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Développement

La crise appelle à investir davantage dans les secteurs productifs, estime l’UE

L’Union européenne et Expertise France ont mis en œuvre trois différents projets pour aider les agriculteurs et les menuisiers à produire plus et de meilleure qualité.


Environ 455 menuisiers ont bénéficié du soutien d’Expertise France et de l’Union européenne. Photo DR

La clôture du programme de développement du secteur privé, financé par l’Union européenne (UE) à hauteur de 15 millions d’euros (16,51 millions de dollars), et mis en œuvre par Expertise France, a eu lieu la semaine dernière à Beyrouth. Ce programme qui s’est étendu sur trois ans, de 2016 à 2019, a été décliné sur trois différents niveaux : financier, agricole et industriel.

Expertise France est une agence publique française qui met en œuvre des politiques publiques dans des pays en développement afin de contribuer au développement humain, environnemental et économique. Elle crée des opportunités d’emploi en améliorant la productivité du secteur privé. Pour le programme de développement du secteur privé, l’agence publique française a travaillé sur trois projets dans trois régions différentes : Agri-Békaa pour les agriculteurs de la région qui produisent des raisins et des cerises, Agri-Akkar pour les avocats et enfin Agri-Wood pour les menuisiers à Tripoli. L’entreprise a également aidé à créer des marques de qualité telles que Merula pour les cerises à la Békaa et Minjara pour le bois à Tripoli.



Penser différemment le développement local

Les secteurs industriel et agricole permettront au Liban de sortir de la crise économique et financière qu’il traverse, sur fond de déficit commercial et de crise de change et de liquidité, selon le chef des opérations dans le département de l’économie et du développement local de l’UE au Liban, José Luis Vinuesa-Santamaria. « La crise actuelle appelle à penser différemment, à importer moins et réduire le déficit commercial, donc à investir dans les secteurs productifs. » En effet, le pays du Cèdre importe environ 80 % de ses ressources. Or, la Banque du Liban (BDL) ayant resserré depuis l’été la circulation des dollars dans l’économie, le pays a du mal à se procurer des devises afin d’importer ses besoins les plus basiques. Mais il serait possible de produire davantage localement, et même d’exporter. C’est ainsi que le but de ce programme était d’aider les agriculteurs et les charpentiers à produire plus de valeur et augmenter la productivité des producteurs libanais, selon le directeur général d’Expertise France, Jérémie Pellet. En effet, « l’économie libanaise recèle de talents qui n’attendent qu’une étincelle pour pouvoir s’exprimer ». Ils pourront ainsi aider à redresser le pays, selon un autre responsable au sein d’Expertise France, Julien Schmit. Expertise France met également l’accent sur le travail avec des ONG libanaises qui pourront poursuivre les projets et œuvrer avec des producteurs locaux dans le futur, après l’arrêt du programme.

L’accès au financement se fait à travers un fonds de subvention créé par Expertise France et par Kafalat, un fonds de garantie. Il cible essentiellement les petits emprunteurs qui ne sont pas forcément éligibles pour les prêts classiques et n’ont pas accès aux informations sur les possibilités de financement extérieur.


(Lire aussi : L’UE débloque via la BERD 50 millions d’euros de garanties pour les énergies renouvelables dans quatre pays, dont le Liban)

Nouvelles méthodes

Les résultats ont été « très importants », surtout dans le nord du pays, grâce à l’introduction de nouvelles techniques et de nouvelles méthodes de travail pour les participants, qu’ils soient agriculteurs ou charpentiers. Expertise France a aidé les agriculteurs, essentiellement les producteurs d’avocats, de raisin et de cerises. Ces agriculteurs produisent davantage, avec une meilleure qualité et peuvent vendre à un prix plus élevé. Même chose pour le secteur du meuble, qui a connu une hausse de la qualité et une plus grande coopération avec les professionnels du design et du marketing.

Concernant le financement, environ 600 propriétaires de PME et de micro-entreprises ont eu accès à des fonds. M. Vinuesa-Santamaria espère que l’expertise acquise par les agriculteurs va se répandre à d’autres filières de fruits et légumes. Les trois projets de ce programme – Agri-Békaa, Agri-Akkar et Agri-Wood – avaient trois besoins principaux. Tout d’abord, la collecte d’informations, comme par exemple les besoins du marché, les prix, la production des autres agriculteurs ou charpentiers... Des données accessibles plus facilement à travers des applications mobiles (Agvisor pour l’agriculture et Furniture Tripoli) ; la hausse de la qualité du produit, à travers des sessions de formation sur les normes internationales, de nouvelles techniques de production et l’achat de camions réfrigérés pour transporter la marchandise ; et enfin l’accès au marché grâce à une aide fournie pour le marketing, la création de marques de qualité qui permettent de connaître la provenance des produits (comme Merula pour les cerises à la Békaa et Minjara pour le bois à Tripoli), l’aide à l’exportation et la mise en relation directe avec des supermarchés, sans passer par des marchés de gros.

Par exemple, Expertise France a aidé dans la Békaa à la création de la marque Merula, le nom latin du merle (un oiseau) qui choisit les meilleurs fruits à picorer, et a réussi à produire 9,5 tonnes de cerises, dont la moitié a été exportée. Pour le raisin, les agriculteurs partenaires en ont produit 121 tonnes, dont 85 % ont été exportées dans les pays arabes et aux Pays-bas.

Agri-Wood a quant à lui mis en exergue Tripoli, qui était connue au Liban et dans le monde arabe pour la qualité de ses meubles mais a assisté à un déclin de son essor à partir des années 1990, à cause notamment du manque de soutien de l’État. Le projet a rassemblé environ 455 personnes, qui ont bénéficié de formations dans ce domaine, dont 18 % de femmes. Cette expertise se traduit par de nouvelles façons de produire et de la coopération avec le marketing.

Les équipes en charge du programme ainsi que les bénéficiaires ont insisté sur sa finalité : tout le monde doit pouvoir vivre dignement, et cela passe par le travail à travers des emplois stables et durables. « L’actualité démontre qu’il est nécessaire de poursuivre ces projets. Ce pays a plein de ressources qui sont sous-utilisées », ont-elles conclu.


Pour mémoire

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