des tirs du régime sur des positions turques, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme. La Turquie a indiqué que quatre soldats turcs avaient été tués et neuf blessés par des tirs d’artillerie du régime, affirmant que l’armée turque avait répliqué et « détruit plusieurs cibles ». Le bilan des morts côté syrien donne lieu à une bataille de chiffres. Le ministre de la Défense Hulusi Akar, cité par l’agence de presse Anadolu, a affirmé que l’armée turque avait « neutralisé » 76 soldats syriens, alors que le président turc Recep Tayyip Erdogan avait évoqué plus tôt le chiffre de 35 soldats tués. L’OSDH évoque un bilan de 13 morts tandis que l’agence officielle syrienne SANA a démenti tout décès dans les rangs de l’armée. « Nous avons dit ce n’est plus possible, et nous avons apporté la riposte appropriée, a déclaré Recep Tayyip Erdogan en commentant la riposte turque. Que ce soit par des bombardements aériens ou d’artillerie, nous leur faisons payer le prix (...). »

L’éclatement de combats directs entre Ankara et Damas met en péril la coopération russo-turque en Syrie. Ce partenariat entre deux acteurs qui soutiennent des camps opposés était par nature limité. Mais il reposait jusqu’à maintenant sur une volonté commune d’éviter des affrontements directs entre les deux puissances et sur un intérêt partagé de limiter l’influence américaine sur ce terrain. La coopération russo-turque s’inscrit aussi dans un contexte plus global de rapprochement entre les deux pays, marqué notamment par l’achat par Ankara du système russe de missile antiaérien S-400.

Les Turcs affirment avoir prévenu les Russes de leur déploiement à Saraqeb, ce que la Russie dément. Le président Erdogan a exhorté hier la Russie à « assumer ses obligations » dans la province d’Idleb, en référence à l’accord de trêve parrainé par Moscou et Ankara et censé entrer en vigueur en janvier. « À partir de maintenant, le régime syrien est une cible pour nous dans la région. Nous attendons de la Russie qu’elle cesse de le protéger », a déclaré pour sa part Omer Celik, porte-parole de l’AKP, le parti au pouvoir. Signe toutefois que le dialogue n’est pas rompu, les chefs de la diplomatie des deux pays se sont entretenus hier au téléphone. Les deux responsables ont « examiné en détail le cours du règlement syrien, accordant une attention particulière à la situation dans la zone de désescalade d’Idleb », a indiqué le ministère russe des Affaires étrangères.


(Lire aussi : Face à l'avancée du régime, des Syriens disent adieu à leur ville Saraqeb)


Pas une lune de miel

Ankara était semble-t-il prêt à accepter la reprise d’une partie de la province d’Idleb par les forces loyalistes. Mais il ne peut pas accepter que la totalité de la province tombe entre les mains de Damas, non seulement parce qu’il perdrait une carte importante dans sa politique syrienne, mais surtout parce que la population déplacée n’a d’autre choix que de se diriger vers la frontière turque, alors que la Turquie accueille déjà sur son sol 3,5 millions de réfugiés syriens qu’elle cherche à relocaliser en Syrie. Le président turc a évoqué hier le chiffre d’un million de déplacés se dirigeant vers la frontière turque pour échapper à l’offensive.

Moscou, pour sa part, adopte toujours la même tactique vis-à-vis de la Turquie en Syrie. Les troupes loyalistes avancent puis négocient un cessez-le-feu au moment où Ankara menace de se retirer du processus avant de reprendre l’offensive plus tard afin de repousser les lignes rouges turques.

Les combats d’hier mettent toutefois en péril cette tactique, d’autant plus que Moscou travaillait à rapprocher Damas et Ankara, notamment au niveau de leurs services de renseignements, au cours de ces derniers mois. Ce rapprochement était facilité par l’offensive turque contre les milices kurdes dans le Nord-Est syrien en octobre dernier qui a abouti à un partage de la région entre Moscou et Ankara.

