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Politique - Contestation

Les interpellations de contestataires, entre intimidations et dissuasion

Plusieurs activistes sont actuellement interrogés par les autorités dans le cadre d’affaires diverses. Un avocat et des militants dénoncent des mesures de dissuasion.

La répression et l’intimiditation des manifestants prend plusieurs formes. Photo Hassan Assal

Les arrestations, interpellations et convocations d’activistes de l’intifada libanaise se sont multipliées ces derniers jours, au grand dam de leurs compagnons qui se rassemblent régulièrement devant les commissariats où ils sont arrêtés et craignent une tentative de museler la rue.

Selon l’avocat Hassan Bazzi, membre du comité des avocats apportant leur aide aux manifestants, les détenus sont actuellement au nombre de trois : Rabih Zein, Mohammad Srour et Georges Azzi, tous arrêtés dans le cadre d’une même affaire. Ils sont suspectés d’avoir incendié le distributeur automatique de billets de la branche du Crédit libanais à Zouk, ainsi que d’avoir lancé un cocktail Molotov sur un bureau du Courant patriotique libre à Jounieh. Les partisans de Rabih Zein et les parents et amis des deux autres jeunes hommes sont tous mobilisés pour plaider leur cause.

Selon l’Agence nationale d’information, le juge d’instruction du Mont-Liban Bassam el-Hajj entendra aujourd’hui Rabih Zein suite aux aveux des deux autres, qui l’auraient accusé d’incitation à la violence, toujours selon l’ANI.

Parmi les partisans et défenseurs des jeunes hommes, certains se demandent pourquoi ceux qui ont commis des actes d’agression à l’encontre de manifestants, ces derniers jours, et qui parfois ont été clairement identifiés, ne sont, eux, pas inquiétés par la justice.

Outre ces trois cas, Misbah Ahdab, ancien député de Tripoli, a mentionné hier Nour Chahine et Fadel el-Daraj, « incarcérés depuis plusieurs semaines pour avoir revendiqué leurs droits ». Il a également conseillé aux manifestants de « purifier leurs rangs des infiltrés de la classe politique corrompue ».

Ces derniers jours, plusieurs activistes du parti Sabaa ont également été interrogés : hier, l’un d’eux, Abed Harb, a été relâché par le service des renseignements des Forces de sécurité intérieure après plusieurs heures d’interrogatoire. Auparavant, Dalia Gebeyli, Gilbert Hobeiche et Alaa Hassan avaient tous été interrogés de la même manière.

Vicky Zouein, cadre du parti Sabaa, précise à L’Orient-Le Jour qu’ils sont systématiquement interrogés « sur leur rôle dans l’organisation des mouvements, le transport et la distribution de nourriture… ». « C’est ridicule, poursuit-elle. Si l’on doit arrêter les gens parce qu’ils distribuent de la nourriture en ces circonstances, ils n’auront pas assez de prisons pour nous enfermer tous. De plus, on leur confisque leurs téléphones portables d’où sont tirées toutes les informations. De notre côté, nous n’avons nullement l’intention de baisser les bras face à ces méthodes policières. Ils pensent étouffer cette intifada mais ne feront que la renforcer. »



(Lire aussi : Linda Boulos Makari : « Les services de renseignements m'ont demandé si j’étais financée par les États-Unis »)



Des pratiques pour « décrédibiliser »
Outre le cas des activistes de Sabaa, l’avocat Hassan Bazzi rappelle que « la centaine de personnes arrêtées durant les affrontements devant la caserne Hélou, et la veille rue Hamra les 15 et 16 janvier derniers, n’ont pas été totalement acquittées même si elles ont été relâchées ». Il poursuit : « Juridiquement parlant, il est normal que l’enquête se poursuive dans leur cas, nous comprenons cela et les accompagnons durant toutes les étapes. Mais cela ne nous empêche pas de trouver ces arrestations arbitraires, même si la procédure judiciaire est correcte. »

« Ce pouvoir n’est rien d’autre que le prolongement du précédent, ajoute l’avocat. Nous remarquons que le bureau de cybercriminalité poursuit ses pressions contre nous tous. De plus, nous dénonçons certaines pratiques à l’encontre des manifestants arrêtés, comme le fait qu’ils soient presque systématiquement soumis à des tests de dépistage de drogue, comme pour les décrédibiliser. Nous avons déjà conseillé aux manifestants de refuser ce test, ce qui est leur droit. »



(Lire aussi : Arrestation de l’activiste controversé Rabih Zein)



« Démêler les méthodes du pouvoir »
Selon Lucien Bourjeily, activiste et réalisateur, le nombre des personnes interrogées et/ou détenues est à la hausse. « J’ai l’impression qu’il y a des mesures plus strictes qu’avant, comme une attaque programmée qui s’est déclenchée avec la formation de ce gouvernement, dit-il. Outre les interpellations, il y a eu l’épisode de la tentative d’ouverture des routes autour de la place des Martyrs, qui s’est soldée par un retrait de la protection assurée aux tentes jusque-là. Et puis les murs autour des institutions gagnent en hauteur, comme pour décourager toute protestation en cachant l’interlocuteur. »

En clair, l’activiste voit dans ces changements un mot d’ordre destiné à étouffer le mouvement de contestation de manière à montrer, à la communauté internationale notamment, qu’il n’y a plus de protestation dans les rues. « Ce n’est pas la première fois que nous avons affaire à de telles méthodes, dit-il. Des manifestants perdent un œil, un membre ou la vie. On arrête un activiste qui est source d’influence pour les autres, afin de les terroriser et de les dissuader de poursuivre leur mobilisation. On arrête par exemple une personne qui aide les militants à se déplacer ou qui leur fournit de la nourriture, comme si c’est un crime en soi, alors que les corrompus, ceux dont les actes ont peut-être causé mort d’homme, ne sont toujours pas inquiétés ! »

Comment faire face ? « Il faut aider les gens à démêler les méthodes du pouvoir et comprendre quelle est leur signification, affirme Lucien Bourjeily. C’est ce qui remettra les foules sur la voie de l’engagement et de la mobilisation, car elles doivent comprendre qu’il n’y a pas de marche arrière possible. Nous sommes déjà allés trop loin, beaucoup plus loin que durant n’importe quel autre mouvement. Contre-attaquer et redescendre dans la rue est la seule vraie réponse à ces tentatives de découragement. »



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commentaires (1)

Calmons nous un peu , nous avons carrément paralysé toute l'économie pendant ces cent jours de révolution . Laissons au gouvernement un petit répit afin qu'il aie le temps de prendre des mesures urgentes , quitte a reprendre la politique des émeutes au cas où rien n'est fait . De grâce un peu d'air !

Chucri Abboud

20 h 36, le 31 janvier 2020

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Commentaires (1)

  • Calmons nous un peu , nous avons carrément paralysé toute l'économie pendant ces cent jours de révolution . Laissons au gouvernement un petit répit afin qu'il aie le temps de prendre des mesures urgentes , quitte a reprendre la politique des émeutes au cas où rien n'est fait . De grâce un peu d'air !

    Chucri Abboud

    20 h 36, le 31 janvier 2020

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