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Éclairage

Le nouveau Premier ministre irakien loin de faire l’unanimité

Les manifestations se poursuivent alors que le chef chiite Moqtada Sadr appelle à soutenir Mohammad Taoufik Allaoui.

Le Premier ministre irakien nouvellement nommé, Mohammad Taoufik Allaoui, prononçant un discours télévisé à Bagdad, en Irak, le 1er février 2020. Iraqi Prime Minister Media Office/Handout via Reuters

Plus de deux mois après la démission sous la pression populaire de l’ancien Premier ministre irakien Adel Abdel Mahdi, son successeur a été dévoilé samedi par le président irakien Barham Saleh.

Il s’agit de l’« indépendant » Mohammad Taoufik Allaoui, 65 ans, ancien ministre de la Communication à deux reprises, sous le gouvernement de Nouri al-Maliki (pro-Iran), d’abord entre 2006 et 2007, puis entre 2010 et 2012. À deux reprises, il avait démissionné de son poste après avoir cherché à mettre en œuvre des mesures anticorruption, accusant M. Maliki de fermer les yeux sur ce phénomène endémique dans le pays. Il est le cousin de l’ancien Premier ministre irakien Iyad Allaoui, qui a gouverné le pays entre 2004 et 2005. « M. Allaoui est connu pour son intégrité. Il est apprécié par beaucoup au sein de la classe politique irakienne et n’a pas de mauvaise réputation comme certains autres politiciens », explique Abbas Kadhim, chercheur spécialiste de l’Irak au sein du think tank Atlantic Council, contacté par L’Orient-Le Jour, ajoutant qu’il « n’a pas d’engagements envers un pays étranger et aura très probablement un rôle d’équilibriste auprès des puissances qui ont des intérêts dans la région, qu’il s’agisse de l’Iran ou des États-Unis », au même titre que son prédécesseur.

Selon la Constitution irakienne, M. Allaoui dispose maintenant d’un mois pour former le nouveau gouvernement qui devra diriger le pays, jusqu’à la tenue d’élections législatives anticipées. Une fois formé, ce cabinet devra à son tour être approuvé par un vote de confiance au Parlement. « La formation du gouvernement de Allaoui sera compliquée et problématique. Il n’est pas à la tête d’un bloc fort au Parlement irakien et a besoin du soutien de toutes les factions présentes », a indiqué hier Hassan Jihad, l’un des principaux conseillers du président Barham Saleh, interrogé par le site d’information kurde irakien Rudaw.

Dans le cadre de cette formation du gouvernement, M. Allaoui a affirmé dans une vidéo publiée samedi sur son compte Twitter qu’il tiendra compte des demandes des manifestants qui réclament depuis le 1er octobre le départ de toute la classe politique du pays jugée incapable et corrompue. « Si les blocs politiques tentent de m’imposer leurs candidats, je sortirai, viendrai vous parler et rejetterai cette nomination », a-t-il expliqué. Il s’est également adressé directement aux manifestants, leur demandant de « poursuivre » leur mouvement. « Si vous n’êtes pas avec moi, je serai seul et je ne pourrai rien faire », a-t-il indiqué. Le soir même, M. Allaoui a promis de former un gouvernement représentatif et de s’assurer que justice serait rendue pour les manifestants tués lors du mouvement de contestation. L’un des derniers bilans faisait état de 480 victimes, majoritairement des protestataires, selon un décompte de l’AFP.


(Lire aussi : Le nouveau Premier ministre irakien Allawi, un choix de consensus)


Une bonne étape

M. Allaoui figurait déjà parmi les prétendants à la « succession » de Adel Abdel Mahdi. Avant même la nomination de M. Allaoui, les Irakiens s’étaient mobilisés en masse pour rejeter cette éventualité, voyant en lui un autre membre de la classe politique qu’ils rejettent.

C’est donc sans surprise qu’ils sont redescendus dans les rues de Bagdad et d’autres villes du sud du pays lors du week-end écoulé pour protester. « Allaoui est rejeté », scandaient-ils sur la place Tahrir, épicentre du mouvement de contestation, selon une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux. « Mohammad Allaoui est rejeté, par ordre du peuple ! » indiquait hier une pancarte fraîchement accrochée dans la ville sainte de Najaf, à environ 180 km au sud de Bagdad.

La réaction la plus attendue était celle du leader religieux chiite populiste Moqtada Sadr, à la tête de la première force politique du Parlement irakien, « Sa’iroun » (La marche pour les réformes), qui a depuis le début des manifestations un pied dans la révolution et l’autre dans le pouvoir. Celui qui est actuellement l’homme fort en Irak a apporté son soutien à Mohammad Taoufik Allaoui, « choisi par le peuple » selon lui, et salué « une bonne étape » pour l’Irak. « Aujourd’hui, l’histoire a montré que le peuple irakien a choisi le prochain Premier ministre irakien et non les partis politiques », avait-il tweeté samedi, appelant par la même occasion les manifestants « à continuer de manifester jusqu’à la formation complète du cabinet ».

M. Sadr a ordonné hier à ses partisans de coordonner avec les forces de sécurité pour rouvrir les routes et les écoles, prenant le contrepied des protestataires. Des images diffusées samedi sur les réseaux sociaux montraient des partisans du clerc tribun sur la place Tahrir s’en prenant à des manifestants indépendants qui refusent de reconnaître la nomination du nouveau Premier ministre.

Le parti islamique (chiite) Dawa a quant à lui dénoncé samedi la nomination de M. Allaoui, estimant dans un communiqué qu’aucun candidat à ce stade n’était susceptible de recueillir un large soutien.

À l’étranger, l’Iran, dont l’influence politique et militaire en Irak s’est considérablement renforcée ces dernières années – notamment sous le gouvernement de Nouri al-Maliki –, a applaudi la nomination de M. Allaoui. L’ambassade américaine à Bagdad a de son côté publié une déclaration appelant à un gouvernement « indépendant et honnête » pour répondre aux demandes du peuple irakien.


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