La coopération turco-russe semble encore beaucoup trop nécessaire à chacun des deux acteurs pour être complètement remise en question. La Syrie n’est que la vitrine d’une alliance plus large, qui s’est caractérisée début janvier par l’inauguration en grande pompe à Istanbul, en présence du président Erdogan et de son homologue Vladimir Poutine, du gazoduc TurkStream reliant la Russie à l’Europe via la mer Noire. Moscou va toutefois devoir contenir l’escalade assez vite s’il ne veut pas que la situation devienne hors de contrôle. La Russie semble être partagée entre sa volonté de reprendre rapidement la province d’Idleb, et dans le même temps de ne pas provoquer une rupture dans ses relations avec Ankara. Le dernier gros incident entre les deux pays remonte à novembre 2015 lorsqu’un avion chasseur-bombardier Sukhoï Su-24 avait été abattu par deux F-16 turcs. Il avait abouti, après des mois de tensions, au début d’un fort rapprochement entre les deux pays, basé notamment sur une hostilité commune vis-vis de l’Occident. Mais comme s’il voulait rappeler que l’amitié russo-turque n’est pas une lune de miel, le président Erdogan a réitéré hier, depuis l’Ukraine, que la Turquie « ne reconnaît pas l’annexion illégale de la Crimée ».



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Énième tournant dans la guerre syrienne ou escalade temporaire qui n’aura pas de conséquences majeures ? Il est beaucoup trop tôt pour répondre à cette question, mais la violence des combats qui ont opposé, lundi, soldats turcs et syriens dans la province d’Idleb est en tout cas inédite. C’est la première fois que des combats d’une telle ampleur opposent la Turquie, qui...

commentaires (3)

UNE ARMEE MUSULMANE SUNNITES QUI TUE D'AUTRES MUSULMANS SUNNITES UNE ARMEE SYRIENNE QUI FAIT FACE A UNE AGRESSION ETRANGERE TURQUE SUR SON TERRITOIRE UNE RUSSIE QUI EST MELEE DANS UN IMBRIGLIO ARABE ET QUI NE COMPREND RIEN A CECI ET ON ESPERE ENCORE FAIRE LA PAIX ENTRE PALESTINIENS ET ISRAELIENS LA VERITE EST QUE TANT QUE LE PEUPLE DE CES REGIONS NE SE LIBERE PAS DE LEURS DIRIGEANS RIEN NE CHANGERA AU MOYEN ORIENT VOILA LA VRAIE RAISON D'EXISTER DE LA REVOLUTION LIBANAISE

LA VERITE

15 h 08, le 04 février 2020

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Commentaires (3)

  • UNE ARMEE MUSULMANE SUNNITES QUI TUE D'AUTRES MUSULMANS SUNNITES UNE ARMEE SYRIENNE QUI FAIT FACE A UNE AGRESSION ETRANGERE TURQUE SUR SON TERRITOIRE UNE RUSSIE QUI EST MELEE DANS UN IMBRIGLIO ARABE ET QUI NE COMPREND RIEN A CECI ET ON ESPERE ENCORE FAIRE LA PAIX ENTRE PALESTINIENS ET ISRAELIENS LA VERITE EST QUE TANT QUE LE PEUPLE DE CES REGIONS NE SE LIBERE PAS DE LEURS DIRIGEANS RIEN NE CHANGERA AU MOYEN ORIENT VOILA LA VRAIE RAISON D'EXISTER DE LA REVOLUTION LIBANAISE

    LA VERITE

    15 h 08, le 04 février 2020

  • la Turquie « ne reconnaît pas l’annexion illégale de la Crimée », puisqu'elle n'a pas encore digérer sa perte durant le régime des sultans, ainsi que ses territoires du sud.

    DAMMOUS Hanna

    09 h 49, le 04 février 2020

  • TOUTE COOPERATION CONTRE NATURE NE DURE PAS. LA TURQUIE EN SYRIE TOUT COMME L,IRAN ET SES ACCESSOIRES EST UN ENVAHISSEUR. ELLE DOIT PARTIR.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    09 h 17, le 04 février 2020